ARCANES, la lettre

Sous les pavés


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archive ou de ressources en ligne. Retrouvez ici une petite compilation des articles de la rubrique "Sous les pavés", dédiée à l'archéologie.

SOUS LES PAVÉS


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Le moulin du Château incendié en cours de démolition en 1942. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 16Fi1/48 et 16Fi1/49 (montage).

Notre blé part en fumée !


juin 2020
Non, dans cette froide matinée du 15 février 1940, ce n'est pas devant la succursale de la Banque de France que les Toulousains commentent le panache d'un incendie mais devant la minoterie du moulin du Château. Ce moulin à eau, implanté sur la Garonne depuis le Moyen Âge, n'en était d'ailleurs pas à sa première fumigation céréalière, puisqu'il avait déjà brûlé le 28 août 1883. Mais la flambée de 1940 allait lui être fatale. Non seulement il ne sera pas reconstruit et sera remplacé par le quai et les immeubles d'habitation de l'avenue Maurice Hauriou, mais son canal de fuite, petit bras du fleuve nommé la Garonnette, fut comblé. Tout le quartier de Tounis, dorénavant rattaché au continent toulousain, cessa ainsi d'être une île.
En complément de quelques photographies et gravures perpétuant son souvenir, les archéologues retrouvent parfois des traces de ce moulin du Château nommé ainsi à cause de sa proximité, relative, avec l'ancien Château Narbonnais qui défendait le sud de Toulouse. Vers 1970, c'est en implantant un collecteur d'égouts que l'on découvrit, entre autres artefacts, l'une de ses meules et des pieux ferrés qui avaient servi à asseoir ses fondations. Puis en 1984, des travaux effectués dans la Garonne permirent de retrouver des pièces de bois et du petit mobilier (poteries, monnaies). En effet, une partie de cet ancien moulin occupait un espace maintenant parcouru par le fleuve, car le nouveau quai construit sur son emplacement après sa disparition fut implanté en retrait de l'ancienne rive.
Décor du sarcophage découvert aux environs de Saint-Amans (Aude) en 1774, dessin Alexandre Dumège, gravure Jean-Joseph Jorand, 1832, extrait de l'Atlas de l'Archéologie Pyrénéenne.

Les pieds dans les rideaux


mai 2020
Les pieds les plus réputés de l'histoire de Toulouse sont assurément ceux de la Regina Pedauca, en français la reine aux pieds d'oie. Cette mythique et curieuse personnalité apparaît, dès 1478, sous la forme d'un toponyme dans le cadastre de la ville, puis sera citée par tous les historiens toulousains à partir du 16e siècle. Jean de Chabanel, dans son ouvrage sur Notre-Dame de la Daurade en 1621, avait même pensé avoir retrouvé ces fameux pieds, représentés sur un tombeau alors visible dans ce monastère. Cette figuration fut même officiellement expertisée sous le contrôle des Capitouls, et confirmée, en 1718.
Les archéologues contemporains en sont revenus. Plusieurs sarcophages de l'Antiquité tardive conservés à Toulouse montrent des « pieds d'oie » : l'un de ceux que l'on peut voir dans l'enfeu des Comtes à Saint-Sernin, celui qui était à la Daurade maintenant transféré au musée Saint-Raymond et un autre aussi conservé au musée, récupéré en 1956 dans un jardin du quartier Saint-Cyprien. Mais quand on observe attentivement le décor de ce dernier, dont nous donnons l'illustration ci-contre, on réalise que ces prétendus pieds palmés ne sont en fait que de simples représentations de rideaux drapés…
On pourrait croire que ce sarcophage de Saint-Cyprien a une origine locale. Il n'en est rien. L'archéologue Alexandre Dumège l'avait repéré en 1826 et noté que Jean-François de Montégut l'avait déjà présenté à l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse dès 1774, dans un rapport manuscrit resté inédit. Ce dernier nous apprend que le sarcophage venait d'être découvert aux environs de Saint-Amans dans l'Aude. Un amateur d'antiquités l'aurait plus tard transporté à Toulouse.
Plan des enclos de fermes gauloises découverts sur le site de l'aérodrome Toulouse-Montaudran en 2013, Infographie N. Delsol et R. Dutech, Service archéologique de Toulouse Métropole.

De l’enclos à l’envol


avril 2020

L'une des recherches développées par les archéologues en Midi-Pyrénées, ces deux dernières décennies, est l'étude des fermes indigènes gauloises. Cela est dû à la découverte et à la fouille de plusieurs de ces structures dans le Tarn-et-Garonne (Réalville, Montalzat, Varen, Montbartier), le Tarn (Puylaurens, Castres) et la Haute-Garonne (Blagnac, Cornebarrieu, Martres-Tolosane). Plus que les bâtiments eux-mêmes de ces fermes, édifices en bois qui n'ont souvent laissé que de fugaces traces de trous de poteaux, ce sont surtout les vestiges des grands enclos quadrangulaires les entourant qui ont été conservés, d'autant mieux que leurs larges fossés avaient aussi servi de dépotoirs, notamment pour les immanquables amphores dont le contenu alcoolisé était si prisé des Gaulois.


Sur la commune de Toulouse, une fouille du Service archéologique de Toulouse Métropole, dirigée par Nicolas Delsol en 2013, a permis de retrouver non pas un mais, deux de ces enclos, très proches, dans le quartier de Montaudran. Après l'abandon de ces derniers et, semble-t-il, un laps de temps assez long, une piste d'aviation fut construite à cet endroit, qui fut le point de départ des premières liaisons aériennes entre la Gaule et l'Amérique du sud. En effet, c'était celle de la fameuse Aéropostale, dite C. G. A. (Compagnie Gauloise Aéropostale ?).

Extrait du plan d'arpentage du ramier de Virbes, plan aquarellé, auteur Deaddé, 1736, Mairie de Toulouse, Archives municipales, DD123/2.

Premier pont, dernière pile


mars 2020

Le plus ancien pont de Toulouse, connu dans les textes sous le nom de « Pont-Vieux », traversait la Garonne à une centaine de mètres en amont de l’actuel Pont-Neuf. Mentionné dès 1152 et réparé jusqu’en 1556, il n’apparaît plus sur les plans de la ville à partir du XVIIe siècle. En tout cas en entier, car les ruines de certaines de ses piles resteront visibles encore bien longtemps. La dernière, qui émergeait à une trentaine de mètres de la rive actuelle de la Prairie des Filtres, n’a été détruite qu’à la fin de l’année 1949. On l’appelait « Rocher de Callèbe », terme qui semble désigner le dispositif de bascule en bois qui y était anciennement implanté et que l’on peut voir, exceptionnellement, sur un plan d’arpentage de 1736 conservé aux archives municipales de Toulouse sous la cote DD123/2 (cette bascule apparaît aussi vers 1730 dans le Livre des vues et plans des villes de Bordeaux, Lanon, Toulouse, Montauban, du cour et des environs de la Garonne depuis Lormont au dessous de Bordeaux jusque au-dessus du Castel Leon dans la vallée Daran, par Jean Chaufourier et Hippolyte Matis, manuscrit rare passé récemment en salle des ventes). On y suspendait probablement la cage en fer, la « gabio », utilisée du XVIe au XVIIIe siècle pour le curieux supplice public qui consistait à plonger à plusieurs reprises dans le fleuve une personne condamnée. Ce pont se situait sur le trajet d’un aqueduc disparu qui traversait la Garonne au même endroit à l’époque romaine mais, contrairement à ce qui est souvent imprudemment avancé, rien n’indique, au vu des observations archéologiques les plus récentes, qu’il a réutilisé la structure de cet aqueduc, même en partie.

Extrait d'une photographie ancienne de la cour de l'hôtel Dumay, Mairie de Toulouse, Archives municipales, 51Fi2773.

« TEMPORE ET DILIGENTIA »


février 2020

« Par le temps et l'application ». Ainsi peut-on traduire cette devise placée au-dessus d'une porte de la cour de l'hôtel Dumay à Toulouse.

C'est du latin, donc c'est romain ?
Non. On a aussi gravé des inscriptions latines sur des bâtiments à l'époque moderne. 
Et la plaque décorative de marbre rouge incrustée dans la façade, quelques mètres au-dessus de cette même porte, c'est antique ?
Toujours pas. Les architectes toulousains de la Renaissance n'ont pas attendu que l'on découvre, par hasard, un morceau de marbre romain qui aurait la bonne couleur et la bonne taille. Ils sont allés se servir en matériau brut directement dans les carrières.
Mais quelques archéologues ont pu être dupes. En 1782, Jean-François de Montégut croyait que les deux plaques « SVSTINE » et « ABSTINE » décorant l'entrée de l'hôtel Molinier, rue de la Dalbade, provenaient d'un temple romain. Mais cette hypothèse a été rapidement écartée par Alexandre Dumège au 19e siècle. 
J.-F. de Montégut avait aussi conjecturé que les marbres colorés, ornant la cour du célèbre Hôtel de pierre (aussi rue de la Dalbade), dataient de l'Antiquité. Cette spéculation a eu plus de réussite, puisqu'elle est encore, de nos jours, imprudemment répétée et présentée comme une vérité. Certes, on avait cru pouvoir s'appuyer sur le fait, rapporté par Guillaume de Catel, que des blocs romains, découverts dans la Garonne à l'occasion de la rupture d'une chaussée (probablement en 1613), avaient servi à la construction de l'hôtel de pierre. Mais les marbres antiques que l'on retrouve sont généralement communs, de couleur blanche ou grise, et on a pu les employer de façon moins ostensible dans les maçonneries.
Alors, pas d'antiquités sur les façades des vieux hôtels toulousains ? Mais si. Observez ci-contre une photographie ancienne de la porte de l'hôtel Dumay évoquée plus haut. Vous y apercevrez (difficilement derrière les glycines), juste au-dessus du linteau portant l'inscription latine, une tête encastrée. Eh bien, c'est celle d'une véritable statue romaine ! Depuis, elle a été descellée et se trouve maintenant conservée dans les locaux de l'hôtel, devenu le musée du Vieux-Toulouse.

Marmite grise « toulousaine » de la fin du Moyen Âge trouvée dans la vallée de la Sausse, photographie Marc Comelongue, Service de l'inventaire patrimonial et de l'archéologie de Toulouse Métropole, 2020.

