ARCANES, la lettre

Dans les arcanes de


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archive ou de ressources en ligne. Retrouvez ici une petite compilation des articles de la rubrique "Dans les arcanes", des édito détonnants pour présenter le thème du mois.

DANS LES ARCANES DE


Photographie de la peinture d'E. Debat-Ponsan "Goudouli récitant ses poèmes devant Molière" (Capitole de Toulouse, salle du Conseil municipal) (vers 1930). Fonds des Toulousains de Toulouse – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 51Fi2298 (détail).

Arcanes, c'est le pied !


mai 2020

Vous l'attendiez tous, le voici dans vos mains !
Par son ton décalé, par sa diversité,
Ce numéro saura, comme à l'accoutumée,
Emplir de joie vos cœurs, embellir vos chemins.

Et, que vous aimiez les fleurs de poésie,
Que vous soyez friands de poète naissant,
Que les reliques des saints vous laissent tout tremblant,
Vous le dévorerez d'une âpre frénésie.

Et vous découvrirez, toujours avec mesure,
Le passé glorieux des faiseurs de chaussures,
Les mythiques histoires des vieux sarcophages,

Avant de vous détendre - ou plutôt votre esprit -
Avec des mots choisis, pour sonner sans mépris.
Et tout cela gaiement, sans aucun bavardage.

Claude François en concert à la Halle aux Grains, 1965. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi2487 (détail).

Huis clos avec Cloclo


avril 2020
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Paf ! À peine y a-t-il un parfum de printemps dans l'air que nous voilà assignés à résidence pour défendre le bien commun. Pour pallier cet enfermement volontaire, certains se jettent à fond dans le télétravail, quand d'autres se gavent de séries en continu. Ceux qui ont la chance d'avoir un jardin, même clos, ont vite fait de se croire au paradis. Les assoiffés de connaissances se jettent allègrement dans les puits de nos connaissances mis en réseau. Quant aux artistes d'hier et d'aujourd'hui, ils foisonnent d'idées pour évader nos esprits contraints, ne serait-ce que l'espace d'un instant. Un seul objectif : combler les fossés qui nous séparent aujourd'hui, pour mieux nous retrouver demain. Ces quelques images vous permettront par exemple, je l'espère, de revivre ce huis clos avec Cloclo, en concert à la Halle aux Grains de Toulouse en 1965.
 
 
 
 
 
Les capitouls de l'année 1630 siégeant au petit consistoire de l'hôtel de ville, actuellement rez-de-chaussée du Donjon. Huile sur parchemin par Jean Chalette. Mairie de Toulouse, Archives municipales, Livre VI des Annales manuscrites, BB 278, chronique 302.

Jouer son avenir à pile ou face


mars 2020

Quelle image vous faites-vous de la justice d'Ancien Régime ? Une justice impitoyable et cruelle, des individus jouant leur avenir à pile ou face, soumis à l'arbitraire des magistrats ? Si tel est le cas, vos références datent un peu... Vous auriez pu découvrir, dans l'exposition Justice commune qu'il n'en était rien ! Mais, ne vous inquiétez pas : nous vous offrirons une seconde chance de mettre vos connaissances à jour.
Le 2 avril, les plus grands spécialistes de la justice criminelle toulousaine d'Ancien Régime devaient se réunir à la bibliothèque d'Études méridionales, puis aux Archives municipales. L'occasion rêvée de découvrir les résultats des dernières recherches sur l'exercice quotidien de la justice rendue par les capitouls et sur l'espace du crime. Si vous restez bouche bée à une telle annonce, je vous invite à lire ou relire les meurtres décrits dans Meurtres à la carte. Depuis qu'ils ont défrayé la chronique dans la presse locale et nationale, en janvier dernier, six nouveaux meurtres y ont été ajoutés.
Bien entendu, l'actualité nous oblige à patienter un peu plus... Mais promis, on rempilera à la rentrée ! Pour tous les passionnés et curieux, cette journée, à laquelle vous serez tous cordialement invités, tombera pile-poil !
Eh oui, les piles de boîtes conservées aux Archives servent à construire, en béton armé, les fondations de la mémoire qui s'élèvent ensuite vers le ciel, telles les piles d'un pont...

