Arcanes, la lettre

Dans ma rue


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archive ou de ressources en ligne. Retrouvez ici les articles de la rubrique "Dans ma rue", consacrée au patrimoine urbain toulousain.

DANS MA RUE


.

Élévation antérieure du n°19 rue des Couteliers. Photo Christian Soula, Région Occitanie – Inventaire général, 1976, IVR73_76310001V_P.

La Maison des femmes au 19 rue des Couteliers (1976-1982)


mai 2017

En cette période d'élection, il est bon de rappeler les combats qui ont été menés par nos mères, nos grands-mères, voire nos arrières-grands-mères, dans les différents mouvements d'émancipation des femmes qui ont émaillé le 20e siècle. Luttes politiques (droits de vote et d'éligibilité obtenus en 1944), droit à disposer de son corps (création du planning familial en 1956, lois sur la contraception en 1967 et sur l'avortement en 1975) ont permis aux femmes de se libérer du « genre », construction sociale arbitraire résidant dans une domination masculine symbolique fondée sur la différence entre les sexes.

A Toulouse, différents mouvements féministes se créent dans les années 1970, notamment la Maison des femmes, association basée de 1976 à 1982 au n° 19 de la rue des Couteliers. Ce  lieu de rencontres et d'échanges autour des revendications sur les droits des femmes était installé dans une maison à pan de bois. Les baies étaient pourvues d'un appui aux moulures caractéristiques du 16e siècle. Elle était entourée d'autres maisons, datant du 18e siècle ou du 19e siècle, dans le même état de décrépitude avancée. Une nuit de décembre1983, le n° 15 s'effondre, heureusement sans faire de victimes. Un permis de construire, accordé en mai de la même année sur les n° 15 à 21, fait disparaître les autres immeubles, que nous connaissons grâce aux photographies prises par l'inventaire. Un grand immeuble de 92 logements est alors construit à la place de ces édifices.
En 2016, deux associations féministes toulousaines ont créé un parcours thématique à l'occasion des journées du patrimoine (rebaptisées pour l'occasion « matrimoine ») présentant les lieux et les personnalités emblématiques du féminisme toulousain, l'occasion de prendre conscience de l'importance de ces mouvements à Toulouse.

Élévation de la manufacture, de la corderie, des établissements Saint Frères ; 2 rue de Belfort ; projet de construction, 3 avril 1901. B. Guitard (architecte), dessin, papier, cyanofer, 35 x 51 cm, 1901. Ville de Toulouse, Archives municipales, 64Fi8593.

Du fil à (re)tordre ! La corderie Saint frères


avril 2017

Au moment où les Établissements Saint frères ouvrent une succursale à Toulouse en 1900, la ville ne compte pas moins de dix autres corderies selon l'annuaire de cette année-là. Les frères Saint sont spécialisés, depuis le 1er quart du 19e siècle, dans le tissage et le commerce de toiles d'emballage en étoupes de chanvre et de lin. L'activité qui a vu le jour dans la vallée de la Nièvre près d'Amiens, s'est considérablement développée tout au long du 19e siècle en proposant trois gammes de produit : les toiles d'emballage, le velours de jute pour teintures et tapis et la corderie. C'est dans cette dernière spécialité que l'entreprise, à son apogée au tournant du siècle, fait construire de nouveaux bâtiments rue Belfort après avoir été localisée durant deux ans au 48 rue de Peyrolières.


Ancienne corderie Saint frères, aujourd'hui centre communal d'action sociale (CCAS). Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2017, IVC31555_20173100269NUCA.jpgL'édifice, dont les plans dressés par l'architecte Barthélémy Guitard, prend place sur une large parcelle rectangulaire. Il se divise en deux parties bien distinctes. Sur rue, un bâtiment présente un corps central à trois niveaux encadré par deux ailes à un étage couronné par un attique. Cet ensemble qui évoque une grande villa possède une architecture soignée de pierre et de brique. Au rez-de-chaussée sont installés les magasins de détail et des cordes, largement ouvert sur la rue par de grandes baies vitrées. A l'arrière, un grand entrepôt occupant un peu plus de la moitié de la parcelle accueille « le grand magasin ». Plus qu'un véritable centre de production, les établissements toulousains Saint frères semblent n'avoir été qu'un lieu de stockage et de diffusion de leurs produits dans le sud de la France.

Hôtel du Journal "Le Télégramme" et rue Constantine. Vers 1920. Merlin Eugène (photographe), carte postale n&b, phototypie, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4611.

Télex : Retour de la Censure pour la presse - stop


mars 2017

Journal "Le Télégramme". Les services de la publicité. Vers 1940. Le Télégramme (éditeur) ; Séréni (photographe), carte postale n&b, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi6392.La presse française entièrement libre depuis la loi du 29 juillet 1881 renoue avec la censure à la demande des militaires au début de la Grande Guerre. Comme ailleurs, les journaux toulousains, au nom de l'Union sacrée, suivent dans les premiers mois du conflit les recommandations de l'armée. A cette époque, quatre organes de presse ont pignon sur rue à Toulouse : La dépêche du Midi, L'Express du Midi, Le Midi socialiste et le Télégramme. Auparavant rue d'Alsace-Lorraine, ce dernier s'installe en 1912 dans un nouveau bâtiment situé en léger retrait des boulevards Lazare-Carnot. Il est agrandi à partir de 1923 par un nouveau corps de bâtiment au caractère plus industriel.
Le Télégramme, façade principale. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2017

Le bâtiment d'origine, situé à l'angle, s'impose par une façade au style architectural très marqué. Ses murs polychromes, faits de pierre et de brique sont coiffés par le gris bleuté du toit à haut comble couvert d'ardoise. Cet ensemble, si peu toulousain, évoque des modèles du nord de la France. Il est signé par les frères Isidore, Raymond et Antoine, qui réaliseront également le monument aux morts de Toulouse situé au cimetière Salonique.
Un escalier mène à la porte monumentale couronnée par la balustrade fermant le balcon supérieur. Au-dessus, une inscription sur fond d'or « Le Télégramme » rappelle toujours le journal. Une grande attention a été également portée au décor sculpté (reliefs, masques, consoles, pointes de diamant…) ainsi qu'à la ferronnerie.
Selon les plans, le rez-de-chaussée accueillait, entre autre, la salle des dépêches, la salle des linotypes (machines sur lesquelles étaient tapé les textes et qui créait les matrices servant à l'impression), le bureau de l'administrateur. Le sous-sol était réservé au tirage : dépôt de papier, salle des rotatives, salle des départs tandis qu'à l'étage prenait place des salons parloir et les salles de rédaction.

Papier en-tête de M. Moynet, 11 août 1885. Ville de Toulouse, Archives municipales, 4 D 479.

Plus blanc que blanc


février 2017

Petits arrangements entre amis                                                                        

En 1876, Mme Moynet fait construire un lavoir public au faubourg Guilheméry, longeant le réservoir d'eau de la ville. L'établissement est transformé en blanchisserie en 1881. Active jusqu'en 1971, elle se situait aux numéros 2 à 10 de l'actuelle rue de la Blanchisserie, dont le toponyme en a conservé le souvenir. Un papier à en-tête donne un aperçu du bâtiment industriel avec son avant-corps central percé de grandes baies en plein-cintre et sa haute cheminée. Les origines de cet établissement sont mouvementées. En effet, la propriétaire de la blanchisserie n'est autre que l'épouse du chef du service des eaux de l'époque, lequel s'est attribué quelques largesses lors de la fondation de l'usine et a abusé de sa position au sein de l'administration municipale de l'époque. Il est d'ailleurs renvoyé en 1881, au moment où les faits apparaissent à la nouvelle municipalité mise en place depuis peu.

Les termes de la concession d'eau établis en 1876, au moment où notre homme est à la tête du service des eaux, prévoit un débit mesuré de sa prise d'eau (directement au réservoir qui lui est contigu) de 2 litres d'eau par secondes. Lors du procès que la ville lui intente, les experts estiment que, soit il a agi sans discernement (ce qui semble étonnant au vu de ses qualifications), soit il n'avait aucune intention de respecter le débit octroyé (ce qui semble en effet le cas). Il est donc condamné à verser à la ville 2 278 francs le 17 janvier 1888. L'activité de la blanchisserie se poursuit tout de même jusqu'en 1971, époque à laquelle M. Micouleau, son propriétaire, fait construire un immeuble à son emplacement, sur les plans des architectes Paul et Pierre Glénat.

Élévation principale. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2008,IVC31555_20083103233NUCA_P

De l'utilité de la porte charretière


janvier 2017

Jusqu'au début des années 1990, Toulouse était une ville qui accueillait encore sur son territoire de nombreuses fermes, liées notamment à l'activité de maraîchage. Depuis, un grand nombre de ces édifices a disparu, victimes en particulier de l'urbanisation des quartiers nord de la ville.

La ferme du 28 rue Loubiague est, quant à elle, toujours en place, et bénéficie depuis 2010 d'une protection dans le PLU, comme une trentaine d'entre elles reparties sur le territoire de la commune.

Porte charretière. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2008 IVC31555_20083103236NUCA_PConstruite dans le 1er quart du 20e siècle, elle reprend les caractéristiques traditionnelles de ce type de bâti. De plan rectangulaire, la ferme est orientée plein sud. Les parties agricoles sont situées dans le prolongement du logis. Ce dernier, encadré par les pilastres superposés, s'organise en sept travées. Le rez-de-chaussée est surmonté par un comble à surcroît. Pour sa part, la partie agricole est percée par une grande baie en plein-cintre composée d'une porte charretière, dont la grande taille facilite le passage des véhicules agricoles. Cette dernière est surmontée d'une ouverture d'imposte permettant d'engranger les récoltes directement dans le comble.