Gris pots, derniers symptômes


janvier 2020
Les céramiques anciennes sont souvent caractérisées par la couleur de leur pâte. Cette dernière est rouge ou blanche dans le cas d'une cuisson oxydante, ou grise pour une cuisson réductrice, c'est-à-dire sans oxygène, contrairement à la première. Or, la fin du Moyen Âge, a vu un abandon de la cuisson réductrice pour favoriser les poteries de teinte claire qui domineront à l'époque moderne.
Dans notre région, quelques potiers ont néanmoins résisté un temps à cette évolution et l'on retrouve encore au 14e siècle des productions "grises". Comme la "commingeoise", céramique d'aspect rugueux produite, on s'en douterait, dans le Comminges au sud de la Haute-Garonne, ou d'étonnantes marmites à anses coudées imitant un chaudron métallique en haute Ariège.
Toulouse a aussi eu sa poterie grise tardive, décorée de cordons ou de cannelures, mais surtout de bandes lissées donnant l'aspect d'un lustrage, certes incomplet, mais suffisamment décoratif. Son usage n'a pas été réservé aux contextes urbains et le service archéologique de Toulouse Métropole vient d'ailleurs de retrouver des marmites « toulousaines » de ce type, comme le montre le cliché ci-joint, sur un site rural de la vallée de la Sausse, à une quinzaine de kilomètres au nord-est de la ville rose.
Trompe d'appel figurant sur un sceau du XIIIe siècle, gravure de Louise-Magdeleine Horthemels publiée en 1745 dans le cinquième tome de l'Histoire générale de Languedoc.

Là las la, l'hallali


décembre 2019

Là, au fond d'un silo du Moyen Âge fouillé à Saint-Jory durant l'été 2017, le service archéologique de Toulouse Métropole découvre un fragment de tube en céramique grise de quelques centimètres de diamètre.
Las d'essayer de deviner la fonction de ce curieux tuyau (canalisation ? tuyère de four ?), l'on remarque qu'il est légèrement incurvé sur sa longueur et qu'il ne peut finalement s'agir que d'un instrument de musique.
La, ou do, ou ré, ou mi, c'est bien une note de musique, et non de l'eau ou de la fumée, qui sortait de cette trompe d'appel, appelée aussi corne ou cor. Mais à quelle occasion ?
L'hallali, bien souvent, car c'est à la chasse que l'on utilisait couramment cet ustensile. À moins que ce soit pour la garde des troupeaux, ou des châteaux.

Au musée Paul-Dupuy de Toulouse, vous pouvez admirer la version de luxe d'une trompe, c'est-à-dire un olifant fabriqué dans une matière beaucoup plus précieuse, l'ivoire.

Semelle de fondation des arc-boutants du chevet de la cathédrale de Toulouse, Août 2015, Photographie numérique, Nicolas Delsol, service archéologique de Toulouse Métropole

Je m’applique quand j’arc-boute


novembre 2019
Les cathédrales ont un statut particulier. Propriétés de l'État, surveillées par le service des Monuments historiques, étudiées par les historiens et les archéologues du bâti, elles sembleraient n'avoir plus rien à nous apprendre. On n'est pourtant pas à l'abri d'une surprise. Notamment lorsque le service archéologique de Toulouse Métropole a effectué des sondages au pied du chevet de la cathédrale Saint-Étienne, en août 2015. Est alors apparue une énorme structure maçonnée en briques, montrant un parement externe très soigné. Le premier réflexe fut d'évoquer les murs d'un bâtiment disparu, antérieur à l'église actuelle et enfoui par les siècles. Mais il fallut se rendre à l'évidence : il s'agissait là d'une semelle de fondation sur laquelle s'appuient les piliers des arc-boutants qui soutiennent la cathédrale. Elle était destinée à rester enterrée et invisible, mais les bâtisseurs avaient néanmoins pris la peine d'en parfaire l'aspect, autant que pour une maçonnerie extérieure. Son utilité est d'unir tous les arc-boutants par leur base pour empêcher que l'un d'entre eux bouge indépendamment des autres, ce qui entraînerait immanquablement un désordre dans les superstructures. Y avait-il danger ? Probablement. La cathédrale repose apparemment sur une couche de remblais peu stable. En 1914, lors de travaux de fondation sur le côté nord de l'édifice, il fallut creuser sur plus de six mètres de profondeur avant de trouver un sol géologique ferme.
Épandage de fragments d'amphores dans le quartier Saint-Roch à Toulouse, janvier 2018, photographie Maïténa Sohn, Service de l'Inventaire patrimonial et de l'Archéologie de Toulouse Métropole

Trop - Tri - Trou


octobre 2019
Les archéologues ont l'habitude de trier. Sur le terrain, on passe quelquefois les sédiments au tamis pour récupérer les artefacts les plus petits, comme les éclats de silex sur les sites préhistoriques. Un tri peut être aussi effectué plus tard, en laboratoire. Ce sera le cas pour des prélèvements recueillis par le service archéologique de Toulouse Métropole dans des silos médiévaux actuellement en cours de fouille. On y recherchera des restes de végétaux (charbons, graines ou pollens). 
L'écrémage peut parfois porter sur des objets plus grands. Le quartier Saint-Roch à Toulouse a connu une importante occupation à la fin de l'âge du Fer. Et l'une des occupations favorites de ces chers Gaulois était d'importer des amphores (par milliers), de les vider de leur contenu (essentiellement du vin), puis de les casser sur place (a priori, elles n'étaient pas consignées), créant ainsi d'immenses épandages de tessons dans tout ce secteur.
Lors de fouilles à la caserne Niel en 2009-2011, ce sont près de 900 000 fragments d'amphores qui ont été retrouvés pour un poids approchant les 98 tonnes. Chacun d'eux a bien sûr été comptabilisé et étudié. Mais était-il utile de tous les conserver dans une réserve muséographique, emballés et étiquetés individuellement, alors que les amphores sont des productions de masse standardisées ? La réponse fut négative. Après avoir trié et gardé les éléments les plus distinctifs (bords de lèvre, parties estampillées), les morceaux les plus communs ont été rassemblés (plus de 700 000) et « réinhumés » dans un même trou sur le site de leur découverte. Ainsi a été créée dans la banlieue toulousaine une réserve dans laquelle l'on pourra venir puiser si l'humanité se trouve un jour à court de matériel amphorique…
Sceau en plomb au nom du pape Honorius retrouvé à Toulouse, rue des Couteliers, en 1984. Infographie Marc Comelongue, service de l'Inventaire patrimonial et de l'archéologie de Toulouse Métropole.

So archéo


septembre 2019
Au Moyen Âge, les documents écrits étaient souvent authentifiés par des sceaux. Mais il est improbable d'en retrouver lors d'une fouille archéologique. La cire qui les constituait, pas plus que les parchemins auxquels ils étaient appendus, ne résiste à un séjour sous terre. Il existe cependant une exception : les sceaux des papes, qui sont beaucoup plus résistants car réalisés en plomb.
A Toulouse, lors d'une intervention dans la rue des Couteliers en 1984, l'archéologue Georges Baccrabère a exploré quelques fosses-dépotoirs contenant de nombreux artefacts. Parmi ceux-ci, il trouva un sceau en plomb au nom d'un pape Honorius. Mais lequel ? Son « numéro » n'étant plus lisible à cause d'une cassure, on a malgré tout supposé qu'il s'agit du quatrième de ce nom (1285-1287), d'après son style. Rappelons d'ailleurs que G. Baccrabère était abbé. Cela lui donnait-il une sensibilité particulière pour découvrir un objet émanant de la papauté ?
On a aussi utilisé, aux époques moderne et contemporaine, des sceaux en plomb pour sceller des sacs de marchandise après leur contrôle ou l'acquittement d'une taxe. En 1993, à l'occasion de travaux sur la route reliant Foix à la Bastide-de-Sérou dans l'Ariège, une grotte, dite d'Esquiranes, fut sondée. On y retrouva l'un de ces plombs. Sur une face, une aigle impériale indiquait son utilisation à l'époque napoléonienne. Sur l'autre, on pouvait lire le nom de la ville où l'on avait effectué la vérification du sac : Toulouse. Ensuite, on peut se douter que cette petite cavité n'était pas la destination prévue du colis, et suspecter un probable détournement vers cette cachette.
Plan de la Ville de Toulouse et de ses environs levé l'an MDCCL par Joseph-Marie de Saget, Ville de Toulouse, Archives municipales, II 737 (extrait).

Une tuerie…


juillet 2019
Quels sont les endroits qui ont vu couler le plus de sang dans l'histoire de Toulouse ? Les lieux de combat : siège de 1218 où Simon de Montfort trouva la mort, conflit de 1562 entre protestants et catholiques, bataille de 1814 entre armée impériale et coalisés anglo-hispaniques ? Ou bien les lieux d'exécution comme la place Saint-Georges ? Si l'on cesse tout anthropocentrisme, on prendra conscience que ce sont les abattoirs. Les plus connus des Toulousains sont ceux construits vers 1825, aujourd'hui transformés en musée d'art moderne et contemporain. Auparavant, on voyait au milieu de l'actuel port Viguerie, en bord de Garonne près de l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques, un bâtiment que le cadastre révolutionnaire de Grandvoinet appelle « affachoir », terme ancien équivalent à abattoir des bœufs. Et le plan de Joseph-Marie de Saget de 1750, que nous présentons ici, le montre, sous le nom de « tueries », dans un environnement différent, car le port en hémicycle n'était pas encore construit. En 2015, le Service archéologique de Toulouse Métropole effectua un diagnostic en ce lieu sous la direction de Vincent Buccio. Mais le hasard de l'implantation des sondages exploratoires fit que l'on ne retrouva pas de vestiges de l'abattoir des bœufs, mais ceux du cimetière de l'hôpital et d'une maison qui le jouxtaient directement au XVIIIe siècle. A noter que vous trouverez un dossier documentaire sur les affachoirs toulousains dans la rubrique « Dans les bas-fonds » des Archives municipales (n° 22 d'octobre 2017).
Boulets de la bataille de Toulouse de 1814 autrefois conservés au musée Saint-Raymond, Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi3979 (extrait).

Objets archéologiques (anciennement) en vol


juin 2019
L'une des branches de l'archéologie qui se développe le plus ces dernières années est celle qui concerne les conflits contemporains. Et parmi les vestiges archéologiques les plus emblématiques de cette thématique, on trouve tout ce qui a pu décrire une trajectoire aérienne dans le but d'aller écharper la partie adverse : les projectiles (balle, boulet, bombe, missile...), voire les avions qui ont pu les transporter.
La première bataille contemporaine à Toulouse fut celle du 10 avril 1814 contre les troupes anglo-hispaniques de Wellington. C'est ainsi qu'on retrouve quelquefois des boulets comme ceux que l'on aperçoit sur la photographie que nous présentons, autrefois conservés au musée Saint-Raymond. L'un d'eux avait été découvert en 1892 au chemin de la Juncasse, l'actuelle avenue de la Colonne.
Lors du dernier conflit mondial, ce furent surtout quelques rares bombardements aériens en 1944 qui ont marqué notre ville. Les archives municipales conservent d'ailleurs des clichés très impressionnants, pris dans l'action (31Fi2 et 31Fi4). Quelquefois l'avion était abattu et prenait alors la même trajectoire que les bombes qu'il était venu larguer… C'est ainsi qu'en 2011, on retrouvait sous l'avenue Saint-Exupéry le moteur d'un bombardier anglais Avro Lancaster, descendu dans la nuit du 5 au 6 avril 1944 alors qu'il attaquait la piste d'aviation de Montaudran.
Pont de Bois, dit pont de Pigasse. Plan de construction dressé par l'architecte Souffron, 1612, Ville de Toulouse, Archives municipales, DD213/1 (détail).