Vue d'enfants faisant une bataille de boules de neige à Toulouse, au milieu des allées Paul Sabatier. 6 février 1954. Fonds Maurice Delgay - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 36Fi105.

Voyages dans le temps


février 2020

Qui n'a jamais rêvé de pouvoir voyager dans le temps ? Se glisser, telle une petite souris, dans un moment du passé pour connaître la vérité. Enfin, la vérité… Disons, plutôt, pour avoir un point de vue sur une situation en l'observant. Mais comprendrions-nous réellement ce qui se déroulerait sous nos yeux, sans baigner au quotidien dans le contexte de cette époque ? Nous pourrions être choqués de constater telle ou telle chose, culturellement ancrée dans les mœurs passées ou futures. Nous pourrions être étonnés de telle ou telle réaction, ignorants d'événements antérieurs au moment observé. Ne pas se méprendre sur ce que nous verrions demanderait un sérieux apprentissage en amont ! Les fictions basées sur des voyages temporels mettent souvent en scène des imbroglios à n'en plus finir, des répercussions fortes sur le présent – toute aussi relative que puisse être cette notion…
Finalement, les archivistes sont bien chanceux ! Ils se paient le luxe de voyager dans le temps sans remettre en péril l'ordre établi ! Eh oui, pour bien classer un fonds d'archives, la compréhension du contexte est indispensable. Mal le connaître entraînerait, là-aussi, des imbroglios à n'en plus finir. Certes, ceux-là n'auraient sans doute pas de fortes répercussions sur le présent... Pour autant, elles pourraient en avoir sur le futur : l'analyse d'éléments replacés dans un contexte erroné pourrait servir d'arguments à des théories complètement fausses. Quoique, en y réfléchissant bien, ce type d'interprétation n'aurait-il pas déjà eu lieu, produisant ainsi des répercussions sur le présent… Cela devient aussi compliqué que dans les fictions !
Pour rafraîchir vos méninges, je vous invite à plonger dans une scène, presque intemporelle, d'enfants jouant dans la neige. Si cette agitation n'évoque en vous aucun souvenir apaisant, préférez-lui le repos du poète Pierre Goudouli, imperturbable, même par ce froid de canard !

Vue générale montrant un étameur ambulant à l'ouvrage devant sa charrette, sous l'œil de quelques curieux et passants. [1918-1924]. Fonds Marius Bergé - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi1312.

Faire pot neuf


janvier 2020

Après les excès des fêtes de fin d'année, nous aspirons tous – enfin, presque tous – à revenir à des plats plus légers. Hum ! De bonnes soupes de légumes destinées à laver le gras ingurgité ces dernières semaines… Outre le choix des ingrédients, le secret d'une bonne soupe résiderait dans le pot utilisé. Ne dit-on pas « c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe » ? Les pots de nos arrière-grands-mères n'étaient pas en inox ou revêtus de téflon, mais en fer ou en cuivre. Pour empêcher l'oxydation du métal, l'étameur recouvrait les pots en cuivre d'un alliage d'étain et de plomb. Lorsque cette fine couche venait à s'user, le pot était rétamé, pour mettre le métal à nu. Il était alors prêt à être de nouveau étamé. Et oui, gare à vos vieilles casseroles ! Elles pourraient contenir du plomb ! Alors pourquoi dit-on que « c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe » ? L'expression ne vient pas de l'âge du pot utilisé, mais de la saveur apportée par le reste de soupe qui culottait le pot… Décidément, l'hygiène alimentaire a bien évolué !


Pour en revenir à notre étameur, il s'affaire en pleine rue. Mais pas n'importe quelle rue... Il s'est installé à l'angle des rues Pargaminières et Deville. Et quand on sait que la rue Pargaminières tire son nom des parcheminiers, on ne peut croire à une simple coïncidence… La photo de cet étameur ne pouvait échapper à ce numéro d'Arcanes ! Vous n'avez pas compris l'association d'idées ? Il est urgent que vous dévoriez ce numéro plein de pots et de peaux, mais sans poils.