Ce bâtiment se distingue par le soin apporté à son enduit polychrome formant des panneaux aux coins échancrés soulignés par des cernes blancs et par son faux appareil de pierre marquant son soubassement. Ensemble, ils dissimulent les matériaux de construction dont la mise en œuvre alterne les assises de brique et de galet. Une noria et une remise de la même époque complètent encore aujourd'hui l'ancien site agricole.

Villa 8 rue Georges-Clemenceau.Phot. Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2016, IVC31555_20163100411NUCA.

Le « Grand parc » dans le quartier de Saouzelong : un lotissement sur le Gril


décembre 2016

Approuvé par les arrêtés préfectoraux du 19 novembre et du 14 décembre 1925, le lotissement du Grand parc est créé par Louis Gril, industriel à Toulouse, dont la famille a fait fortune dans la fabrication de chaussures. Situés entre l'avenue Crampel, la rue du Midi, le canal et les serres municipales, les terrains concernés par le lotissement ont une surface de plus de 90 000 m2 et la création de 1 737 mètres de nouvelles voies est prévue dans le projet.

Cependant, la division de ces terrains et la construction des nouvelles maisons débutent en 1922, avant la promulgation de la loi du 19 juillet 1924 réglementant la création des lotissements et obligeant les lotisseurs à viabiliser les parcelles avant leur commercialisation. Louis Gril ne s'est pas préoccupé de cet aspect de la question et l'ingénieur de la ville fait remarquer à de nombreuses reprises les problèmes d'évacuation des eaux dans les rues nouvellement créées. Les difficultés persistent, allant jusqu'à la condamnation en 1931 par le tribunal de Toulouse de M. Gril, l'obligeant à verser des dommages et intérêts à la ville et à divers propriétaires et à faire exécuter les travaux de mise en viabilité de voirie dans le lotissement du Grand parc.

Villa 9 rue Bertrand-Gril. Phot. Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2016, IVC31555_20163100416NUCA.Malgré ces ennuis, les maisons construites dans les années 1920-1930 dans ce lotissement présentent une architecture de qualité et sont l'œuvre d'architectes toulousains de renom. Edmond Pilette y est largement représenté, c'est d'ailleurs lui qui construit la villa du Grand parc pour Louis Gril en 1924. Dans un style encore plus pittoresque, avec son appareil de moellons en opus incertum, la maison du 9 rue Bertrand-Gril est également réalisée selon ses plans. Les frères Thuriès, auteurs entre autres du « vaisseau amiral » de l'usine Job aux Sept-Deniers, réalisent en 1926 la maison de style néo-basque au 8 rue Georges-Clemenceau.

A la fin des années 1950, Pierre Gril, le fils du fondateur, vend une partie des terrains à une société immobilière qui fera construire un ensemble de logements « économiques et familiaux », comprenant 218 appartements, 8 boutiques et 107 garages selon les projets, sur les plans de l'architecte Jean-Pierre Pierron. Pierre Gril fera lui-même édifier par le même architecte un ensemble de 43 logements, dont le permis est délivré en 1959.

Toulouse. La Garonnette. Vers 1900. Éditions V.P. - Paris. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi258.

L’arche disparue du pont de Tounis


novembre 2016

En 1515, les capitouls décident de faire reconstruire en maçonnerie le pont de bois reliant le quartier de la Dalbade à l'île de Tounis. Ce pont qui enjambe le bras de la Garonne appelé Garonnette est régulièrement détruit par les crues violentes du fleuve. Les travaux semblent s'étirer sur plus de dix ans et rencontrent des difficultés, notamment en 1518 avec l'effondrement d'une pile du pont emportée par le courant.

La construction du pont de Tounis. Annales manuscrites de la ville de Toulouse, 1516-1517, chronique sans n°, ([gauche/droite/verso], détail. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB273.L'ouvrage en construction est représenté à la demande des capitouls dans les annales de la ville de 1516. Le pont de brique se compose de trois arches reposant sur deux piles dont les éperons permettent de rompre le cours de l'eau. Édifié en pente, il rattrape un dénivelé de plus de 5 mètres entre la rive et l'île. Remis en état régulièrement, il traverse les siècles et offre aux habitants de l'île de Tounis la possibilité de circuler plus sûrement entre les deux rives.

Le pont de Tounis. Plan de l'île de Tounis et des terriers donnant sur la Petite Garonne, dressé à l'occasion du procès entre les religieuses Sainte-Claire du Salin et le premier président Le Mazuyer (1650). Attribué à Hilaire Pader, détail. Ville de Toulouse, Archives municipales, 61Fi1.Ce pont, aujourd'hui le plus vieux de Toulouse, est peu visible. La Garonnette, asséchée à la fin des années 1950, a été transformée en voie de circulation. Quant au pont, il n'offre plus aux yeux des Toulousains qu'une fraction de son élévation. En effet, il semble que l'ouvrage, à partir de la seconde pile, ait été rapidement enserré par les constructions de l'île de Tounis avant de disparaître, complètement absorbé par les aménagements urbains du 19e siècle. La pose d'un enduit imitant la pierre de taille et la reconstruction partielle de l'éperon dissimule son aspect d'origine et affecte sa valeur historique.

Ancien hôtel de Champreux. Phot. Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2010, IVC31555_20103100426NUCA

Un hôtel particulier pour l’Espagne !


octobre 2016

Dans la rue Sainte-Anne se trouve le consulat d'Espagne et, juste à côté, le logement du consul. Ce dernier prend ses quartiers dans l'ancien hôtel particulier du Marquis de Champreux d'Altenbourg construit à la fin du 19e siècle dans un style très classique évoquant, par de nombreux détails, le 18e siècle. Cet édifice se joue des codes de l'hôtel particulier pour mieux les adapter à la petite taille du terrain. En effet, le bâtiment se déploie en fond de parcelle. Il est précédé par un espace servant de cour et de jardin tandis que deux pavillons latéraux reliés par un mur de clôture et un portail l'isolent de la rue.

L'élévation principale combine les caractéristiques de la façade sur cour et de celle sur jardin. Symétrique, de plan en U, même si les ailes latérales sont peu saillantes, elle se développe sur un sous-sol semi-enterré servant de soubassement au rez-de-chaussée accessible depuis le perron par un double accès. Des baies segmentaires animent les murs. Elles sont ornées d'une clé sculptée d'une feuille d'acanthe, et de deux branchages rappelant le 18e siècle, tout comme les garde-corps évasés du 1er étage aux motifs de feuillage. Deux d'entre elles portent les armoiries de la famille : d'un côté celles du marquis de Champreux, et de l'autre celles de son épouse, née de Saint-Félix. Un toit à la « Mansard » couvert d'ardoises et éclairé par de petites lucarnes couronne le bâtiment, renforçant l'impression d'architecture classique.

Malgré toutes ces références au passé, la modernité n'a pas été oubliée, grâce notamment aux colonnes candélabres supportant la marquise qui, dès la nuit tombée, apportaient un éclairage bienvenu !

Le Pont-Neuf depuis le quai de Tounis. Phot. Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2012, IVC31555_20123102123NUCA

Un pont pas si neuf résistant encore aux assauts de la Garonne !


septembre 2016

La construction du pont Neuf, essentiel pour Toulouse, a été longue et laborieuse. En 1541, une autorisation royale permet aux Capitouls de lever des taxes exceptionnelles destinées à financer la construction d'un nouvel ouvrage en maçonnerie sur la Garonne, pour remplacer d'un côté le pont couvert en bois de la Daurade et de l'autre le Pont-Vieux, réutilisant les structures antiques de l'ancien aqueduc. Trois ans plus tard, les travaux d'édification de la première pile démarrent sous la direction de Nicolas Bachelier, grand architecte toulousain de la Renaissance, auteur notamment de l'hôtel d'Assézat.
Le Pont-Neuf et son arc de triomphe avant 1860. Ville de Toulouse, Archives municipales, 3 Fi 140.L'impétuosité des eaux retarde sans cesse l'avancement du chantier, certaines crues emportant des éléments construits. La sixième et dernière pile est érigée à la fin du 16e siècle, et le début du 17e siècle voit l'édification des arches puis la pose du tablier. La mise en circulation de l'ouvrage s'effectue enfin en 1632. Dix ans plus tard, le Pont-Neuf, qui mérite alors bien son nom, est embelli d'un arc de triomphe monumental édifié sur la rive gauche (puis démoli en 1860).
Aujourd'hui plus ancien pont de Toulouse enjambant la Garonne, le Pont-Neuf est resté longtemps le seul axe reliant la rive droite et la rive gauche. En effet, il faut attendre le milieu du 19e siècle pour que les Toulousains se décident à affronter de nouveau la Garonne, non sans difficultés, puisque les ponts Saint-Pierre et Saint-Michel sont emportés par les crues de 1855 et 1875 !


Dans le cadre des journées européennes du patrimoine, une balade « bords de Garonne », invitant à la découverte du patrimoine en lien avec le fleuve dans sa traversée du centre-ville, est accessible sur Urban-Hist en mobilité, tandis qu'une version papier sous la forme d'une « carte de poche » peut être retirée auprès de l'office de Tourisme.