Un pont de bois taillé à la pigasse


mai 2019
Les Toulousains savent que le Pont de Tounis, reliant à la ville l'ex-île du même nom en enjambant la "Garonnette", ancien bras maintenant asséché de la Garonne, est le plus ancien encore conservé à Toulouse. Sa structure date des années 1510. Or, il a existé un autre pont traversant cette "petite Garonne" plus en aval, à l'endroit où celle-ci débouche dans la Garonne sous le quai de Tounis. Construit en 1612 (ou peut-être reconstruit, car il semble déjà représenté sur la vue de Toulouse qui orne la "Mécométrie de Leymant" de Guillaume de Nautonier publiée en 1603), il reprenait le tracé d'un ancien pont médiéval connu sous le nom de Pont-Vieux. Cette structure nouvelle fut dénommée Pont de la Halle (la Halle aux poissons était toute proche) ou plus simplement Pont de Bois. En effet, comme nous pouvons le voir sur le plan ci-joint, son armature était en charpente, à part un pilier maçonné du pont précédent qui, pendant un temps, fut aussi utilisé pour le soutenir. Plusieurs fois réparé, voire entièrement refait, il fut définitivement démoli en 1767. À cette époque, il s'appelait Pont de Pigasse. En occitan, une "pigasse" désigne une hache, outil tout indiqué pour construire une structure en bois, mais on s'explique mal ce changement de nom assez mystérieux. Il faut noter qu'on construisit encore au même endroit, en 1829-1830, un pont, cette fois-ci suspendu mais éphémère, car détruit vers 1854 pour faire place à un nouveau quai.
Astrolabes du Musée de Toulouse, anonyme, publié dans le Bulletin Municipal de la Ville de Toulouse d'octobre 1939. Ville de Toulouse, Archives municipales, PO1/1939/10, p. 605 (extrait).

Vieux cieux


avril 2019
Au Moyen Âge, on se servait d'un astrolabe pour calculer la position des astres dans le ciel, et le musée Paul-Dupuy de Toulouse a la chance d'en posséder un de cette époque. Les textes en langue arabe qui y sont gravés nous apprennent qu'il a été fabriqué au Maroc par Abu Bekr ibn Yusuf, l'an 613 de l'hégire, c'est-à-dire en 1216-1217 de l'ère chrétienne. L'état parfait de cet instrument en cuivre indique qu'il n'a certainement pas été retrouvé lors d'une fouille archéologique, mais qu'il est passé de main en main, d'astronomes ou d'astrologues, au fil des siècles. Son plus ancien propriétaire connu est l'abbé Vidalat Tornier, qui habitait à Mirepoix, dans l'Ariège. En 1834, il donna cet astrolabe à la Société archéologique du Midi de la France, qui elle-même le vendit au musée de Toulouse en 1893. Comme Vidalat Tornier connaissait bien l'astronome Jacques Vidal, lui aussi originaire de Mirepoix, où il décéda en 1819, certains ont avancé que l'instrument aurait appartenu auparavant à ce dernier (alors que Vidalat Tornier ne le dit jamais dans ses échanges avec la Société archéologique). Hypothèse qui devint vérité à force d'être répétée. Tout comme la supposition qu'il avait appartenu plus tôt aux dominicains de Toulouse…
Sur la photographie que nous présentons, publiée en 1939, l'astrolabe médiéval est en haut à droite. L'autre astrolabe, beaucoup plus grand, qui se trouve à gauche, est plus récent (1579) mais a le même pedigree : propriété de l'abbé Vidalat Tornier, don à la Société archéologique du Midi, puis vente au musée de Toulouse. Il paraît aussi qu'il aurait appartenu à l'astronome Vidal. Il paraît… En revanche, il fut bien la propriété du couvent des dominicains de Toulouse. Leur marque de propriété est bien gravée dessus.
Chantier archéologique de l'« âge des TUC », Fouille du parking Saint-Étienne en 1986 à Toulouse, Emile Godefroy, Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi1903

L’archéologie forme la jeunesse...


mars 2019
Qu'est-ce qui a marqué (vu de notre rubrique) la science française à la fin du XXe siècle ? Nous dirons le développement de l'archéologie préventive, qui a su intégrer l'étude préalable des vestiges anciens dans les projets d'aménagement. Concrétisé par une loi de 2001, ce concept est réputé né en France dès 1982 à l'occasion des fouilles du Grand Louvre à Paris. Et qu'est-ce qui a marqué la société à la même époque ? On pourrait dire, entre autres, la progression du chômage dans la jeunesse que les multiples dispositifs « emplois-jeunes » mis en place depuis 1977 (CES, CIP, CPE, CUI…) ont essayé de ralentir. 
À Toulouse, ces deux évolutions se sont croisées en 1986-1987 lors des recherches faites à l'emplacement du futur parking Saint-Étienne, première fouille préventive d'envergure effectuée dans notre ville. Nous étions alors à l'« âge des TUC », travaux d'utilité collective. En effet, pour épauler les quelques archéologues professionnels présents sur ce chantier, une dizaine de jeunes « TUCistes » avaient été engagés en renfort à cette occasion. Que sont-ils devenus ?
Ancienne tour de la fondaison du suif, Cadastre Grandvoinet, 1788-1821, Ville de Toulouse, Archives municipales, 1G18/29 (extrait).

Mort de suif


février 2019
Jusqu'au XVIIIe siècle, l'éclairage était souvent assuré par des chandelles, mèches entourées de suif provenant de graisses animales. Or, sa fabrication provoquait non seulement de mauvaises odeurs, mais aussi de sérieux risques d'incendie. C'est pourquoi on avait essayé, à Toulouse, aux XVIIe et XVIIIe siècles, de confiner cette activité dans un bâtiment un peu à l'écart des habitations, en l'occurrence l'une des tours des fortifications séparée de la ville par un boulevard intérieur appelé les « escoussières ». Cette « tour de la fondaison du suif », démolie vers 1818, est encore visible sur le cadastre révolutionnaire dit Grandvoinet (voir illustration) et se situait au milieu de l'actuelle rue du Rempart Saint-Étienne. Sa structure polygonale était d'origine gallo-romaine, comme l'a confirmé une fouille effectuée en 1963 par l'abbé Baccrabère.
Le risque d'incendie était bien réel. En 1779, de la matière graisseuse, récupérée sur des peaux traitées par un artisan et mise à bouillir sans surveillance dans un chaudron, provoqua la destruction de plusieurs maisons de la rue des Blanchers. Étonnamment, le sieur Descars, seule victime de ce sinistre, n'a pas péri directement par le feu. N'arrivant pas à retrouver l'argent caché dans sa maison en proie aux flammes, il fut foudroyé, désespéré, par une attaque. Sa femme était passée avant lui et avait déjà mis le magot à l'abri… mais il l'ignorait.
Jeton de compte imitant un agnel d'or des XIVe-XVe siècles découvert à Balma, infographie Marc Comelongue, Service de l'Inventaire patrimonial et de l'Archéologie de Toulouse Métropole.

Un mouton, deux moutons, trois moutons…


janvier 2019
Si les archéologues sont généralement familiers avec la notion de comptoir, c'est surtout en dehors des heures de boulot… Ils en trouvent rarement au fond de leurs sondages. Revenons donc à la définition de comptoir. Qu'y fait-on ? On y compte. Au Moyen Âge, on utilisait des jetons pour cela, qui imitaient souvent des monnaies officielles. Mais ils étaient beaucoup plus fins et légers, et ne contenaient que peu de métal noble, généralement du cuivre pour former un alliage de type laiton. Un de ces jetons a été retrouvé récemment sur le site de l'ancien château de Balma, lors d'un diagnostic du Service archéologique de Toulouse Métropole, dirigé par Guillaume Verrier. Dans l'image qui accompagne ce texte, vous pourrez apprécier l'une des caractéristiques des jetons découverts en fouille : à cause de leur constitution, ils sont souvent en très mauvais état. Celui de Balma est une imitation de l'agnel d'or, monnaie frappée en France aux XIVe et XVe siècles. Ce nom vient de l'agneau pascal gravé sur l'une des faces : tourné vers la gauche, il relève la tête en arrière vers une croix ornée d'un étendard plantée derrière son dos. Difficile d'apprécier cette scène sur un jeton abîmé, mais pourtant l'agneau est presque toujours discernable car son corps est figuré par des globules imitant les boucles d'une toison. Ensuite, on peut s'interroger s'il était pertinent d'utiliser des représentations de moutons pour compter…
Orifices de pots acoustiques visibles, au-dessus de l'orgue, dans la voûte de l'église de la Dalbade à Toulouse, 2018, photographie Marc Comelongue, Atelier du Patrimoine et du Renouvellement urbain.

Paléo-écho


décembre 2018
Les archéologues du futur trouveront peut-être, à l'emplacement d'un studio d'enregistrement de la banlieue toulousaine, les vestiges d'un microphone ou, mieux encore, d'une bande magnétique où quelques particules encore aimantées permettront, par exemple, de découvrir la voix lancinante d'une chanteuse de doom métal du début du XXIe siècle. Qu'en concluront-ils ? Que nous étions tous occultistes ? Ou que la jeunesse d'alors était bien désespérée ?
Les archéologues d'aujourd'hui retrouvent quelquefois des artefacts ayant trait à la musique. Cela va de modestes trompes d'appel médiévales en céramique à la magnifique coupe romaine en verre représentant des lyres retrouvées lors de la fouille de la station de métro François-Verdier à Toulouse en 2002-2003. Mais des vestiges liés à la voix ? Eh bien, il en existe : ce sont les pots acoustiques. Ces poteries ventrues, mais à ouverture étroite, sont méconnues car elles sont quasi-invisibles, prises dans la maçonnerie des voûtes des églises médiévales. Elles y agissent comme des petites caisses de résonance qui amplifient le son. À Toulouse, en levant les yeux et en regardant bien attentivement (car leur orifice est vraiment petit), vous pourrez en découvrir dans la cathédrale Saint-Étienne ou dans les églises des Jacobins, du Taur ou de la Dalbade. Dans cette dernière, elles ne sont d'ailleurs présentes que sur une partie de la voûte, car cette dernière a été en partie détruite puis reconstruite, mais cette fois-ci sans pots à écho, à la suite de l'effondrement du clocher en 1926. Cela fait donc de la Dalbade, à l'instar de certaines guitares, une église semi-acoustique…
Plaque commémorative datée de 1712 encore en place au moment de la démolition du moulin du Château narbonnais, cliché direction des Travaux publics, 5 mai 1942, Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi938

Pain de Garonne


octobre 2018

Pour avoir du pain, il faut de la farine. Pour avoir de la farine, il faut du blé. Mais surtout il faut pouvoir le moudre. À Toulouse, cette tâche fut essentiellement assurée pendant des siècles par deux grands moulins à eau installés sur la Garonne, celui du Château narbonnais au sud de la ville et celui du Bazacle au nord. Mais les inondations du fleuve provoquaient souvent des dégâts durables et ces deux usines pouvaient alors être indisponibles au même moment. C'est ce qui arriva par exemple en 1712, poussant la ville au bord de la disette. En effet, il existait peu de solutions de remplacement. Les quelques moulins à eau installés sur la rivière de l'Hers, à l'est de Toulouse, ou sur le canal du Midi, ne suffisaient pas à compenser la production. De plus, il y avait étonnamment peu de moulins à vent autour de la ville, pourtant pays de vent d'autan. Les plus proches étaient les moulins jumeaux disparus de Pouvourville que je vous invite à découvrir dans l'arrière-plan d'un tableau exposé au musée du Vieux-Toulouse.