« Justice Commune », une exposition des Archives municipales de Toulouse présentée du 3 décembre 2019 au 14 janvier 2020, dans le hall des pas perdus de l'université Toulouse 1 Capitole – entrée libre

Quand les capitouls donnent le LA


décembre 2019
Plus de deux siècles ont passé, et les capitouls n'ont pourtant pas fini de faire parler d'eux. Certes, ils ont été évincés de leur Capitole (la passation de pouvoir a toutefois été relativement paisible et courtoise), mais qu'importe, ils reviennent siéger en cette fin d'année et surtout rendre la justice, le temps d'une exposition.

Présentée dans le hall des pas perdus de l'université Toulouse-1 Capitole, l'exposition Justice commune replace le pouvoir et la pratique de la justice des magistrats municipaux dans le contexte général de la France, avant de s'intéresser plus particulièrement aux nombreux aides et suppôts que l'on trouve à leurs côtés, aux différents crimes constatés dans la ville et aux châtiments attendus. Une partie de l'exposition est plus particulièrement consacrée au déroulement-type d'une procédure criminelle, et s'appuie pour cela sur une belle affaire de meurtre datant de 1710, réglée et jugée en six jours chrono.

Hormis le Capitole, de quel plus bel écrin que la faculté de droit pouvaient rêver les capitouls pour venir insuffler aux étudiants juristes, aux futurs avocats ou magistrats, les lumières de leur justice bénévolente ?
Plan rapproché d'Henri Salvador lors d'une interview pour la sortie de son film "Et que ça saute !". 17 mars 1970. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi2547 (détail).

L’avoir sur le bout de la langue


novembre 2019

Quelle est la thématique de ce numéro d'Arcanes… ? Je l'ai sur le bout de la langue… Généralement, la photo aide… Henri Salvador, doryphore, forsythia, siamois, moisissures ? Ah, non ! Pas de moisissures aux Archives ! Ananas, nasale, saleté ? Décidément ! J'en ai marre ! Marabout, bout d'ficelle… Le voici le titre de ce numéro : « bout ». Et des bouts aux Archives, nous en conservons de différentes sortes : des bouts de ficelle, effectivement, mais aussi des bouts de papier, des p'tits bouts, des bouts de vie. À la lecture de ce numéro, vous ne serez pas au bout de vos surprises : vous vivrez une course haletante, vous découvrirez le fonds du photographe Marius Bergé, les secrets du conditionnement des plans, les lieux de la protection sociale au fil des siècles, la face cachée de la cathédrale Saint-Étienne, et le Bulletin municipal de la ville de Toulouse. Et si nos jeux de mots vous poussent à bout, vous n'aurez plus qu'à mettre les voiles en partant au bout du monde. Cependant, j'espère vivement que vous serez là le mois prochain, pour discuter le bout de gras.

Usine de produits explosifs, dite la Poudrerie Nationale, siège SNPE à Toulouse, 1 rue de la Loge. 1916-1918. Vue intérieure du bâtiment de l'usine où est effectué le triage du coton brut nécessaire à la fabrication de coton-poudre ; ouvrières en habit de travail blanc avec coiffe. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 16Fi22/63.

Plus on est de fous, plus on trie


octobre 2019
Dans la vie, il faut savoir faire du tri : du tri dans ses idées, du tri dans son assiette et, bien entendu, du tri dans ses papiers !
Si vous croulez sous les dossiers et que vous êtes dans le péTRIn, cherchez un archiviste, TRIé sur le volet, pour vous mettre le pied à l'éTRIer. Rapidement, vous oublierez que vous étiez une TRIple buse en classement et que votre organisation ne valait pas TRIpette.
Eh oui ! Faire du tri, c'est parfois coton ! Alors, il ne faut pas hésiter à s'y mettre à plusieurs. Et quand, comme ces ouvrières de la Poudrerie nationale, on trie du coton, cela devient impératif.
Pêcheurs. Canal latéral à la Garonne [années 1950]. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 41Fi357.