 

Pont des Catalans et ses pavés de bois, vers 1916. Vue perspective de la voie sur le pont, prise des Amidonniers vers Saint-Cyprien, où l'on constate les désordres de voirie liés au pavage de bois. Au fond sur la gauche le dôme de La Grave. Photographie NB, 16,5 x 22,5 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2 Fi 5629.

Un pont en déroute


juillet-août 2016

Le pont des Catalans, construit entre 1903 et 1913 suivant les plans de l'ingénieur des Ponts et Chaussées Paul Séjourné, se distingue à l'époque des autres ouvrages d'art toulousains par son pavage. En effet, en 1911, il est décidé que ce pont serait couvert de pavés de bois ! Contrairement à ce que l'on peut penser de prime abord, ce n'est pas par manque de financement que cette solution est choisie -elle est d'ailleurs plus coûteuse comme le rappelle un conseiller lors d'une séance municipale- mais bien car elle parait être la plus résistante selon l'avis du concepteur. En effet, ce type de pavement, mis au point en Angleterre au milieu du 19e siècle, a principalement l'avantage de limiter le vacarme provoqué par les véhicules et les chevaux martelant le sol. Toutefois, il n'est pas exempt de défauts.

Le pont des Catalans depuis les Amidonniers. Phot. Olivier Balax (c) Inventaire général Région Occitanie, 1996, IVR73_19963100989ZA.Très sensibles à l'humidité, les pavés n'ont pas tardé à se rebeller et à soulever la chaussée, provoquant ci et là de véritables monticules. A posteriori, on se demande ce qui a amené Paul Séjourné à effectuer ce choix pour un pont ! En dehors de cette anecdote, il est bon de rappeler que cet homme, grand ingénieur, spécialiste des ponts et viaducs a construit un grand nombre d'ouvrages de qualité mêlant la maçonnerie traditionnelle et le béton, dont le pont des Catalans est un exemple original et gracieux. En effet, ce dernier se compose de deux ponts en brique réunis par une dalle en béton. Il est également l'auteur à Toulouse de l'actuel pont Paul-Séjourné, enjambant le canal de Brienne, dans l'alignement du pont des Catalans, et bâti pour parachever la ceinture des boulevards effectuant le tour de la ville.

Bureaux et logement du directeur de l'ancienne usine des gadoues. Phot. Inv. Philippe Poitou. Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 19983100900XA, 1998.

Oh la gadoue, la gadoue...


La gadoue dont il question n'est pas un simple mélange de terre et d'eau de pluie, dans lequel les enfants aiment patauger, protégés par leurs bottes en caoutchouc, il s'agit ici d'un terme un peu désuet, employé pour désigner des ordures ménagères.

A Toulouse, l'usine des gadoues est construite en 1926 sur l'île du Ramier. Elle servait à l'incinération de ces déchets, dont la vapeur se dégageant de leur combustion alimentait le réseau de chauffage de certains bâtiments municipaux et permettait de chauffer l'eau de la piscine du parc des sports voisin. Une autre partie de cette vapeur était transformée en électricité et venait compléter la production de la centrale hydroélectrique toute proche. Les cendres recueillies servaient également à la fabrication d'engrais ou de matériaux de construction (briques de mâchefer). Il ne reste plus aujourd'hui de cette usine que le bâtiment qui abritait autrefois le logement du directeur. Ce bel exemple de l'architecture toulousaine d'entre les deux guerres est encore visible sur le chemin qui mène au Stadium (chemin qui risque d'être fortement fréquenté en ce mois de juin, moisBureaux et logement du directeur de l'ancienne usine des gadoues. Phot. Inv. Philippe Poitou. Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 19983100900XA, 1998. footbalistique s'il en est). L'usine des gadoues est désaffectée au moment de la mise en service de celle du Mirail en 1969. Fonctionnant sur le même principe, l'usine d'incinération transforme les déchets en chaleur et en électricité, alimentant les quartiers alentours. L'architecte Alexis Josic est l'auteur du bâtiment. Membre de l'équipe Candilis, Josic, Woods qui a conçu la ZUP du Mirail dans ces mêmes années 1960, il est choisi en vue d'améliorer l'esthétique de ce bâtiment, en premier lieu pensé pour sa fonctionnalité.

 

Pavillon de thé du jardin japonais. Phot. Inv. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Meynen, Nicolas. (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 2004.

Du Zen dans la ZAC : la sérénité extrême-orientale au cœur de Toulouse


mai 2016

Inscrit à l'intérieur de la zone d'aménagement concerté de Compans-Caffarelli (1972), le jardin du même nom abrite un discret jardin japonais, dissimulé derrière une enceinte blanche aux tuiles grises. Conçu en 1982 sur le modèle des jardins de Tokyo selon les vœux du maire de l'époque, Pierre Baudis, grand amateur de culture orientale, il est labellisé « Jardin remarquable » par le Ministère de la Culture en 2006. Il a été rebaptisé du nom de Pierre Baudis le 11 mai 2016.

Véritable havre de paix, le jardin japonnais peut se concevoir comme un univers calme et clos, ouvrant sur un espace intimiste à l'esthétique japonaise soignée, mais aussi, comme la découverte d'un lieu codifié, où de nombreux symboles et légendes accompagnent les pas d'un visiteur attentif.La statue d'un grand maître du Zen, Taïsen Deshimarii. Phot. Inv. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Meynen, Nicolas. (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 2004.

Pour s'en imprégner, une fois franchi le Torii - portique peint un rouge symbolisant le passage vers un monde spirituel - il suffit de suivre les chemins sinueux entre les essences d'arbre taillés en forme de nuage, de contourner les rochers de granit - sièges des divinités de la nature - ou de traverser le pont courbe, dont le rouge vermillon se reflète sur un lac peuplé de carpes koï. Afin de puiser l'inspiration dans une nature maîtrisée, domptée, offerte à la méditation, le promeneur peut s'ouvrir à la contemplation de la mer de sable du jardin Zen, et, au gré des ondes minérales, s'arrêter près des îles de la Tortue et de la Grue. Il peut aussi étancher sa soif spirituelle à la source métaphorique de la cascade sèche, ou bien contempler, dans la quiétude, la représentation du mont Shumisen, montagne de l'Axe du monde, gardée par une lanterne en pierre.

Pour clore ce voyage dans la mystique japonaise, le promeneur peut enfin s'arrêter dans le pavillon de thé en cèdre rouge, pour méditer sur une sentence du maître zen Taisen Deshimaru (1914-1982), dont la statue est nichée dans la verdure : « Il est parfois utile de se reposer ».

Fontaine Ravary, détail du médaillon. Phot. Fouquet, Julien, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2016, non coté

Miraculeuse ou non potable ? Les déboires de la fontaine Ravary.


avril 2016

C'est au cœur même de l'église de l'Immaculée Conception de Bonnefoy en construction que le père Guillaume-Philippe Ravary, premier curé de la paroisse, découvre, en 1863, une source d'eau providentielle.
Analysée en 1874 et déclarée d'une limpidité parfaite, la source attire à elle de nombreux habitants du faubourg qui constatent des effets curatifs ; la réputation de cette eau grandit et dépasse bientôt la cadre du quartier, puis de la ville.

Il n'en faut pas plus pour le père Ravary qui, pour financer le chantier de son église, fait imprimer en 1887 un prospectus avec des témoignages de guérisons (gravelle, diabète, anémie...) et met en vente, à un sou le litre, « l'eau de l'Immaculée Conception ».

Il organise alors sa distribution à travers les rues de Toulouse, avec un tonneau monté sur roues et tiré par un cheval, mais aussi par le train, dans des bonbonnes (10 litres pour 5 francs).

Fontaine Ravary. Vue d'ensemble. Phot. Fouquet, Julien, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, IVC31555_20163100039NUCAEn 1944, en hommage au père Ravary, le chanoine Barthas confie la construction d'une fontaine publique à l'architecte Callebat et fait procéder à de nouvelles analyses par la Faculté de Médecine de Toulouse. La conclusion est toujours gravée sur le marbre de la fontaine : « Reconnue bactériologiquement très pure ».
Remise en eau et inaugurée par le maire de Toulouse en janvier 1991, les analyses détectent cette fois une forte présence de nitrates dans l'eau et la fontaine est longtemps affublée d'un panonceau « eau non potable », aujourd'hui disparu. La fontaine Ravary a été récemment rénovée et « l'eau de l'Immaculée Conception », jadis célèbre, continue de couler, gratuitement mais par intermittence, de 9h30 à 11h30 et de 14h à 16h. Alors qu'une prochaine analyse de l'eau doit avoir lieu, elle continue d'être consommée car « jamais personne n'a été malade » ; et ça, c'est déjà un miracle !

Halle d'abattage. Elévation antérieure sur cour en 1992. Phot. Noé-Dufour, Annie, Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 1992, IVR73_20043104736ZA.

Quand les abattoirs deviennent les Abattoirs ! ... ou l’histoire d'un site d’abattage promu en lieu culturel


mars 2016

En janvier 1823, la municipalité décide de regrouper les différents abattoirs de Toulouse tenus par des particuliers en un seul lieu hors les murs, en s'inspirant des modèles parisiens réalisés selon les dispositions du décret de 1810. En 1825, une ordonnance royale autorise la ville à construire ses abattoirs publics, interdisant par la même occasion les tueries particulières. Un terrain appartenant aux hospices civils de Toulouse est choisi sur la rive gauche de la Garonne, en bordure du fleuve chargé d'évacuer les déchets. Le nouveau bâtiment est construit entre 1827 et 1831 d'après un projet de l'architecte Urbain Vitry. Ce dernier propose des plans d'une grande rationalité : au centre de la parcelle, une grande halle accueille les échaudoirs pour les veaux et les bœufs ; dans l'alignement, un second bâtiment en arc de cercle est dédié aux porcs ; tandis que de part et d'autre, en lisière du terrain, se répartissent les corps de bâtiments annexes servant de bouverie et de bergerie. Des réaménagements et des agrandissements sont réalisés dans les années 1880 puis dans le 1er quart du 20e siècle avec la mise en place notamment des grands frigos.