La sensibilité des Toulousains à ce type d'événement les avait incités à installer un espace « commémoratif » sur la façade du moulin du Château narbonnais. On pouvait y voir, jusqu'à sa démolition en 1942, des petites plaques indiquant la hauteur atteinte par la Garonne lors de ses débordements les plus importants ainsi que trois longs textes gravés, récupérés sur des bâtiments antérieurs, rappelant des épisodes de destruction-reconstruction en 1680, 1714 ou 1712, comme nous l'avons évoqué. L'une d'elle est conservée au musée des Augustins de Toulouse mais les autres semblent avoir disparu. Heureusement, les Archives municipales en conservent plusieurs photographies.

Voûtes de l'église de Saint-Etienne à Toulouse en 1833. Adrien Dauzats (dessinateur) et Godefroy Engelmann (lithographe) - Ville de Toulouse, Archives municipales, 38Fi10/3 (détail).

L’archéologie, c’est extra[do]


septembre 2018

Pour ce numéro d'Arcanes, il fallait donc dénicher du [do] dans l'archéologie toulousaine… En passant devant la cathédrale Saint-Étienne, nous avons pensé que seule une intervention divine pourrait résoudre cette question. Une fois franchi le portail, nous avons levé les yeux au ciel avant d'esquisser une prière et… la solution était là. Et même deux solutions, puisque la voûte d'une église possède un intra[dos] et un extra[dos]. Les archéologues s'intéressent surtout aux intrados, parties les plus visibles et souvent agrémentées de décors propices aux commentaires. Bizarrement, à Saint-Étienne, l'info est sur l'extrados.

En effet, un article paru dans le journal La France Méridionale en novembre 1844 nous apprend que des ouvriers travaillant dans les combles de l'église, au-dessus des voûtes, venaient d'y découvrir des vestiges de squelettes d'enfants morts à la naissance.
Ainsi, à une époque reculée, avait-on solutionné le délicat problème de l'enterrement des enfants décédés avant d'être baptisés et qui ne pouvaient pas être ensevelis, d'après le dogme, dans un cimetière sanctifié. La voûte d'une église comme dernière demeure avait alors paru une solution préférable, plus « sainte » qu'une terre non bénite.

Musée Saint-Raymond. Inscription de dédicace funéraire : "Cupitus, fils de Tolosanus, à Tolosanus son père, à Cornelia Domestica, sa mère, à Iulia Graphis, sa soeur, à lui-même, au siens et à leur descendants". Ier ou IIe s.après J.-C. Découverte à Toulouse en 1776-1777 et conservée au Musée Saint-Raymond sous le numéro d'inventaire 31013. Jacques Gloriès - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3922.

Toulousain en capitale


juillet - août 2018

En cette année 2018, il serait bon de rappeler que nous pouvons fêter un 1600e anniversaire : celui de la fondation du royaume wisigothique en Europe occidentale dont Toulouse fut la première capitale dès 418. Et ce jusqu'en 508, date où les Francs obligèrent les Wisigoths à se retirer dans la région de Narbonne et en Espagne. Mais il ne nous reste presque rien de cet épisode tolosano-royal.

Nous chercherons donc la capitale dans d'autres témoignages anciens : les inscriptions romaines qui utilisaient cette forme graphique plutôt que la minuscule. Mais ce n'est guère plus facile. Les découvertes d'exemplaires d'épigraphie antique sont étonnamment rares à Toulouse. A croire que le moindre bout de marbre ou de calcaire ancien a finalement été recyclé pour fabriquer de la chaux dans un four tel que celui qui est présenté, après sa mise au jour lors de fouilles archéologiques, dans la cave du musée Saint-Raymond.

Mais ce musée conserve néanmoins un cippe funéraire inscrit, dont nous présentons la photographie, découvert vers 1776-1777 au sud de la ville, aux alentours de la chapelle Saint-Roch. Ce monument avait été élevé par un certain CVPITVS pour honorer sa famille, et notamment son père TOLOSANVS dont on peut très aisément deviner l'origine. Difficile d'être plus explicitement toulousain.

Sépulture découverte lors d'un diagnostic archéologique en 2013 dans le Nord toulousain, Photographie Vincent Buccio, Service archéologique de Toulouse Métropole.

Chouette ! Pas de bol…


juin 2018
Nous avons l'habitude de voir les archéologues fouiller minutieusement avec une truelle, voire des outils de dentiste. C'est le cas quand ils sont en terrain connu où ils sont sûrs de la présence de vestiges. Mais l'activité archéologique actuelle, dite préventive, consiste souvent à sonder des espaces inexplorés dont on ignore à priori s'ils recèlent ou pas une occupation ancienne. Cette recherche à grande échelle nécessite des outils adaptés pour ne pas perdre un temps démesuré dans l'évacuation des couches stériles et c'est ordinairement une pelle mécanique qui est utilisée pour creuser par tranches successives de quelques centimètres. Dans cette situation, le moment de la découverte est habituellement un curieux mélange de joie et de frustration que tous les archéologues doivent apprendre à gérer. En effet, généralement, le coup de godet révélateur s'ensuit instantanément d'un « Quelle chance ! J'ai trouvé quelque chose ! », suivit immédiatement d'un « Quelle malchance ! Je l'ai quand même bien bousillé. ».
Ceci est surtout vrai lors de la découverte de nécropoles. Vous n'aurez aucun mal à deviner quel est le premier squelette découvert, reconnaissable par un stigmate bien particulier : le syndrome du « demi-crâne » dont la partie supérieure a été immanquablement emportée par le dernier coup de godet avant le passage à la fouille fine… Cette règle, intangible, s'est encore vérifiée, comme le montre la photo ci-jointe, lors d'un diagnostic effectué par le Service archéologique de Toulouse Métropole en 2013  dans le Nord toulousain.
Ce genre de péripétie reste heureusement dans la plupart des cas sans grande conséquence scientifique. Par contre le découvreur de la célèbre Vénus de Lespugue, qui a transformé instantanément, d'un coup de pioche, ce chef-d'œuvre de l'art préhistorique en puzzle d'ivoire lors de sa découverte en 1922, a du faire des cauchemars pendant bien longtemps.
Blason à l'abeille de François-Joseph Cormouls, capitoul en 1724-1725, Extrait des Annales manuscrites de la ville de Toulouse, 11e livre des Histoires, 1713 - 1760, Archives municipales de Toulouse, BB283.

Hypoglycémie archéologique


mai 2018

Les participants à la première croisade en Orient s'implantèrent durant le 12e siècle dans des contrées syriennes productrices de canne à sucre et purent alors exporter son produit dérivé en Occident jusqu'à la reprise de Jérusalem par Saladin en 1187. Ceci est particulièrement possible pour Toulouse qui eût un rapport privilégié avec ces événements à travers le fils du comte de Toulouse Raymond IV, Bertrand, qui fut, avec ses descendants, comte de Tripoli durant cette période. Mais aucun archéologue ne retrouvera trace de ce sucre qui était d'ailleurs plus utilisé pour la pharmacie que pour l'alimentation : mission insoluble pour un produit trop soluble.

L'aliment sucré consommé chez nous fut surtout le miel. Alors combien de ruches découvertes sur des sites archéologiques de la région ? Aucune et il sera bien difficile de retrouver des vestiges de ce qui n'était en général qu'un simple tronc de bois évidé. Tout aussi exceptionnel serait aussi de retrouver le corps d'une abeille carbonisée, comme ce fut le cas sur un site étrusque en Italie. Pourtant des abeilles « archéologiques » sont célèbres telles les 300 exemplaires en forme d'applique vestimentaire, en or cloisonné de grenats, découverts en 1653 à Tournai dans la tombe de Childéric Ier, père de Clovis. Récupérées par Louis XIV (mais il n'en reste plus que deux dans les collections de la Bibliothèque nationale après un vol en 1831), elles devinrent si symboliques de la dynastie royale mérovingienne que Napoléon repris cet emblème à son compte.

A Toulouse, on connaît un capitoul qui portait une abeille sur son blason, par chance encore visible sur l'une des quelques miniatures des livres des Annales capitulaires rescapées des destructions révolutionnaires : François-Joseph Cormouls, élu en 1724-1725 (BB283, vue 128). Le choix de ce motif est-il lié à ce nom de famille dont l'étymologie renvoie au cormier, arbre éminemment butinable ?

Carte du ciel du 13e siècle, basilique Saint-Sernin de Toulouse, 2009. Jean-François Peiré, DRAC Occitanie.

Le ciel et l'amer


avril 2018

Demandez à un archéologue ce qu'évoque pour lui le terme « amer », il vous répondra très probablement « bière »... Mais cette boisson, déjà fabriquée par les Gaulois, a-t-elle laissé des traces archéologiques ? En fait, il semble que l'on peut associer à sa fabrication de grandes jarres, souvent munies d'un trou de soutirage, et des vases de ce genre ont bien été retrouvés dans la région toulousaine sur des habitats de la fin de l'âge du Fer. Mais malheureusement les parois de ces poteries ont été soumises à une analyse chimique qui n'a décelé aucune trace de boisson fermentée. Résultat : au revoir la piste d'une bibine celtique locale…

Mais « l'amer » a un sens plus méconnu : celui d'un repère utile à la navigation. On peut penser que dès le Moyen Âge le clocher de la basilique Saint-Sernin fut pour Toulouse l'élément du paysage urbain le plus visible, mais de là à imaginer que les bateliers qui descendaient la Garonne, ou plus tard parcouraient le canal du Midi, s'en sont servi comme phare… Le repère n'est peut-être pas là où on le cherche et il ne faut pas regarder l'extérieur de Saint-Sernin mais plutôt parcourir ses entrailles. Et dans une galerie un peu cachée, on aura la surprise de découvrir, dessinées sur un mur depuis le 13e siècle, deux cartes du ciel qui ont permis à des astronomes médiévaux de repérer les planètes avec le soleil en guise d'étoile d'amer...

Musée Saint-Raymond. Plaque-boucle découverte lors des fouilles de la station de métro Esquirol en 1990-1991. Jacques Gloriès - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3796.

Garnie ceinture


mars 2018

Les invasions barbares en Gaule à la fin de l'Antiquité ont amené l'adoption généralisée d'un accessoire vestimentaire particulier : la plaque-boucle, c'est-à-dire une boucle de ceinture agrémentée d'une plaque décorative. Cette décoration s'est traduite par une fleuraison de styles ethniques ou régionaux. Les burgondes, installés dans l'actuelle Bourgogne, portaient souvent des plaques ajourées dessinant une croix encadrée par deux griffons tandis qu'en Aquitaine on en étamait la surface : on pouvait ainsi croire qu'elles étaient en argent alors qu'elles étaient fabriquées en bronze.
Les wisigoths qui ont occupé Toulouse au 5e siècle affectionnaient particulièrement les plaques-boucles « garnies », c'est-à-dire avec une surface cloisonnée où on incluait, suivant ses moyens, des grenats ou des verroteries. C'est d'ailleurs un objet de ce type qui a été découvert en 1990-1991 lors des fouilles de la station de métro Esquirol, rare témoin du royaume wisigoth de Toulouse conservé maintenant au musée Saint-Raymond.

Statue antique, conservée au Musée Saint-Raymond de Toulouse, ayant contracté une jaunisse après sa découverte sur le site de Chiragan à Martres-Tolosane au 19e siècle. Photographie Jean-François Peiré - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3871.

Cure de rajaunissement


février 2018

Les archivistes sont évidemment confrontés au jaunissement, altération normale du papier composant les documents qu'ils conservent. Les archéologues, beaucoup moins. Peu d'objets enterrés anciennement virent au jaune. Ceux qui le sont à l'origine conservent leur couleur s'ils sont en or, matériau inaltérable. Mais s'ils sont en alliage cuivreux leur éclat doré est passé au vert à cause de l'oxydation. Cependant si vous visitez l'exposition permanente ou les réserves du Musée Saint-Raymond de Toulouse vous remarquerez que certaines sculptures antiques sont visiblement atteintes de jaunisse. Alors que s'est-il passé ?

Découvertes pour la plupart au cours du 19e siècle, leur séjour en terre les avait souvent couvertes de concrétions calcaires que l'on jugea alors opportun de nettoyer. Mais les techniques de restauration étant à cette époque moins maîtrisées qu'aujourd'hui, on utilisa un peu hasardeusement de l'acide qui a bien dissous les concrétions qu'on voulait éliminer mais qui a malheureusement aussi quelquefois fait virer le marbre clair, dans lequel elles étaient taillées, au jaune, voire au roux. En voulant rajeunir, on a finalement rajauni…

Monnaie d'Herennius Etruscus (250-251) représentant Mercure tenant une bourse et un caducée, publiée dans Henry Cohen, Description historique des Monnaies frappées sous l'Empire romain, 1885.

Il y a des jours où on a envie de la faire…


janvier 2018

… sa valise. Je m'explique. Cette rubrique est censée traiter de l'archéologie toulousaine en suivant le thème du mois, cette fois-ci « valise ». J'avoue être resté hermétique à ce mot et, sans demander l'avis du rédacteur en chef de cette newsletter, je vais me permettre d'adapter un peu le sujet en optant pour un contenant un peu plus petit, la « bourse ». J'ai donc choisi entre la bourse et l'avis…

La tâche sera ainsi plus facile car les archéologues, surtout les numismates, sont quelquefois amenés à parler de bourse. En effet dès que quelques monnaies sont découvertes groupées mais sans trace d'emballage, il est tentant d'évoquer la perte, ou la dissimulation volontaire, d'une bourse dont le tissu ou le cuir n'aurait pas résisté au temps. Cette hypothèse a ainsi été présentée par Vincent Geneviève, archéologue à l'Institut national de recherches archéologiques préventives, à propos d'un lot de six monnaies romaines du 2e siècle après J.-C. retrouvées en 2002 lors d'une fouille aux alentours de Toulouse, à Cornebarrieu plus exactement (vous pouvez lire son article dans la Revue de Comminges de juillet-décembre 2004). On trouve d'ailleurs sur certaines monnaies antiques la représentation d'une bourse, en attribut du dieu Mercure par exemple, comme le montre notre illustration.

Il faut ajouter que, lorsque le Musée de Toulouse a acheté la collection d'antiquités du Comte de Clarac en 1843, celle-ci comprenait un fragment de toile, trouvé lors d'une fouille à Pompéi en 1813, qui avait servi à envelopper un trésor de 438 monnaies d'or, d'argent et de bronze. Plutôt qu'une bourse, on peut parler dans ce cas de sac.

Tabouret découvert lors des fouilles du Métro Esquirol en 1990-1991 - Auteur du cliché non identifié - Archives du Service archéologique de la Région Occitanie.

Archéologie du tabouret


décembre 2017

Pour qu'un objet archéologique en bois enterré puisse traverser les siècles, il faut un milieu de conservation soit très sec, de type désertique, soit très humide, mais anaérobie c'est-à-dire sans oxygène. Pour le désert, la région Occitanie n'est pas encore concernée, mais au rythme du réchauffement climatique…

A Toulouse il faut donc plutôt compter sur des puits ou des égouts anciens comblés pour faire ce type de trouvaille. Ce fut le cas en 1990-1991 sur le chantier de fouille de la station de Métro Esquirol, dirigé par Raphaël de Filippo. En effet il y fut découvert une portion du grand égout central de la ville romaine, la cloaca maxima, qui avait fini par se boucher au milieu du Moyen Âge. C'est dans son comblement que furent extraits plusieurs artefacts en bois dont le tabouret trépied dont nous présentons ici le cliché.

Vous remarquerez le sens évolué du design, ayant fait préférer un siège hexagonal à une forme plus simple, circulaire ou carrée. Il était aussi accompagné de très belles pièces de vaisselle en bois tourné, comme des coupes ou des gobelets, qui révèlent la vision tronquée que nous pouvons avoir de la vie quotidienne de nos ancêtres à force de ne découvrir que des ustensiles en poterie ou en verre.

Représentation de saint Jacques de Compostelle sur une fresque des enfeus de l'hôtel Saint-Jean à Toulouse, Photographie Jean-François Peiré, © Inventaire général Région Occitanie, 1997, 19973101693ZA.

J'ai le bourdon…


novembre 2017

… disait le pèlerin au Moyen Âge.

Non pas qu'il fallait être en dépression pour traverser l'Europe en visitant les lieux saints, mais plutôt s'appuyer sur son bourdon qui désigne en fait un long bâton, accessoire indispensable du marcheur au long cours. En résumé, être en canne et avoir une canne.

Cet accessoire est naturellement associé aux images de saint Jacques dont la tombe à Compostelle reste l'un des spots de pèlerinage les plus courus (ou plutôt marchés). On peut d'ailleurs le voir représenté sur une fresque médiévale conservée dans les enfeus découverts en 1997 à l'hôtel Saint-Jean à Toulouse.

Matériellement et archéologiquement parlant, ces bourdons en bois ont laissé peu de traces sauf pour leur embout ferré que l'on retrouve fréquemment, seul conservé, dans les tombes de pèlerins comme dans le cimetière toulousain récemment fouillé, toujours à l'hôtel Saint-Jean qui servait d'étape (quelquefois dernière) aux pérégrinateurs.

Affiche d'interdiction d'accès à un chantier de fouilles archéologiques, probablement vers 1970, Imprimerie du Viguier à Toulouse, collection Marc Comelongue.

WAR(chéo)NING !


octobre 2017

En dehors des journées portes ouvertes organisées pour satisfaire votre curiosité, les archéologues vous interdisent souvent l'accès à leur chantier de fouilles comme le montre l'affiche « vintage » présentée ici, imprimée à Toulouse probablement vers 1970. C'est d'abord pour votre sécurité et vous éviter de tomber dans les trous qu'ils ont tendance à creuser un peu partout. Et puis ils détestent qu'on leur pique des objets sous leur nez. Le pillage est malheureusement habituel comme lors des recherches menées dans la rue des Trente-Six-Ponts à Toulouse en 2014, où de nombreux crânes furent dérobés dans la nécropole médiévale qu'on était en train de dégager.

Cette culture du secret a pu être poussée assez loin car certains rapports de fouilles produits par la Circonscription des antiquités historiques de Midi-Pyrénées dans les années 1970 portent un étonnant tampon indiquant « Rapport confidentiel – Reproduction et utilisation scientifiques interdites » !

Utilisation scientifique interdite ? Pourtant, bravant ce curieux oukase, nous n'avons pas hésité à utiliser les renseignements qu'ils contiennent pour compléter la carte archéologique de Toulouse Métropole qui est en cours de construction sur le site UrbanHist. Nous pourrons toujours dire qu'il s'agit là de médiation, et non de science…

Plan reconstitué de Toulouse antique, dans Bernard Dupuy des Grais, "Tolosae antiquae chorographia", 1713, Bibliothèque municipale de Toulouse, Ms. 1254.

Carte archéo vintage


septembre 2017
Si vous recherchez une carte archéologique de Toulouse, vous pouvez consulter la plus ancienne d'entre elles à la Bibliothèque municipale de Toulouse. Elle apparaît dans un manuscrit intitulé Tolosae antiquae Chorographia écrit par Bernard Dupuy des Grais en 1713. Sa vision de la ville à l'époque gallo-romaine est très particulière. On y reconnaît bien, sur la rive gauche de la Garonne, l'amphithéâtre de Purpan et le tracé de l'aqueduc qui amenait l'eau des sources de Lardenne. On y voit même la mystérieuse construction de Peyrolade, détruite au 19e siècle, qui se trouvait à l'emplacement de l'actuelle école Lespinasse. Pour le reste, l'extrême schématisation de la trame urbaine présentée sera plus utile aux joueurs de marelle qu'aux archéologues qui seront plus avisés de consulter la couche « Vestiges connus de Tolosa » sur le site UrbanHist +.
Trophée de l'ancienne porte narbonnaise, copie du dessin de Servais Cornouaille publié par Antoine Noguier en 1556, extrait de Bernard Dupuy des Grais, Historia Tolosae, 1719-1720, Bibliothèque municipale de Toulouse, Ms 1254.

A-t-on trop fait pour célébrer la victoire ?


juillet-août 2017
Pour exalter la vertu guerrière, on avait l'habitude de présenter aux citoyens du monde romain un trophée après chaque victoire. Originellement, on choisissait un arbre qui était habillé avec les armes pris aux ennemis : casques, cuirasses, boucliers, lances… Mais pour pérenniser et diffuser ce message, on passait souvent au stade de la représentation, que ce soit sur des pièces de monnaies ou des bâtiments publics, où apparaissait aussi quelquefois l'image des vaincus dépouillés de leurs vêtements, assis et entravés au pied du tronc qui portait les preuves de leur défaite.
A Tolosa, c'était sur le fronton de la porte dite narbonnaise, à l'entrée sud de la ville romaine, que l'on pouvait voir un tel tropaeum sculpté dans la pierre. Enfoui et caché après l'Antiquité, il ne fut redécouvert que vers 1555, lorsqu'on entreprit de démolir le Château narbonnais qui avait remplacé, durant le Moyen Âge, la porte antique de même nom. Ce monument fut détruit dans la foulée mais, heureusement pour nous, décrit et représenté en gravure par Antoine Noguier dans son « Histoire tolosaine » de 1556, produisant ainsi le plus ancien rapport de fouille archéologique disponible pour Toulouse.
Musée Saint-Raymond, Miroir étrusque en bronze gravé de la fin du IVe siècle avant J.-C., Carte postale, Edition d'Art Larrey, Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3826.