Le site est fermé en décembre 1988. Les bâtiments de Vitry sont protégés au titre des Monuments historiques par arrêté le 13 mars 1990. D'importants travaux sont alors entrepris entre 1997 et 2000. Les extensions successives sont démolies tandis que les constructions d'origine sont adaptées pour y aménager un musée d'art contemporain : les Abattoirs !

Repère de nivellement, 10 rue Saint-Anne. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2016, non coté.

Où l’on parle de l’échelle, non pas de Jacob, reliant la terre au ciel, mais celle reliant la mer à Toulouse.


février 2016

Le promeneur attentif n'aura pas manqué de remarquer les petites plaques en fonte ornées de deux croix occitanes, présentes sur certaines façades du centre ville. Il s'agit, comme cela est indiqué dessus, de repères de nivellement. Les chiffres permettent de connaître la hauteur des repères par rapport au niveau de la mer, donc leur altitude, indispensable à la réalisation des travaux de voirie, notamment pour résoudre les problèmes d'écoulement des eaux.

A Paris, le nivellement général de la ville est rendu obligatoire par le décret du 26 mars 1852. Ce décret est étendu à de nombreuses villes de province, dont Toulouse, qui entreprend le nivellement de la ville en 1857. Cette mission est confiée à M. Bayard, géomètre, déjà auteur du plan de la ligne de l'octroi. L'article 2 de l'arrêté de la ville de Paris repris par Toulouse, prévoit qu' « il sera placé à tous les carrefours, aux angles des rues, sur les soubassements des monuments, sur les murs des quais et sur les autres points que nous aurons déterminés, des repères en fonte, aux armes de la ville, indiquant des ordonnées de comparaison ». C'est ainsi que subsistent encore certaines de ces plaques, sur les 234 posées en 1857-1858, quand elles n'ont pas été déplacées ou emportées par les aménagements urbains (6 D 176 ; 1 O 297 à 316 rechercher "nivellement 1857").

Le cloître, détail d'un chapiteau © Jacques Sierpinski, IVC31555_20153100462NUCA. Les deux galeries est et sud du cloître, disparues en 1834, ont été remontées lors des restaurations de la 2e moitié du 20e siècle.

Les changements de régime ne sont pas tendres avec les monuments.


janvier 2016

« Au premier abord, Toulouse présente l'aspect d'une de ces villes des paysages du quinzième siècle, dominées par une foule de clochers pyramidaux et d'immenses nefs, hautes et larges comme des tentes, plantées par une race de géans [sic] pour abriter leurs descendans [sic] affaiblis. On approche, on ne trouve qu'une ignoble écurie, un grenier à foin, un prétendu musée, d'où vous écarte en criant quelque grossier soldat. »

Ainsi s'exprime Charles de Montalembert, dans une lettre écrite à Victor Hugo en 1833 et publiée dans la Revue des Deux-Mondes.

[Nef de l'église des Jacobins]. Vers 1860. Vue perspective générale de la nef de l'église des Jacobins avant sa restauration. Eugène Delon (photographe). Photographie N&B collée sur carton 37,5 x 51 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 26 Fi 55.Les changements de régime ne sont pas tendres avec les monuments. Symboles d'une autorité contestée, ils subissent les affres de la vindicte populaire et du nouveau pouvoir. L'iconoclasme et les destructions qui ont suivi la Révolution française sont d'une telle ampleur, que très vite de nombreux personnages s'en émeuvent. En 1793, l'abbé Grégoire invente le terme de « vandalisme » pour désigner les démolitions des révolutionnaires, par analogie avec le peuple des Vandales qui ravagea la Gaule lors des Grandes invasions. Si tout le pays est touché par ces destructions, Toulouse obtient quant à elle le titre peu glorieux de « patrie du vandalisme » décerné par le même Montalembert. Il est vrai que le journaliste et historien, homme politique, fondateur d'un catholicisme libéral, a sous les yeux une église des Cordeliers transformée en magasin à fourrage, le dernier vestige de l'ancien Capitole (le donjon) en train de s'effondrer ou bien encore une église des Jacobins inaccessible, occupée par l'artillerie. Transformée en caserne, sa nef a été divisée en deux : une écurie a été établie dans sa partie inférieure, le deuxième niveau aménagé en chambres et greniers. La chapelle Saint-Antonin sert quant à elle d'infirmerie vétérinaire ! Les militaires quittent le couvent en 1865, le laissant dans un état de désolation important. Restauré tout au long du 20e siècle, le couvent des Jacobins a été réaménagé récemment. Chef d'œuvre de l'art médiéval, il est également aujourd'hui un lieu culturel incontournable, accueillant des concerts, des lectures ou des expositions.

"Sur les pas des Dominicains" balade en toute liberté grâce à l'appli mobile Urban-Hist, téléchargeable gratuitement sur Android et sur iOS.

Groupe scolaire Ernest-Renan, ancienne école des garçons, détail du bas-relief. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2008, IVC31555_20083100422NUCA

Des jeux à la récré !


décembre 2015

Les filles s'amusent avec des poupées ou à la balançoire tandis que les garçons se poussent sur une planche à roulettes ou jouent à saute-mouton ! Ces bas-relief ornent l'école Ernest-Renan si caractéristique des constructions de l'entre-deux-guerres à Toulouse.

 

Groupe scolaire Ernest-Renan, ancienne école des garçons, détail du bas-relief. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2008, IVC31555_20083100423NUCAGroupe scolaire Ernest-Renan, ancienne école des filles, détail du bas-relief. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2008, IVC31555_20083100427NUCAGroupe scolaire Ernest-Renan, ancienne école des filles, détail du bas-relief. Phot. Noé-Dufour, Annie; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2008, IV73_04314574ZAA

 

En effet, la réalisation du groupe scolaire Ernest-Renan fait partie d'un vaste programme de construction scolaire entre 1925 et 1935. En une dizaine d'années, c'est presque une quinzaine d'écoles ou groupes scolaires qui sont bâtis sur le territoire communal. Les plans signés par l'architecte de la ville Jean Montariol sont adoptés lors de la séance du conseil municipal du 30 juillet 1931 pour le groupe Ernest-Renan. Le chantier démarre en 1933 et les bâtiments sont livrés pour la rentrée scolaire de l'année suivante, le 1er octobre 1934.


Groupe scolaire Ernest-Renan, ancienne école des garçons. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2008, IVC31555_20083100420NUCALe groupe scolaire comprend une école des garçons, une école des filles, une école maternelle, les logements des directeurs ainsi qu'une salle des fêtes et de réunions pour les œuvres postscolaires.

L'organisation des bâtiments est guidée par la forme étirée de la parcelle. Ils s'organisent le long de la rue, de part et d'autre de la salle des fêtes, située au centre et en retrait. L'architecte a repris les dispositions d'ensemble des groupes scolaires de Jules-Julien, Jules-Ferry ou encore l'école maternelle du Docteur Bach.
Ces projets présentent une architecture moderne (ossature en béton et toit terrasse) dont les bâtiments principalement en rez-de-chaussée ouverts par de grandes baies sont interrompus par des pavillons à un étage, niveau destiné à accueillir les logements. Ces bâtiments très fonctionnels, bien éclairés et ventilés, ont été également soignés dans les moindres détails. La façade très linéaire est toutefois animée par un jeu de polychromie : le rouge de la brique s'opposant à l'enduit clair recouvrant le béton. Sur les pavillons, la ferronnerie des portes de style Art Déco, mêle aux motifs géométriques le sigle de la ville « VT ». De même, les bas-reliefs signés du sculpteur Jean Druilhe évoquent les enfants jouant à la récréation  Même si ces scènes semblent aujourd'hui très stéréotypées, elles viennent enrichir cette architecture scolaire alliant le progrès et la pédagogie symbole d'une époque où l'enseignement et l'éducation étaient un idéal démocratique.

 

Le musée Georges-Labit. Phot. Peiré, Jean-François, Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 1994, IVR73_19943100338XA.

C'est l'histoire d'une villa-musée qui voulait être un palais mauresque...


novembre 2015

Georges Labit est le fils d'Antoine Labit, commerçant à l'origine de l'un des premiers grand magasin toulousain rue d'Alsace-Lorraine : « La maison universelle ». Chargé par son père de prospecter de nouveaux produits pour son commerce, il parcourt le monde, se passionnant alors pour les différentes civilisations qu'il rencontre. Et parallèlement à sa mission commerciale, il commence à rassembler de nombreux objets d'art venant du Moyen-Orient, d'Asie et d'Europe.

En 1893, il contacte l'architecte Jules Calbairac afin que ce dernier conçoive un écrin digne de présenter et de conserver ses collections. Calbairac propose alors une œuvre d'inspiration mauresque, courant très en vogue à la fin du 19e siècle. En effet l'architecte met l'accent sur l'animation des façades et puise dans plusieurs sources d'inspiration. Il réalise un édifice à l'image de son client grand voyageur, aventurier et ethnologue passionné d'Orient, en inscrivant le bâtiment dans un courant stylistique tourné vers l'exotisme.