Antique réflexion


juin 2017

Avant l'invention du miroir moderne combinant verre transparent et feuille métallique réfléchissante, on utilisait durant l'Antiquité du métal brut poli pour essayer de capter son image. Les Étrusques fabriquaient des miroirs en bronze dont le dos était orné d'un décor gravé. Le Musée Saint-Raymond de Toulouse a la chance d'en posséder un bel exemplaire représentant un devin, dénommé Calchas, examinant des entrailles. Sa provenance reste inconnue, mais n'est vraisemblablement pas régionale.
En ce qui concerne Toulouse, il faut s'intéresser au gué du Bazacle pour trouver trace de miroirs antiques. En effet, cette zone de hauts-fonds de la Garonne, située au nord de la ville ancienne, a été explorée par les archéologues au début des années 1970. Plusieurs fragments de miroirs romains y ont alors été découverts mais, cette fois-ci, c'est l'argent qui avait été utilisé, de préférence au bronze (qui est peut-être quelquefois difficile à couler ?).
Que faisaient-ils là ? Un de nos ancêtres gallo-romains, traversant le cours d'eau à pied et découvrant que ses traits se reflétaient parfaitement dans l'eau, a-t-il décidé de se débarrasser de son miroir devenu inutile ? L'a-t-il plus simplement perdu lors d'un faux pas ? Il y a une explication plus logique. Les berges de la ville ont servi de dépotoirs pendant des siècles et des milliers d'objets ont ainsi été entraînés par le courant. Or le Bazacle, premier obstacle qu'ils rencontraient dans leur dérive, est un seuil rocheux parsemé de trous. Les objets métalliques, les plus lourds, s'y sont trouvés naturellement piégés.

PS : Archéologie en bords de Garonne, visites guidées gratuites les 16 et 17 juin à 14 heures dans le cadre des Journées nationales de l'archéologie.

Boîte aux lettres pour bébés de l'Hôtel-Dieu de Toulouse... Cliché numérique. Marc Comelongue - Service de l'Inventaire patrimonial et de l'Archéologie de Toulouse Métropole, 2017.

Une nouvelle définition en archéologie du bâti : le « Merci Maman » ?


mai 2017

C'est en tout cas le nom que l'on pourrait donner à une structure architecturale dont Toulouse montre un bel exemple. En haut du grand escalier de l'Hôtel-Dieu, à droite de l'entrée principale, on peut voir une niche traversant le mur. Il s'agit d'un guichet un peu spécial, aménagé à l'époque moderne, qui servait à déposer les enfants que l'on voulait abandonner à l'institution hospitalière (vous y verrez même une poupée emmaillotée qui y a été placée pour reconstituer sa fonction).

En fait, il est dénommé « tour » à cause du plateau en bois, pivotant sur un axe, disposé en son milieu. Il permettait de déposer anonymement le bébé par l'extérieur et de le mettre rapidement à l'abri en tournant le plateau vers l'intérieur. Ensuite, l'avenir des bambins délaissés semble avoir été assuré.

Quand, en 2015, le Service archéologique de Toulouse Métropole a fouillé le cimetière de l'hôpital, situé sous l'actuel port Viguerie, seuls des ossements d'adultes ont été mis au jour...

Basilique Saint-Sernin. Dépose et ouverture du sarcophage dit de Guillaume III Taillefer, Comte de Toulouse, par l'équipe de Jean-Louis Laffont, en présence de Dominique Baudis. 23 mai 1989. Négatif N&B, 24 x 36 mm. Patrice Nin - Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi8085.

J'ai essayé de renouer le fil de l'archéologie toulousaine…


avril 2017

et je suis d'abord allé voir tout naturellement du côté de la rue des Filatiers. Comme son nom l'indique, elle attira des fileurs, des tailleurs, des chaussetiers, des couturiers, des brodeurs… mais malheureusement pas beaucoup les archéologues ! Heureusement Gérard Villeval sauva l'honneur en 1961 en recueillant quelques fragments de céramiques antiques, dont une lampe décorée d'un chrisme, lors de travaux de voirie devant le numéro 5 de cette rue. Et puis il y a bien ce culot sculpté d'une tête d'ange (pas de filatier…) découvert lors d'une démolition en 1975 au numéro 35.

En fait, pour essayer de garder une trame à cette histoire, il faut avoir le courage de mettre son nez ailleurs, dans des endroits un peu particuliers : les sarcophages. Milieux clos par fonction, nous aurons des chances d'y découvrir des tissus encore conservés et de retrouver le fil de notre quête. C'est ce qui s'est passé en 1989 lorsqu'on a dû déplacer l'un des tombeaux de l'enfeu des Comtes de la basilique Saint-Sernin, qui avait besoin d'être restauré. L'occasion était trop belle et une fouille minutieuse de son contenu fut dirigée par Christine Dieulafait et Eric Crubézy. Résultat : des ossements dont certains appartiennent probablement à un membre de la famille comtale toulousaine des alentours du 10e siècle. Il avait été inhumé habillé avec chausses, chemise et tunique de toutes matières : lin, coton, soie, laine. Un vrai festival fibrique et « filique »...

« Ci-gît un non-préhistorien »... Sépulture du chanoine Pouech au cimetière de Sabarat (Ariège). Photographie Marc Comelongue, Toulouse Métropole, Service de l'inventaire patrimonial et de l'archéologie.

Des hommes préhistoriques, il n'y en a point...


mars 2017
Les archéologues actuels ont peu de problèmes avec la censure (à part avec quelques comités de lecture particulièrement tatillons...). Mais certains de leurs prédécesseurs ont pu pratiquer l'auto-censure, tout particulièrement ceux qui étaient aussi religieux. Nous ne parlons pas ici de l'abbé Breuil et de ses contemporains qui surent réconcilier Foi et Préhistoire, mais de la génération précédente dont l'un des plus connus dans notre région est l'abbé Pouech (1814-1892) qui fut chanoine de Pamiers. Il a été le premier explorateur des grottes et des dolmens de l'Ariège où il découvrit les traces des premiers habitants de nos contrées qu'il qualifia certes de pré-celtiques, mais encore « enfants de Noé ».
Lors de ses premières investigations dans la caverne du Mas-d'Azil, il imagina même d'abord que les silex qu'il trouvait avaient servi de briquets pour allumer des feux aux protestants qui s'étaient retranchés dans la grotte lors du siège de la ville voisine en 1625. L'anecdote est véridique et, parmi les assiégeants catholiques commandés par le maréchal de Thémines, ce furent d'ailleurs les Toulousains qui furent choisis pour essayer, sans succès, d'investir ce refuge souterrain. Pourquoi cette troupe en particulier ? Peut-être parce que certains d'entre eux connaissaient déjà cette immense grotte qui depuis déjà au moins un siècle servait de mine de salpêtre, matière première que les marchands de Toulouse achetaient pour fabriquer leur poudre noire.
En 1873, à l'occasion de la découverte d'un éléphant fossile près de Pamiers, la presse signala que l'abbé Pouech possédait une collection concernant l'homme préhistorique. Dans un droit de réponse cinglant, il répliqua : « Des hommes préhistoriques, il n'y en a point. Au point de vue chrétien, ce terme, homme préhistorique, est un non sens ou une hérésie... Quand je vois mon nom rapproché de ce terme fâcheux, que je repousse si énergiquement cependant, de peur d'en être en quelque sorte rendu garant et solidaire, je ne puis, je ne dois, je ne veux en aucune manière le laisser passer sans protestation. Je possède, c'est vrai, des ossements humains trouvés exactement dans les conditions de ceux qu'on appelle préhistoriques, mais ils ne sont pour moi que les os des enfants d'Adam, et probablement aussi de Noé. Je ne sors pas de la Bible. »
Le chanoine Pouech est souvent présenté comme l'un des pionniers de la Préhistoire. Peut-être devrions-nous cesser de le qualifier ainsi ? Cette réflexion est venue à l'auteur de ces quelques lignes lors d'une visite sur sa tombe au village ariégeois de Sabarat. « Ci-gît un non-préhistorien », en quelque sorte... Pour les taphophiles invétérés, la sépulture de l'abbé était localisée sous le porche de l'église au moins jusqu'aux années 1970, mais aujourd'hui son nom apparaît sur le caveau de sa famille, dans le cimetière.
Localisation du site antique de Sarabelles dans Urban-Hist et fragment de mosaïque découvert sur place en 1986. Illustration Marc Comelongue, Toulouse Métropole, Service de l'inventaire patrimonial et de l'archéologie et Ville de Toulouse, Archives municipales.

Si l'on veut parier sur la couleur d'une tesselle romaine à Toulouse...


février 2017

… les lois de probabilité nous invitent à choisir le blanc. En effet, même les mosaïques les plus colorées utilisent cette teinte et les roches claires pyrénéennes (calcaires, marbres, quartz) ne manquaient pas pour fabriquer des petits cubes immaculés. De plus, si les scènes mythologiques et de la vie quotidienne, ou les motifs floraux et animaliers, en technicolor, sont ceux qui nous viennent à l'esprit, il faut savoir que la plupart de ces pavements étaient simplement bicolores, blanc (souvent dominant) et noir, à motifs géométriques simples. Ce sont ces derniers que l'on retrouve le plus souvent dans l'ancienne ville romaine de Tolosa. Les mosaïques signalées le plus précocement au 19e siècle étaient de ce type (rue Peyrolières en 1858 et rue Cujas en 1872), de même que la dernière retrouvée dans les fouilles de la station de métro des Carmes en 2002-2003.

Les établissements ruraux autour de Toulouse possédaient aussi des sols mosaïqués, tel celui de Sarabelles fouillé vers 1973 par Patrice Cabau et Pierre Prost, sous la responsabilité de Claude Prost. Localisé à l'extrémité orientale de l'actuelle rue Maurice Hurel, près de la Cité de l'Espace, ce site était à l'époque au bord de l'Hers. Ceux qui connaissent cet endroit pourront alors s'étonner car l'Hers coule maintenant à environ 150 mètres plus à l'est. Alors que s'est-il passé ? Dans les années 1980, on lança la construction de la rocade de Toulouse et le secteur de Sarabelles posait problème à cause de la présence de l'aérodrome de Lasbordes dont les nouvelles infrastructures devaient rester suffisamment éloignées par sécurité. On décida alors de se lancer dans des travaux pharaoniques consistant à combler le lit de l'Hers pour construire l'autoroute à sa place, tandis que l'on recreusait une nouvelle rivière le long des pistes d'aviation. C'est d'ailleurs en visitant ce chantier en 1986 que l'auteur de ces lignes, qui ignorait alors l'existence d'un habitat antique en ce lieu, ramassa par hasard un petit morceau de mosaïque sur son emplacement qui avait été égratigné par les engins de terrassement. Comme vous pouvez le voir sur l'illustration ci-jointe, ayant pour fond la localisation du site archéologique dans Urban-Hist, la probabilité a bien été respectée car, sur les quatre tesselles composant ce fragment, deux sont effectivement blanches (les deux autres étant noires).

Gobelet romain en verre moulé découvert lors des travaux de la place du Capitole en 1971 et conservé au musée Saint-Raymond. Cliché Jean Dieuzaide - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3828 (détail).

Vas-y Py-Py !


janvier 2017

En 1971, un parking souterrain fut construit sous la place de Capitole. À cette époque, l'archéologie préventive n'était pas organisée comme aujourd'hui et les archéologues n'ont pas pu intervenir en amont du projet d'aménagement. Ils ont néanmoins pu suivre les travaux et étudier le vestige le plus important mis au jour par cette excavation : la porte nord de l'enceinte romaine de Toulouse.

En revanche, en l'absence de fouilles fines, seuls quelques objets anciens ont pu être récupérés, et parmi eux, miraculeusement au vu du contexte, un magnifique gobelet en verre datant du Ier siècle de notre ère. Sa valeur vient de son décor moulé représentant une course de char à quatre chevaux, des quadriges. On y aperçoit aussi des éléments de l'architecture du cirque où se déroulait la compétition et quelques lettres d'une légende latine : VADERE PYRAME. Nous pouvons la traduire par « Vas-y Pyrame !», ce dernier étant un conducteur de char, un aurige, qui fut célèbre dans tout l'Empire romain au point d'avoir des bibelots déclamant son nom.

Parallèle à travers les siècles, dans les années 1960-1970 le coureur cycliste le plus connu en France était Raymond Poulidor, au point d'avoir rendu célèbre l'expression « Vas-y Pou-Pou ! »...

Tour des Hauts-Murats vue en coupe, dessin, Jules Chalande. Ville de Toulouse, Archives municipales, 40Z71/2.

C'est la grille qui fait la prison...


décembre 2016

...comme le montre ce dessin effectué par Jules Chalande pour illustrer un article paru en 1921 et conservé aux Archives municipales de Toulouse. Il montre ce qui fut d'abord un élément de la défense de la ville à l'époque romaine, qu'on utilisa ensuite, une fois des barreaux posés sur sa fenêtre, comme cachot jusqu'aux années 1960 dépendant de la prison des Hauts-Murats dont l'origine remonte à la fin du 13e siècle.

Celle-ci était le premier lieu de détention construit par les inquisiteurs dominicains, non seulement à Toulouse mais aussi dans toute la chrétienté, et avait servi à enfermer les propagateurs du catharisme, prisonniers qu'on appelait « immurati », les « emmurés », ce qui a peut-être donné après déformation le nom « Hauts-Murats » (à moins que ce soit plus simplement la hauteur des murs...). Cette geôle, où les « hérésie riders » finissaient leur course et où peur faisait nique au son des plaintes, fonda la légende noire de l'Inquisition...

Pile et arche de l'ancien pont de la Daurade. Photographie non datée, auteur inconnu. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi1587.

Arche ! Eh ! Oh ! Où vas-tu ?


novembre 2016

C'est la question que peuvent se poser les Toulousains lorsqu'ils traversent le pont Neuf en direction de Saint-Cyprien et qu'ils aperçoivent sur leur droite une arche en briques jaillissant de l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques et rejoignant une plate-forme posée sur un pilier au milieu de la Garonne. Sacré investissement pour aménager une terrasse les pieds dans l'eau, pourrait-on se dire... Nous sommes en fait devant les vestiges d'un projet bien plus ambitieux, car cette arche et la pile qui la jouxte, qui semblent aller nulle part, ne furent pas les seules et appartiennent à un ancien pont traversant le fleuve. De son point d'ancrage sur la rive droite, il tirait son nom le plus commun : le « pont de la Daurade ». Mais il reçut plusieurs autres dénominations : « pont Neuf » lorsqu'il succéda au 12e siècle à un premier « pont Vieux », puis à son tour « pont Vieux » lorsqu'il fut abandonné au début du 17e siècle au profit de l'actuel pont Neuf, et même « pont Couvert » car il était protégé par un toit à deux pentes. De plus, la pile restante que nous voyons découverte aujourd'hui portait en fait une tour de défense qui fut arasée en 1734.

Nos ancêtres ont pu aussi voir pendant longtemps exactement le même panorama, une arche et une pile isolée dans la Garonne, au niveau de l'actuelle place Saint-Pierre. Ce furent en effet les derniers vestiges visibles, avant leur destruction vers 1710, du pont méconnu du Bazacle, apparaissant dans les textes dès 1218 mais déjà abandonné au milieu du 16e siècle.

Une troisième arche de pont mystérieuse existe à Toulouse. Elle se trouve enfouie à 3 mètres de profondeur sous le tronçon nord de la rue de la Descente de la Halle aux Poissons et n'est accessible que par les caves des immeubles voisins. Les arche-eh-oh-logues pensent qu'il faut la rattacher au premier « pont Vieux » de Toulouse qui aboutissait vraisemblablement dans ce secteur après avoir traversé la Garonne et le bras de la Garonnette.

Exemple de faïence des ateliers de Paterna. Bol de céramique verte et manganèse, Paterna, 16e siècle, musée de la Ville (Valence). Joanbanjo (own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3ABol_de_cer%C3%A0mica_verda_i_mangan%C3%A9s%2C_Paterna%2C_segle_XIV%2C_Museu_de_la_Ciutat_(Val%C3%A8ncia).jpg.

Olé !


octobre 2016

En 1998, à l'occasion de la construction d'une résidence au 13 rue des Couteliers, une fouille préventive d'urgence a été dirigée par Jean-Louis Hillairet. Elle a permis de mettre au jour, non pas le trésor des Tectosages, mais un dépotoir du 15e siècle rempli de choses follement excitantes pour les archéologues qui, on le sait, se réjouissent de faire les poubelles de nos ancêtres.

Voilà que notre archéologue aux yeux ébaubis se retrouve face à des restes de faune, ainsi que de la verrerie et de la poterie, notamment des bols à oreilles en faïence, importés des ateliers espagnols de Paterna.

Située dans la région de Valence, cette ville est un foyer important de production de faïence dès le 13e siècle, selon une technique apprise des Arabes, et dont la situation au bord de la Méditerranée favorise les exportations dans le sud de la France et l'Italie.

Vestiges du mur romain du square Charles-de-Gaulle, vers 1993. Photographie couleur, 10 x 15 cm. Auteur inconnu. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1 Fi 1955.

Du neuf ?... en archéologie ?


septembre 2016

Ordinairement non, si l'on considère que c'est la science du passé. Tout ce qui est trop récent est donc normalement hors cadre ou bien suspect. Les archéologues sont en effet quelquefois confrontés à des faux. La plupart d'ailleurs ont subi le fameux bizutage qui consiste à dissimuler un objet contemporain (fourchette, capsule de bouteille, pièce d'euro...) à l'endroit qu'on leur donna à explorer lors de leur premier chantier de fouille. Mais les « vrais » faux existent aussi. Par exemple à la grotte ariégeoise de Massat où l'on découvrit, dans les années 1940-1950, des pseudo-sculptures préhistoriques réalisées et disséminées par un plaisantin atteint de la fièvre de falsification, mais, heureusement, suffisamment mal faites pour être démasquées. Il faut noter que ce département voisin connaît malheureusement depuis quelques années la recrudescence d'un virus (pas de la dengue, mais plutôt du dingue...) pathogène du bon sens qui a infecté un auto-proclamé esthète  confondant émotion artistique et divagation malsaine, son projet étant d'enterrer dans toutes les cavernes des galets sur lesquels sont gravées des vulves qui laisseront sûrement dans l'expectative les découvreurs à venir...

Neuf et archéologie peuvent néanmoins faire bon ménage dans le domaine de la restauration. La photographie que nous présentons montre le fragment de rempart romain qui avait été redécouvert et mis en valeur dès 1893 à Toulouse dans l'actuel square Charles-de-Gaulle, près du donjon du Capitole. Son parement hybride, alternant rangs de briques et de moellons calcaires, fut restauré vers 1993 et l'on prit alors le soin de séparer les galets neufs de remplacement et les anciens authentiques par une lame en zinc, visible sur le cliché, avant que l'altération ne permette plus de faire la différence. Ainsi, les pierres situées à droite de la lame de séparation sont « fausses » et celles de gauche sont « vraies »... Euh ! Ou bien l'inverse ? Je ne sais plus... Où sont mes notes ?

Basilique Saint-Sernin, vers 1910, Enfeu contenant les sarcophages des comtes de Toulouse, Carte postale, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9 Fi 2951 (détail).

La cuve a chaud, la chaux couve...