De plan carré, la villa-musée s'organise autour d'un espace central couvert par une grande verrière, point de lumière sur lequel s'ouvre l'ensemble des pièces. Les façades sont rythmées par des arcs outrepassés polychromes. Le pavillon d'entrée est couvert par un dôme aux tuiles en écaille de poisson en céramique vernissée couleur vert-d'eau. D'autres éléments décoratifs en terre cuite émaillée ponctuent les façades : des frises de carreaux bleus et cabochons étoilés vert et jaune sont disposés à intervalles réguliers. Ces ornements polychromes soulignent l'architecture tout en renforçant le caractère orientaliste de l'ensemble.

Quelques années après la mort de son fils, survenue en février 1899, Antoine Labit, lègue à la ville de Toulouse, la villa-musée et ses collections pour que l'ensemble devienne un musée ouvert à tous consacré aux arts orientaux. Le legs est reçu par la municipalité en 1919. Les collections se sont depuis grandement enrichies.
Pour en savoir plus sur le musée Labit, rendez-vous sur Urban-Hist.

Alexandre Laffon, Élévation pour le projet de reconstruction de la façade de M. Rascol, angle de la rue du Rempart-Villeneuve et du 29 de la rue Lafayette (actuellement n° 35), 1877. Dessin sur papier. Ville de Toulouse, Archives municipales, 64 Fi 947.

Les origines de la pharmacie rue Lafayette


octobre 2015

Quel toulousain ne connaît pas la pharmacie rue Lafayette, devant laquelle la foule se presse, faisant parfois déborder la queue sur le trottoir ?

En fait, il y a une pharmacie à cet emplacement depuis 1860. En 1877, M. Racsol, propriétaire de l'immeuble et pharmacien, le fait reconstruire. Pour cela, il fait appel à l'architecte Alexandre Laffon, auteur de nombreux immeubles à Toulouse dans les années 1860-1870, mais également de l'église de Lardenne et de l'école normale avenue de Muret (IUFM, aujourd'hui École supérieure du professorat et de l'éducation). Pour M. Rascol, Alexandre Laffon conçoit un édifice à l'architecture typique de la bourgeoisie de la IIIe République.

Sa forme générale est héritée du modèle haussmannien avec une hiérarchisation des niveaux : rez-de-chaussée surmonté par un entresol, un balcon filant à l'étage noble au 1er étage, des balconnets au second et de simple garde-corps au 3e étage. Cependant, ce modèle rigoureux est atténué par des ouvertures aux formes variées, une place plus importante laissée au décor et un traitement de l'angle différent, mis en valeur ici par les pilastres et la fenêtre jumelée du dernier niveau. Sur l'élévation conservée aux Archives municipales (64 Fi 947), Alexandre Laffon avait prévu des colonnes engagées ornées d'un chapiteau corinthien, elles ont finalement été remplacées par des pilastres plus simples, en léger relief. Si vous cliquez sur le lien et zoomez dans l'image, vous remarquerez également sur ce plan l'enseigne de la pharmacie Rascol, ainsi qu'un pot à pharmacie qui orne la corniche de l'entrée.

Château du Calquet. Élévation nord-est. Photo Friquart, Louise-Emmanuelle. Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Midi-Pyrénées, IVC31555_20103100055NUCA, 2010.

La cartographie à visée fiscale : l'école nationale du cadastre


septembre 2015

Dans les pays de taille réelle, c'est à dire dans lesquels l'impôt est assujetti non à la qualité de la personne mais est fonction de ses possessions foncières, les communes établissent des cadastres, appelés compoix dans le midi. Ces registres répertorient chaque parcelle, bâtie ou non bâtie, le nom de son propriétaire et la somme lui étant allivrée. Les plans accompagnant les compoix sont rares avant le 18e siècle, n'étant pas obligatoires et d'un coût prohibitif. Toulouse a la particularité de posséder l'un des plus anciens cadastres pourvu à la fois de registres (les matrices) et de plans, le cadastre de 1680. Utilisé pendant plus d'un siècle (1680-1795), il sera remplacé par le cadastre Grandvoinet puis par le cadastre napoléonien en 1830. La rédaction de ces documents engendre de nombreuses querelles et controverses, certains s'estimant lésés et pointant des erreurs d'arpentage en leur défaveur. Pour éviter ces désagréments, la formation des agents du cadastre est assuré depuis 1958 par l'école nationale du cadastre basée à Toulouse, aujourd'hui devenue un établissement de l'école nationale des finances publiques, ayant toujours pour mission de former les fonctionnaires destinés à exercer des missions cadastrales.

Cette école est logée depuis sa création dans le quartier de Lardenne, au château du Calquet. Cette vaste demeure garde des traces du château du 17e siècle, élevé par la famille Carquet. Ainsi, la clé d'une porte à l'encadrement de brique et pierre porte l''inscription latine « hic ure, hic seca, modo in eternum parcas » : « ici brûle, ici tranche, pourvu que tu me pardonnes dans l'éternité », devise qui n'est bien sûr pas appliquée par les futurs agents du cadastre, disposant des outils informatiques et photogrammétriques les plus modernes. L'édifice est remanié au 18e siècle, mais c'est surtout le 19e siècle qui lui donne son apparence actuelle : le château est alors surmonté d'un toit à longs pans brisés percé de lucarnes, l'entrée précédée d'un porche à balustrade et les tours coiffées d'un toit en poivrière.

Détail du groupe sculpté, la figure de Goudouli. Phot. Krispin, Laure ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2003, IVR73_03310095NUCA.

« Noirigat de Tolosa, me plai de mantenir son lengatge bel... »


juillet-août 2015

« Nourrisson de Toulouse, il me plaît de conserver son beau langage... » Ainsi s'exprime Pierre Goudoulin (ou Peire Goudouli) dans le Ramelet moundi (Prumiero Floureto, 1617, traduction de Rober Lafont).

Grâce à ses œuvres poétiques, ce troubadour du 17e siècle fait entrer l'occitan de Toulouse, le parler des rues et des places publiques, dans la grande littérature occitane et l'érige dans la plus haute tradition littéraire européenne.

Les édiles toulousains de la fin du 19e siècle, avides de célébrer les gloires locales – célébration qui atteindra son paroxysme dans la réalisation de la salle des Illustres -, lancent une série de commandes commémorant les poètes de langue d'Oc ; les monuments à Vestrepain et Auguste Fourès sont ainsi inaugurés en 1898, et c'est en 1894 qu'ils commandent aux sculpteurs Alexandre Falguière et Antonin Mercié un monument en l'hommage du poète Peire Goudouli. Les sculpteurs, aidés de l'architecte Paul Pujol, conçoivent un groupe en marbre prenant place au milieu d'un bassin. L'eau doit rappeler la Garonne, incarnée par la nymphe couchée aux pieds du poète, inspiratrice de son œuvre. Assis sur un rocher, Goudouli contemple la ville qui l'a vu naître, dans une attitude simple et détendue. Le monument ne sera finalement inauguré qu'en 1908, le projet étant retardé par la mort de Falguière en 1900.

Pour en savoir plus, retrouvez la notice architecturale de la fontaine Goudouli sur Urban-Hist.

 

Elévation antérieure, détail du pignon fronton. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2015, n.c.

Le courage de dire non… le Commissaire Philippe


juin 2015

Au 22 de l'ancienne rue Leyde, une maison se distingue par son style mêlant les influences de l'Art Nouveau et de l'architecture flamande. En effet, modeste par sa taille -seulement deux travées-, elle présente une élévation dissymétrique couronnée partiellement par un pignon chantourné. Son programme ornemental très riche s'exprime dans des techniques artistiques variées comme la céramique, la sculpture, la ferronnerie et le vitrail. Le vocabulaire employé fait référence à la nature. S'épanouissent ainsi iris, pavots, tournesol et violettes au dessus desquelles volettent des papillons.

Elévation antérieure. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2015, n.c. Outre sa qualité architecturale, qui lui vaut une protection dans le Plan Local d'Urbanisme, cette maison est liée à la grande histoire par l'intermédiaire d'un de ses habitants : le commissaire Philippe fusillé par les Allemands le 1er avril 1944 pour ses actes de résistance.

Jean Philippe, nommé commissaire du 7e arrondissement arrive à Toulouse au début des années 1940. Parallèlement, il s'engage dans la Résistance et assure la direction du réseau « Alliance » pour les départements du sud-ouest. Refusant de livrer à l'occupant la liste des juifs de sa circonscription, il démissionne de son poste le 15 janvier 1943, et entre dans la clandestinité. Il est arrêté 15 jours plus tard par la Gestapo. A titre posthume, le commissaire Philippe est promu capitaine et décoré de la Légion d'honneur et de la Médaille de la Résistance. En 1947, pour sauvegarder sa mémoire, la Ville de Toulouse donne son nom à la rue Leyde. Et depuis le 2 janvier 1995, le nom du commissaire Jean Philippe s'est ajouté à la liste des Justes parmi les Nations titre décerné l'État d'Israël pour avoir sauver des juifs lors de la seconde guerre mondiale.

Vue du n°1 rue de l'Aspin. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2014, IVC31555_20143100731NUCA.

L'autoconstruction ou l'histoire d'un lotissement de Castors


mai 2015 - Le castor, ce rongeur semi-aquatique à queue plate, a donné son nom au mouvement d'autoconstruction qui se développe en France après la seconde guerre mondiale.

Sa capacité à construire son habitat à l'aide de morceaux de bois en utilisant ses dents comme outil, dans un savant assemblage auquel se mêlent de la terre et des branchages, en a fait le symbole de ces associations. Le manque de moyens financiers des autoconstructeurs est pallié par leur travail sur les chantiers, effectué pendant leur temps de loisirs. Ces constructions modestes, destinées à l'origine à la classe ouvrière, peuvent dans certains cas relever d'une grande inventivité et d'une qualité architecturale certaine.

A Toulouse, le lotissement des Castors des Ponts-et-Chaussées, situé dans le quartier de Bagatelle, appartient à cette catégorie. Ses plans sont signés des architectes Viatgé, Castaing, Labat et Debeaux et datés du 27 mai 1953 (dossier 579 W 682).

Elévations, plan et coupe d'un F4. P. VIatgé, F. Castaing, A. Labat, P. Debeaux, 1953. Ville de Toulouse, Archives municipales, 579 W 682.

Elévations, plan et coupe d'un F4. P. VIatgé, F. Castaing, A. Labat, P. Debeaux, 1953. Ville de Toulouse, Archives municipales, 579 W 682.

Les maisons, allant du F3 au F6 sont disposées de part et d'autre de la rue de Saint-Gaudens. Elle sont placées en quinconce, leur façade principale orientée au sud-est est perpendiculaire à la rue, dans le but de rationaliser au mieux l'espace et faire rentrer le maximum de maisons dans le lotissement. L'avant-corps devant chaque façade ménage une loggia protégée par le toit à un pan qui se poursuit tout le long, jusqu'à un pilier en appareil irrégulier de pierre. L'animation de la façade est également produite par la partie du mur après l'avant-corps traité dans le même appareil irrégulier de pierre et le banc en béton inclus dans la façade. Les murets reprenant l'appareil de pierre des piliers ajoute à l'homogénéité de l'ensemble.

On retrouve dans ce lotissement certaines des caractéristiques architecturales utilisées par Fabien Castaing dans ses villas construites de 1945 à 1975 : pilier soutenant un auvent et créant une loggia, toit à un pan… Le lotissement des Castors des Ponts-et-Chaussées s'inscrit dans le mouvement de l'architecture moderne à Toulouse.

Le bassin d'été longeant le bâtiment de la piscine couverte, Peiré, Jean-François, 1977 (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 773632813129.

Le parc des Sports


avril 2015

Entre 1920 et 1940, de nouveaux équipements urbains voient le jour à Toulouse : des toilettes publiques sont aménagées dans les endroits les plus fréquentés, des lavoirs et des bains-douches sont installés dans les nouveaux quartiers.

Le Parc municipal d'Hygiène et des Sports est créé pour répondre à ces nouvelles exigences hygiénistes. Ses objectifs sont inscrits dans la délibération municipale de 1931 entérinant le projet : « Air, Eau, Lumière, éléments indispensables pour lutter efficacement contre la maladie et donner au corps la robustesse et la grâce ».

Malgré une campagne de presse qui s'oppose au projet, jugé trop grandiose et trop coûteux pour le contribuable, la municipalité décide de construire un ensemble sportif complet : cours de tennis, terrain de basket-ball, fronton pour la pelote, terrains de boules et surtout un stadium, grand stade de compétition contenant un terrain de foot, des pistes d'athlétisme et de cyclisme entourées de tribunes.
Les travaux s'échelonnent sur de nombreuses années mais le succès est immédiat : dès la première année, la piscine enregistre 5 000 entrées par jour. Elle se compose d'un bassin d'été et d'un bassin d'hiver traité chacun dans des styles différents par l'architecte municipal Jean Montariol. La piscine d'été a été conçue comme une plage naturelle : l'eau affleure des bancs de sable fin ; une cascade coule d'une rocaille. Tous ces éléments concourent à donner un aspect pittoresque au lieu, s'opposant au bâtiment de la piscine couverte et de la salle des fêtes qui présente une architecture monumentale où les lignes droites de l'Art déco amènent rigueur et solennité. Les bâtiments ont été protégés au titre des Monuments Historiques en 1993.

 

Le bassin d'été et sa cascade, détail. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, 2011. Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, IVC31555_20133100814NUCA.

Le bassin d'été et sa cascade, détail. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, 2011. Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, IVC31555_20133100814NUCA.

ORTF, tour hertzienne. Poitou, Philippe (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 2004, IVR73_04310057NUCA.

La tour de l'ORTF


février-mars 2015

Après Jacques Chancel disparu à la fin de l'année 2014, c'est la voix de José Artur qui s'est définitivement éteinte ce 24 janvier. Ces deux figures de l'ORTF ont accompagné les transformations de la Radiodiffusion française (RDF), née en 1945, devenue l'Office de radiodiffusion-télévision française en 1949 et démantelée en 1974.

A Toulouse, les activités de l'ORTF, disséminées un peu partout dans la ville, sont regroupées dans un bâtiment sur un terrain de la ZUP du Mirail, construit entre 1969 et 1972. Louis de Hoÿm de Marien est l'auteur des plans de ce bâtiment. Premier grand prix de Rome et architecte en chef des bâtiments et palais nationaux, il dirige une importante agence d'architecture à Paris avec laquelle il participe au chantier de la tour Montparnasse. A Toulouse, il construit le bâtiment de la cité administrative avec Paul de Noyers (1960) et dirige notamment les travaux de la place Occitane (1969-1971).
La maison de l'ORTF s'élève sur quatre niveaux (un sous-sol et deux étages carrés) dominés par la  tour hertzienne de 30 mètres de haut portant aujourd'hui le logo de France 3 Sud. Le bâtiment principal se compose de deux parties, l'une s'organisant autour du grand patio central, l'autre autour du grand plateau de télévision. De forme rectangulaire, il est rythmé par les lignes horizontales des bandeaux de béton enduit et des bandeaux vitrés disposés en alternance. Le béton est ici traité à l'image d'un refend continu, créant de nouvelles lignes horizontales. Les surfaces de béton s'élevant en hauteur sont quant à elles traitées avec des lignes verticales, créant un contraste avec les horizontales.

Aujourd'hui, la tour de l'ORTF est devenue un repère dans le paysage toulousain, en contrepoint à la tour du château de la Cépière situé juste à côté.

ORTF, vue d'ensemble. Friquart, Louise-Emmanuelle, Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 2003, IVR73_06310118NUCA.

Météo-France, photographie N&B, 13 x 18 cm, après1980. Archives municipales, 2 Fi 1906.

Le 22 décembre 1972, le Gouvernement décide le regroupement à Toulouse des services centraux de la météo disséminés dans la région parisienne.


janvier 2015

L'année suivante, un concours est lancé pour désigner l'architecte chargé d'établir le projet des bâtiments nécessaires pour accueillir les différents services : la direction de la météorologie nationale, le service de la météorologie métropolitaine, l'établissement d'études et de recherches météorologiques, l'école nationale de la météorologie et le centre technique du matériel. L'équipe lauréate du concours est désignée en juin 1975 : il s'agit de l'agence de René Viguier. Entre-temps, une cérémonie de la pose de la première pierre a été organisée en juin 1977 en présence du premier ministre Raymond Barre.
L'école s'implante sur le site en 1982 comme la majorité des autres services. De nouveaux bâtiments ont été depuis construits sur le site de Météo-France qui s'étend sur plus de 45 hectares à l'ouest du quartier Basso-Cambo.

 

Ancienne gare des accélérés du port Saint-Sauveur, actuellement immeuble, 16 allée Paul-Sabatier. Friquart, Louise-Emmanuelle, 2010 (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, IVC31555_20103100834NUCA.

La « gare des accélérés » du Port Saint-Sauveur


décembre 2014

A Toulouse, le Bureau des accélérés et de la barque de poste est construit en 1836 le long du port Saint-Sauveur. Il s'agit d'un édifice ouvert par sept arcades sur un vaste débarcadère couvert à l'origine d'une galerie de bois. En 1849, lors de la séparation entre la sous-direction des transports et celle de la barque de poste, le bâtiment doit être agrandi afin d'abriter un logement pour le nouveau directeur ; le bureau de la barque de poste, avec sa gare pour les barques, est alors séparé de celui des accélérés et transporté sur le rive droite, à côté du pont Saint-Sauveur. Cependant le service des Accélérés disparaît dès 1858, rendu obsolète par les performances du chemin de fer.

La « gare d'eau », comme elle est parfois appelée, disparaît presque totalement en 1955, lors de la construction d'un immeuble sur son emplacement ; seul le rez-de-chaussée percé d'arcades rappelle son souvenir.

Canal du Midi, port Saint-Sauveur. Vers 1950, Au 1er plan à gauche, un entrepôt du canal du Midi ; à l'arrière, une partie de l'ancienne gare des accélérés. Carte postale N&B, Elfe, Labouche Frères. Archives municipales de Toulouse, 9 Fi 6320.

Canal du Midi, port Saint-Sauveur. Vers 1950, Au 1er plan à gauche, un entrepôt du canal du Midi ; à l'arrière, une partie de l'ancienne gare des accélérés. Carte postale N&B, Elfe, Labouche Frères. Archives municipales de Toulouse, 9 Fi 6320.

Caisse d'Épargne, 42 rue du Languedoc. Élévation antérieure, partie réaménagée entre 2012 et 2014. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure, 2014. (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, IVC31555_20143101274NUCA.