juin 2016
Au crépuscule de l'antiquité, durant les 4e et 5e siècles de notre ère, les sculpteurs ont profité de la présence de gisements de marbre dans les Pyrénées pour tailler des sarcophages de grande qualité. Les plus beaux ont été décorés, sur leur couvercle et les panneaux de la cuve, avec des motifs géométriques ou végétaux, des chrismes, des animaux ou des personnages formant parfois des scènes complexes. Diffusés dans le sud-ouest de la France, plusieurs ont été retrouvés à Toulouse, mais pas toujours dans leur destination première. En effet, ces monuments se sont prêtés au recyclage.
Souvent d'ailleurs pour le même usage, inhumer des corps, mais à une époque plus récente (suivant l'adage : qu'importe, de la cuve, l'âge). C'est ainsi que, comme le montre l'image que nous présentons, plusieurs de ces tombeaux ayant accueilli au haut Moyen Âge les corps de représentants de la famille comtale toulousaine, se trouvent à Saint-Sernin dans une chapelle attenante à la porte du transept méridional. Mais il faut remarquer que l'un d'eux est une copie, un moulage, car l'original a été déplacé en 1989 pour assurer sa conservation et placé depuis à l'intérieur de la basilique.
On a pu aussi les réutiliser pour décorer des bâtiments et certains de ceux qui se trouvent actuellement conservés au musée Saint-Raymond avaient servi autrefois de linteau ou de montant de porte au monastère de la Daurade ou à l'église disparue de Saint-Michel-du-Touch. Même un simple fragment peut avoir été mis en valeur sur une façade comme à Saint-Sernin, tout à côté des sépultures comtales dont nous venons de parler.
Bien évidemment, d'aucuns n'ont aussi pas manqué de remarquer que l'on pouvait en faire de parfaits abreuvoirs, d'ailleurs souvent recyclés plus tard en bacs à fleurs (les sarcophages à saxifrages...), et les archéologues ont aussi su faire leur marché en parcourant les cours de fermes autour de Toulouse, comme à Saint-Orens-de-Gameville ou à Fourquevaux.
Au crépuscule de l'antiquité, durant les 4e et 5e siècles de notre ère, les sculpteurs ont profité de la présence de gisements de marbre dans les Pyrénées pour tailler des sarcophages de grande qualité. Les plus beaux ont été décorés, sur leur couvercle et les panneaux de la cuve, avec des motifs géométriques ou végétaux, des chrismes, des animaux ou des personnages formant parfois des scènes complexes. Diffusés dans le sud-ouest de la France, plusieurs ont été retrouvés à Toulouse, mais pas toujours dans leur destination première. En effet, ces monuments se sont prêtés au recyclage.
Souvent d'ailleurs pour le même usage, inhumer des corps, mais à une époque plus récente (suivant l'adage : qu'importe, de la cuve, l'âge). C'est ainsi que, comme le montre l'image que nous présentons, plusieurs de ces tombeaux ayant accueilli au haut Moyen Âge les corps de représentants de la famille comtale toulousaine, se trouvent à Saint-Sernin dans une chapelle attenante à la porte du transept méridional. Mais il faut remarquer que l'un d'eux est une copie, un moulage, car l'original a été déplacé en 1989 pour assurer sa conservation et placé depuis à l'intérieur de la basilique.
On a pu aussi les réutiliser pour décorer des bâtiments et certains de ceux qui se trouvent actuellement conservés au musée Saint-Raymond avaient servi autrefois de linteau ou de montant de porte au monastère de la Daurade ou à l'église disparue de Saint-Michel-du-Touch. Même un simple fragment peut avoir été mis en valeur sur une façade comme à Saint-Sernin, tout à côté des sépultures comtales dont nous venons de parler.
Bien évidemment, d'aucuns n'ont aussi pas manqué de remarquer que l'on pouvait en faire de parfaits abreuvoirs, d'ailleurs souvent recyclés plus tard en bacs à fleurs (les sarcophages à saxifrages...), et les archéologues ont aussi su faire leur marché en parcourant les cours de fermes autour de Toulouse, comme à Saint-Orens-de-Gameville ou à Fourquevaux.
Enfin un recyclage plus radical a pu exister. Lors de fouilles sur le site du musée Saint-Raymond en 1994-1996, un four à chaux daté des 5e-6e siècles de notre ère a été découvert. Il contenait des restes de son dernier chargement et on s'aperçut, avec étonnement, que les chaufourniers avaient brisé et utilisé sans état d'âme comme matériau à transformer en chaux des sarcophages sculptés, privés ainsi du statut de futures pièces de musée pour devenir un vulgaire composant de mortier.
Musée Saint-Raymond, paire de fibules découverte en 1983 à l'église Saint-Pierre-des-Cuisines, bronze, dernier quart du Ve s. après J.C. Carte postale, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9 Fi 3798 (détail).

Gothe Gaule...


mai 2016

En l'an 418, Toulouse devint la capitale du royaume wisigoth, d'abord dépendant de Rome puis totalement autonome. Cette parenthèse royale fut stoppée en 508 par la victoire d'autres conquérants venus de l'Est, les Francs, sur leurs cousins germains, obligeant nos amis Goths à une retraite en Espagne, forcés de plier leurs gaules gothes de peur de subir le calvaire, l'hallali goth ou la mort gothe (ou gothe mort, ça marche dans les deux sens). L'ambiance n'était plus à l'Allez, Goth, rie !

Mais avais-tu apporté des changements de visu, Goth ? Le plus évident fut certainement dans l'habillement et un goût plus marqué pour l'utilisation de deux accessoires, témoignage de l'art goth, ou plutôt du goth faste : les plaques-boucles et les fibules. Certes, les romains employaient déjà de gros ceinturons garnis de plaques, mais leur usage avait plutôt été réservé jusque-là aux militaires. Et les fibules étaient bien connues depuis la période gauloise, mais jamais elles n'avaient atteint la taille et la sophistication du décor (à gogo) que leur donnèrent ces barbares. Par chance, deux d'entre elles (les femmes goûtaient ces gotheries par paire) ont été retrouvées dans une tombe lors de fouilles sur le site de l'église primitive de Saint-Pierre-des-Cuisines en 1983 et sont maintenant conservées au Musée Saint-Raymond. Fabriquées en bronze et de forme ansée asymétrique, les appendices digités qui les ornent les rapprochent d'autres exemplaires découverts dans les lointaines contrées danubiennes visitées par ces envahisseurs avant leur goth trip en Gaule.

Dernier écart goth sur ce sujet (en essayant de ne pas faire de coquille), une autre innovation importante de cette époque fut l'adoption progressive de l'inhumation habillée. Cette coutume amenait les défunts, non seulement le Gaule gotha mais aussi les gens du peuple, à être enterrés avec tout leur costume. Elle offre ainsi plus de chances aux archéologues d'en retrouver les éléments les moins fragiles c'est-à-dire les parures métalliques, en explorant, toujours à la merci d'un lumbago, d'anciens cimetières (de Wisigoths ou autres Goths) où quelquefois aussi un Lombard gît, alors que ces deux peuples ont eu des destins bien séparés. A chacun son ego.  D'ailleurs ne dit-on pas faire le distinct Goth, ou un isolement par Lombard-Goth ?

Cartel provisoire du Musée de Montségur (09) utilisé lors du prêt de ses collections au Musée des Augustins de Toulouse pour l'exposition « Archéologie et vie quotidienne aux XIIIe-XIVe siècles en Midi-Pyrénées » en 1990. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1084 W 142.

La promotion de l’archéologie a souvent été soutenue par le milieu associatif


mars 2016

Dans les années 1980-1990 à Toulouse, c'était le but de l'APAMP, Association pour la Promotion de l'Archéologie en Midi-Pyrénées. Cette structure (combative...) a notamment participé à l'organisation de l'exposition « Archéologie et vie quotidienne aux XIIIe-XIVe siècles en Midi-Pyrénées » au Musée des Augustins en mars-mai 1990, et surtout à l'édition de son catalogue qui reste une source majeure pour l'étude du mobilier médiéval. Cette manifestation avait permis de rassembler de nombreux objets conservés dans les collections des musées de la région. Celui de Montségur dans l'Ariège, réceptacle des fouilles effectuées dans le célèbre château « cathare », comptait parmi les contributeurs les plus importants avec 138 pièces prêtées et avait été obligé d'orner temporairement ses vitrines dégarnies avec des photographies de substitution, comme le montre le cartel que nous présentons ici.

De nos jours, ce projet est porté, entre autres, par les associations ARCHÉOLOGIES, ex-ADPMP (Association pour le Développement de la Préhistoire en Midi-Pyrénées), basée à Montauban ou APAREA (Action de Promotion et d'Aide à la Recherche en Archéologie) rattachée à l'Université de Toulouse 2 Jean-Jaurès.

Pierre tombale du 13e siècle, portant l'épitaphe du notaire Jean Dominique, décédé en 1283. Phot. Joachim Hocine, ville de Toulouse, 23 juillet 2015.

Révolution et matériaux de récupération


janvier 2016

La Révolution française, parangon des changements de régime s'il en est, a engendré, on le sait, de nombreuses destructions de monuments et objets, symboles d'un pouvoir honni. Des édifices ou parties d'édifice sont démolis. Par souci d'économie, les propriétaires récupèrent tout ce qui peut servir à une nouvelle construction. C'est pourquoi on retrouve parfois des fragments de sculpture ou de pierre tombale encastrés dans des murs du début du 19e siècle. Ainsi, les fouilles archéologiques de la place Saint-Sernin qui ont eu lieu cet été, ont mis au jour une pierre tombale, remployée dans un mur, portant une épitaphe mentionnant le décès en 1283 de Jean Dominique, notaire à Toulouse.
Pour en savoir plus sur ces découvertes, rendez-vous à l'exposition de la Fabrique Toulouse Métropole, située au rez-de-chaussée de la médiathèque José-Cabanis, Saint-Sernin, patrimoine oublié, patrimoine révélé, jusqu'au 7 février 2016.

Extrait du plan de Toulouse dressé après les inondations des 23 et 24 juin 1875, édité par la Dépêche du Midi dans une brochure au profit des victimes de la catastrophe. En couleurs avec indications de la partie submergée en bleu et des bâtiments effondrés en rouge, 50 x 41 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 20 Fi 45 détail.

J’aurais bien aimé être pérenne…


novembre 2015

Se lamentait la petite église située sur le côté nord du rond-point de la Patte-d'Oie, alors que l'on venait de la bénir avant sa mise en service, ce jeudi 6 mai 1875.

En fait, son destin était déjà scellé car il était entendu qu'elle ne devait être que provisoire en attendant la construction de la future église du Sacré-Cœur du faubourg Saint-Cyprien dont on posait, ce même jour, la première pierre quelques mètres plus au nord, du côté de la rue de Tournefeuille (actuelle rue Adolphe Coll).

Mais la suite est encore plus triste car son statut allait passer inopinément de provisoire à celui d'éphémère puisque, un mois et demi plus tard, elle sera détruite par la terrible inondation des 23 et 24 juin. Probablement un record en termes de rentabilité d'un investissement immobilier… Il nous en reste seulement une silhouette imprimée sur un plan recensant les dégâts de cette catastrophe.

 

Extrait du plan de Toulouse de 1663 par Nicolas Berey (Musée Paul-Dupuy, inv. 20.6.1) montrant les ruines de l'aqueduc antique. Tirage photographique couleur, 13 x 18 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2 Fi 1305 détail.

L’anticographie ?


septembre 2015

Ou la représentation des vestiges antiques sur une carte…

Toulouse peut passer pour pionnière dans cette activité puisque deux de ses plus anciennes cartes, celles de Melchior Tavernier en 1631 et de Nicolas Berey en 1663, illustrent des vestiges d'arches de l'aqueduc qui alimentait la ville à l'époque romaine.

L'archéologie sera reprise en compte au 19e siècle dans les différentes versions du « Plan du territoire de la commune de Toulouse » par Joseph Vitry. Celles de 1838 et 1852 (conservées aux Archives municipales sous les cotes 20 Fi 7 et 20 Fi 97) montrent évidemment les ruines de l'amphithéâtre de Purpan mais localisent de manière plus imprécise des cimetières gallo-romains au Férétra et à Terre Cabade. De plus elles affirment que les principales voies d'accès à la ville sont d'anciennes voies romaines.

Extrait du « Plan général du territoire de la commune de Toulouse» de 1860 par Joseph Vitry avec localisation des vestiges de l'aqueduc antique par les lettres majuscules M, N, O et P. Lithographie, 82 x 96 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 21 Fi 6 détail.

 

Une version plus tardive de 1860 (21 Fi 6) apporte, quant à elle, des renseignements supplémentaires concernant le tracé de l'aqueduc antique sur la rive gauche de la Garonne repéré par les lettres majuscules M, N, O et P.

De nos jours, c'est Urban-Hist, le portail internet du patrimoine toulousain, qui perpétue cette tradition de cartographie archéologique.