L'argent n'a pas d'odeur...


novembre 2014

La Caisse d'épargne, premier organisme de dépôt ouvert aux travailleurs modestes est fondée à Paris en 1818. Tout au long du 19e siècle, elle se développe et ouvre des succursales un peu partout en France, marquant de son empreinte les paysages urbains par des édifices de plus en plus prestigieux au fur et à mesure que croît sa richesse. A l'instar des autres banques qui se multiplient au même moment, l'opulence des bâtiments doit rassurer les épargnants.
A Toulouse, la succursale de la Caisse d'épargne est implantée depuis 1880 dans un immeuble construit par l'architecte Henri Bach rue Riguepels. La démolition de cet îlot au début du 20e siècle dans le cadre du dégagement de la cathédrale Saint-Etienne, entraîne son déménagement dans un édifice construit en 1905 sur les plans de de l'architecte Joseph Gilet. S'élevant sur la rue du Languedoc, à la suite de la percée haussmannienne de la rue d'Alsace-Lorraine, elle montre fièrement son architecture de pierre de taille, son toit à pans brisés en ardoise coiffé à l'angle d'un dôme ouvragé et son décor éclectique, mélange de néo-classique, de baroque et d'art nouveau. L'édifice vient récemment d'être entièrement réaménagé sur les plans de l'architecte Pierre-Louis Taillandier. Si l'on peut regretter l'évidement complet du bâtiment, force est de constater que les façades vitrées recouvertes de brise-soleils métalliques de l'artiste plasticien toulousain Gérard Tiné, créent un heureux mariage avec l'architecture haussmannienne du début du 20e siècle.

Pour en savoir plus, sur Urban-Hist, renseigner "Caisse d'Eparne" dans la barre recherche, le second résultat est le bon).
4 rue du Canon-d'Arcole, élévation antérieure. Noé-Dufour, Annie, 1996 (c) inventaire général Région Midi-Pyrénées, INV14_96310927ZA
4 rue du Canon-d'Arcole, élévation antérieure. Noé-Dufour, Annie, 1996 (c) inventaire général Région Midi-Pyrénées, INV1496310927ZA.

Sur un air de tango La maison de Carlos Gardel


septembre 2014

Quand on entend le mot tango, on pense tout de suite à l'Argentine, aux bals populaires de Buenos Aires ou de Montevideo... Pourtant Toulouse est un lieu de pèlerinage pour les amoureux de tango du monde entier.

Au n° 4 de la rue du Canon-d'Arcole, à proximité du boulevard Lascrosses, se trouve un immeuble qui dresse sa façade de brique en partie enduite face au complexe immobilier des années 1980 de la ZAC de Compans. Une plaque de marbre à droite de l'entrée rappelle le souvenir du célèbre chanteur de tango, Carlos Gardel, qui y aurait passé ses premières années avant de s'envoler vers l'Argentine avec sa mère et connaître une gloire internationale dans les années 1920.

Édifié dans la seconde moitié du 19e siècle, cet immeuble est caractéristique de l'architecture des faubourgs toulousains qui se développent à ce moment là : une élévation symétrique à cinq travées, sur deux étages, et un comble à surcroît couronné d'une frise d'antéfixe en terre cuite. La travée centrale accueille la porte d'entrée, mise en valeur par un balconnet aux étages. Au-delà des polémiques et des revendications sur le lieu de naissance du chanteur, cet édifice, représentatif de l'architecture toulousaine de la fin du 19e siècle, est aujourd'hui un lieu de mémoire et protégé pour ces deux raisons dans le plan local d'Urbanisme.

Pour en savoir plus Urban-Hist

(si le lien ne fonctionne pas, aller dans http://www.urban-hist.toulouse.fr et renseigner "Carlos" dans la barre recherche, le premier résultat est le bon).

patrimoine toulouse urban hist inventaire cinéma édifice
Caserne Pérignon et cinéma Pérignon. Vers 1930. Carte postale NB, Labouche Frères, 9 x 14 cm. Archives municipales de Toulouse, 9 Fi 4456. Ensemble du bâtiment depuis le sud. (c) Ville de Toulouse (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées. Friquart Louise-Emmanuelle ; Krispin Laure, 2014. IVC31555_20143100669NUCA.

Les petites salles


juillet - août 2014

A côté des temples du cinéma qu'ont pu être les Variétés (actuel UGC), le Gaumont Palace (actuel Gaumont place Wilson) ou encore le Trianon (boulevard de Strasbourg, disparu), il existait dans les années 1930 à Toulouse, comme d'ailleurs dans n'importe quelle ville de province, une multitude de petites salles de quartier.

A ses débuts, le cinéma ne possède pas de lieu attitré. Les films sont projetés par des forains dans les cafés, ou dans d'autres endroits convertis pour l'occasion en salle de projection, un drap blanc servant d'écran. Peu à peu, l'engouement est tel que des lieux spécifiques sont créés. Il s'agit la plupart du temps d'installer les cinémas dans des immeubles existants ou dans d'anciennes salles de spectacle aménagées pour la projection. C'est le cas de l'American Cosmograph, actuel cinéma Utopia, l'un des tout premiers cinémas toulousains fonctionnant à partir de 1909, installé dans une ancienne salle de spectacle dont les débuts remontent au 17e siècle. Le Royal, 49 rue d'Alsace-Lorraine, aujourd'hui disparu, était pour sa part établi dans un immeuble de la fin du 19e siècle dès 1906. Quant aux Variétés, construit en 1935 sur les plans de l'architecte Robert Armandary, il conserve sa double vocation de cinéma et de théâtre pendant longtemps. Au-delà du centre-ville, on ne compte pas moins de dix-huit cinémas de quartier en 1937 ; en 1977, ils ne sont plus que cinq. L'avènement de la télévision dans les années 1970 marque le déclin des salles obscures et la fermeture de nombreux cinémas.

Le cinéma Pérignon, édifié face à la caserne du même nom, fait partie des cinémas de quartier qui ont aujourd'hui presque totalement disparu. Il apparaît dans les Annuaires en 1924 pour fermer définitivement ses portes en 1984. Il semble qu'il s'agisse là d'un édifice construit dès l'origine pour être un cinéma : il existe aux Archives la mention d'une demande d'autorisation pour la construction d'un cinéma avenue Niel, aujourd'hui avenue Louis-Blériot, déposée au bureau municipal de l'hygiène en 1922 par M. Bonaventure et l'entrepreneur Buffa. En 1949, il fait l'objet d'aménagements par la construction d'un bâtiment qui lui est accolé, servant d'habitation à l'étage et abritant le hall d'entrée et les sorties du cinéma au rez-de-chaussée. Aujourd'hui, la halle en pan de béton armé construite au début des années 1920 est toujours en place et servait jusqu'à il y a peu d'atelier photographique.

Pour en savoir plus  voir la notice de l'édifice sur Urban-Hist.

Monument à Vestrepain. Friquart, Louise-Emmanuelle, Krispin, Laure, 2014. (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, IVC31555_20143100646NUCA_P.

En rentrant du bal lors de ces douces soirées du mois de juin, n'oubliez pas votre soulier de vers…


juin 2014

C'est en effet en vers que s'exprimait le poète cordonnier Vestrepain pour chanter la vie quotidienne des Toulousains, tout en confectionnant des chaussures et autres bottines dans sa boutique de la rue de la Pomme. Né en 1809, Louis Vestrepain fait partie de ces poètes ouvriers qui remirent à l'honneur la langue d'Oc, à l'instar de Jasmin, coiffeur agenais dont les vers sont loués par Lamartine, Sainte-Beuve ou Victor-Hugo.

La statue de Vestrepain se dresse dans le jardin du Grand-Rond. Le poète y est représenté debout, en habits de travail, les manches de sa chemise retroussées, son tablier noué au-dessous de son ventre rebondi. Derrière lui, un tabouret à moitié renversé, comme s'il venait juste de se lever de façon un peu brusque de sa table de travail, pour déclamer des vers ou entonner une chanson. Cette œuvre pittoresque est réalisée en 1898 par le sculpteur Antonin Mercié et installée au square du musée des Augustins ; conçue pour être provisoire, elle se détériore vite. En 1921, la municipalité en commande une copie au sculpteur Henry Parayre. Depuis 1967, elle est placée au Grand-Rond, à la place du monument à Auguste Fourès, autre poète languedocien, œuvre disparue lors de l'Occupation allemande.


Pour en savoir plus, consultez la notice inventaire sur Urban-Hist.

Tête de Renée Aspe. Friquart, Louise-Emmanuelle, Krispin, Laure. (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 20143100592NUCA.

Le buste de Renée Aspe dans le quartier Saint-Georges : rare hommage toulousain à une femme


mai 2014

Les femmes sont peu célébrées dans la ville de Toulouse... Elles sont pourtant bien présentes sur les monuments, les groupes sculptés ou les fontaines, mais le plus souvent en tant qu'allégories. La femme est alors la personnification de la ville elle-même, couronnée de tours (monument au morts de la guerre de 1870) ou en costume de paysanne (sculpture de Labatut à la fontaine Boulbonne) ou encore au travers de la figure de la Garonne (fontaine à Goudouli) ou de Clémence Isaure (fontaine de la Concorde). Cependant, au détour d'une petite rue du quartier Saint-Georges, on peut voir la commémoration d'une toulousaine, peintre, née à Toulouse en 1922 et disparue en 1969. Elève d'Edouard Bouillière à l'école des Beaux-Arts de Toulouse, grand prix de New York en 1959, elle crée une peinture figurative à l'heure où la modernité passe par l'abstraction. Elle laisse des paysages, des scènes de genre ou des portraits aux contours nets, aux couleurs franches, une œuvre populaire, comme peut l'être la chanson par rapport à la « grande » musique classique. Ce portrait de bronze est une oeuvre créée en 1979 à la demande de Dominique Baudis, alors maire de Toulouse. Une autre femme en est l'auteur : Jacqueline Bez. D'une grande simplicité, la tête se détache sur un arrière fond décoratif de panneaux de briques disposés en patchwork : en arrêtes de poisson, verticales, horizontales, briques de couleur rouge ou claire. Les traits de l'artiste sont taillés à la serpe. Le sculpteur a gommé toute féminité, sa chevelure, à peine esquissée ; la finesse de ses traits rappelle néanmoins qu'elle fut une très belle femme.

Pour en savoir plus : Urban-Hist

(si le lien ne fonctionne pas : aller sur www.urban-hist.toulouse.fr et effectuer une recherche en tapant "Renée")

Élévation sur les allées Charles-de-Fitte. Garage. Poitou, Philippe, 2000. (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, IVR73_00310506XA

Au feu les pompiers !


avril 2014

Sur les allées Charles-de-Fitte, la caserne de pompiers Jacques-Vion se distingue des immeubles environnants par un bâtiment en rez-de-chaussée couvert d'une toiture cintrée en béton. Il ne s'agit là pourtant que du garage, la caserne étant constituée de plusieurs bâtiments de service abritant l'administration, le logement des officiers, le logement des pompiers, un amphithéâtre, un gymnase, une piscine, une tour de séchage, une tour de plongée, une station service et des ateliers.

L'ensemble a été conçu par l'architecte Pierre Debeaux en 1967. Membre de l'agence d'architecture des 3A créée par Fabien Castaing, Pierre Debeaux est l'un des fondateurs du mouvement moderne à Toulouse. Ainsi, les 3A réalisent l'immeuble Citroën sur le boulevard de Strasbourg, les Archives départementales le long du canal du Midi ou la cité Roguet.

La caserne Vion, signée du seul Pierre Debeaux, est représentative de cette architecture moderne, dans laquelle le béton est laissé apparent, la trace des planches de coffrage créant des animations dans la matière. Le garage constitue une véritable prouesse technique : l'espace de près de 30 mètres de long est entièrement dégagé et simplement soutenu par les quatre piliers de béton des angles. La tour de séchage relève également d'une grande inventivité architecturale. Cet édicule, indispensable à toute caserne de pompiers, sert à faire sécher les tuyaux après les interventions et à exécuter les exercices de sauvetage. Elle doit donc entre autre posséder des balcons, des fenêtres et une cage d'escalier. L'architecte conçoit ici une tour pentagonale dans laquelle la vis de l'escalier est formée par le poteau de l'un des angles, l'escalier passant alors à alternativement à l'intérieur et à l'extérieur de la tour.
Œuvre majeure de Pierre Debeaux, la caserne Vion bénéficie d'une protection dans le Plan local d'urbanisme.

Pour en savoir plus : la caserne Vion sur Urban-Hist

Immeuble, 10 rue Peyras. Elévation antérieure, détail (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées. Friquart Louise-Emmanuelle ; Krispin Laure, 2005. IVR73_20053100544NUCA.

Le rouge de la céramique architecturale et ornementale


mars 2014

Colonnes, pilastres, cordons moulurés, consoles… ce vocabulaire architectural hérité de l'Antiquité classique connaît une ferveur sans précédent au 19e siècle à Toulouse. Jusqu'alors, ces ornements architecturaux sont soit sculptés en pierre, luxe incomparable, soit taillés dans la brique, ce qui nécessite néanmoins une main d'œuvre qualifiée et un surcoût pour le maître d'ouvrage.

Les progrès techniques du début du 19e siècle vont permettre une production en série de ces éléments de façade et les mettre à la portée de tous. En 1831, Auguste Virebent dépose un brevet pour un procédé permettant d'exécuter la découpe des briques de façon mécanique avant cuisson, appelé plinthotomie. Cette innovation permet d'éviter le travail de découpe et de sculpture sur le chantier, diminuant ainsi les temps et les coûts de fabrication des éléments architecturaux (bandeaux, corniches, encadrements de fenêtres, pilastres, colonnes…). A côté de cette production de céramique architecturale, la fabrique inonde le marché toulousain d'ornements moulés en série : frises, chapiteaux, statues viennent parer les façades des immeubles.

L'immeuble du 10 rue Peyras est représentatif de cette « mécanisation » de l'architecture : on y trouve des pilastres colossaux, des colonnes, des moulures portant un motif de cordes ou d'oves. Les tympans des fenêtres sont pourvus d'ornements moulés : des bustes en haut relief dont les modèles proviennent de l'hôtel du Vieux-Raisin. Selon les époques, les élévations de brique sont recouvertes d'un enduit blanc leur donnant l'aspect de la pierre ou simplement badigeonnées, laissant apparaître le rouge dans toutes ses nuances, de l'écarlate au rose qui deviendra la couleur symbolique de la ville. Les ornements architecturaux animent la brique, créent des reliefs, des pleins et des vides qui rythment les façades et accrochent l'œil.

Pour en savoir plus : Urban-Hist

Cadran solaire situé à l'angle des rues d'Ozenne et de la Pléau. Phot. Louise-Emmanuelle (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, IVC31555_20143100080NUCA.

Tenir le compte du temps qui passe... Depuis toujours, l'homme a cherché à mesurer le temps grâce, notamment, au mouvement du soleil rythmant son existence.


février 2014

Le cadran solaire apparu dans l'Égypte ancienne a vu son fonctionnement et sa précision s'améliorer au fils des siècles, amenant au final une précision comparable aux horloges. Toulouse possède encore un certain nombre de cadrans solaires accrochés aux murs de ses édifices dont les plus anciens semblent dater du 18e siècle. C'est pourtant un mécanisme portant la date de 1955 qui a retenu aujourd'hui notre attention. Visible par tous, il est situé à l'angle des rue Ozenne et de la Pléau. Cadran solaire vertical, il est de type méridional, c'est-à-dire orienté plein sud, donnant l'heure entre 6h00 et 18h00. Il a été installé sur le second corps de bâtiment de bureaux réalisé pour l'agrandissement de la Caisse d'Épargne selon les plans de l'architecte Jean Valette. Ces adjonctions sont venues compléter les vestiges de l'ancien hôtel Dahus ou de Tournoer partiellement démoli lors du percement de la rue Ozenne au début du 20e siècle.

En savoir plus : Hôtel Dahus sur Urban-Hist.

Apothicairerie du Collège des Jésuites ; conservée au musée Paul Dupuy dans une salle du rez-de-chaussée. Photographie couleur, STC, Toulouse. Archives municipales de Toulouse, 1 Fi 1015.

La santé dans les placards : l'ancienne pharmacie du Collège des Jésuites. Les visiteurs du musée Paul-Dupuy ont le plaisir admirer un magnifique mobilier de bois du 17e siècle rassemblant les remèdes indispensables à une bonne santé.


janvier 2014

Ces meubles d'apothicaire étaient à l'origine disposés dans l'hôtel Bernuys. Cette demeure fut construite en 1530 par Nicolas Bachelier pour Louis de Bernuys, créancier du royal prisonnier de Pavie, François Ier. Cet hôtel devenu propriété de la Ville en 1566, est cédé par les Capitouls aux Jésuites afin qu'ils puissent y dispenser leurs enseignements. Les religieux dotèrent le collège d'ouvrage de pharmacopée et de nombreux remèdes médicaux. Afin de conserver ces derniers, l'édification d'une apothicairerie était nécessaire. La découverte de baux à besognes a permis d'attribuer cet ensemble mobilier à l'ébéniste Louis Behori en 1632, ainsi qu'à son collègue Jean Escoubé qui la paracheva en 1663.

Lors de l'expulsion de France des Jésuites ordonné par le roi en 1764, le mobilier fut menacé de disparition. Il est racheté grâce au zèle de deux apothicaires jésuites qui purent compter sur le soutien du corps médical et pharmaceutique toulousain. Cependant ces deux jésuites, dans l'incapacité juridique de pouvoir exercer leur profession, la cédèrent à un civil, Vidailhon, qui la transféra au 14 de l'actuelle rue Cujas. A la toute fin du 19e siècle, l'amateur et collectionneur d'art Paul Dupuy put acheter la pharmacie aux enchères afin de la remettre en état et l'exposer avec ses collections dans l'hôtel de Besson.
Lors de ces enchères, la Ville acquis un magnifique vase à thériaque en étain pour le compte du musée Saint-Raymond. Cet imposant récipient du 17e siècle de 45 litres contenait un célèbre contrepoison qui pouvait être préparé avec plus d'une soixantaine d'ingrédients différents notamment de l'opium. Lors de la répartition des collections de la Ville en 1949, le vase fait son retour auprès des siens au sein du musée Paul-Dupuy, devenu musée municipal l'année précédente. Cette pièce exceptionnelle est exposée devant la pharmacie des Jésuites. Une coïncidence intéressante place le musée Paul-Dupuy à quelques pas de la plus ancienne pharmacie toulousaine encore en activité, rue Ozenne.

A découvrir sur Urban-Hist.