Est bien sot celui qui part pêcher sans son seau


septembre 2019
Après avoir pris beaucoup de hauteur dans les numéros précédents, il était nécessaire de revenir à des préoccupations plus terre-à-terre. Délaissons les sauts pour des plaisirs simples telle une journée passée au bord d'un lac, en famille, à regarder les enfants jouer avec les poissons fièrement péchés et collectionnés dans un seau. Bien entendu, pas question d'oublier le pique-nique ce jour-là, car attendez-vous à devoir négocier pour que leurs trophées finissent dans leurs assiettes ! Si, vraiment, vous n'en pouvez plus de démêler les lignes prises dans les fourrés (car, bien entendu, vous aurez pris la précaution d'éviter la proximité des arbres et arbustes, véritables pièges aimantés à fil à plomb…), vous pourrez toujours vous rabattre sur la découverte des sceaux et autres merveilles conservés aux Archives municipales de Toulouse. Les coulisses vous en seront ouvertes lors des journées du patrimoine. Et, bien que ce réservoir de la mémoire toulousaine occupe un ancien réservoir d'eau, aucun poisson (même d'argent) ne viendra perturber le plaisir de votre visite. Un bon moyen d'être un peu moins sot, tout en se divertissant !
LES ARCHIVES AU DONJON DU CAPITOLE, Vue de la rochelle et des voûtes. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi968.

Des chiffres indécents


juillet 2019
Non, je ne vous sortirai pas la doctrine d'un certain Yves Pérotin, auteur de la célèbre théorie des "trois âges des archives". "1, 2, 3", c'est trop simple, et ça me rappelle un tube hispanique de ma prime adolescence (1995 pour les curieux).
Je vous propose en revanche un exercice d'érudition statistique appliqué à nos fonds municipaux. Partons d'un chiffre : 15,2 kilomètres linéaires. C'était le volume conservé en début d'année dans notre réservoir de mémoire. Une mémoire ancienne, remontant au XIIIe siècle.
Mais quelle proportion représentent les fonds d'Ancien Régime chez nous ? Ces derniers temps, nous l'avons constaté, les réponses données par certains visiteurs à cette nouvelle question étaient très surévaluées, allant de 2 à 3 km, soit 13 à 20 %. Or, les trésors hérités de l'Ancien Régime sont bien moins volumineux : 320 mètres tout au plus, soit 2 %. Petits mais costauds, car ils défrayent plus que jamais la chronique des Bas-Fonds.
Quant aux "archives modernes", qui courent de la Révolution à la fin de la IIIe République en 1940, elles ne représentent qu'un peu plus du double.
Même si ce petit kilomètre n'était pas encore entièrement collecté en 1945, les archives, à l'étroit dans le donjon de l'hôtel de ville, se sont installées cette année-là dans un local de la rue du Périgord, doublé en 1992 d'une annexe sur le site Léo-Lagrange. Quand, en 1996, les Archives s'installaient dans l'ancien réservoir d'eau de Bonnefoy, le volume des fonds atteignait 4349 mètres.
22 ans après, avec presque 11 nouveaux kilomètres privés, publics, audiovisuels, ou photographiques collectés, nous avons progressé de... 250 % !
Assez de chiffres incessants. La tête sature, comme le bâtiment actuel et les serveurs numériques. Quand on pense à ce qui nous attend avec l'intercommunalité devenue métropole, on se jure d'obtenir un espace supplémentaire de conservation... un projet tout récent !
Dessin représentant l'Éole de Clément Ader (1841-1925). Reproduction Francis Alexandre - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 15Fi2520.

Envol au-dessus d'un nid de Trois-Coucous


juin 2019
L'envol est une constante toulousaine. Déjà, à la fin du XVIIe siècle, un imposant faîtage nommé « colombe » surplombait Toulouse depuis la tour d'une métairie sise sur la butte du Calvinet, occupée aujourd'hui par les quartiers de Guilheméry et de la Côte-Pavée. Par prémonition, l'accès nommé « chemin de la Colombette » devint tout d'un coup, deux cents ans plus tard, celui de la Gloire, puis l'avenue du même nom. Il faut dire que Toulouse voyait, depuis quelques décennies, l'essor d'un drôle d'oiseau venu de son muretain natal : Clément Ader. Loin des colombages du centre-ville et de la très terre-à-terre Hirondelle des frères Amouroux, le génial inventeur allait marquer son époque.
Depuis l'actuelle rue de la Colombette, dernier vestige du chemin d'antan, 3,5 km nous conduisent (à vol d'oiseau, bien entendu) au quartier des Trois-Coucuts, animaux à plume auxquels une confusion de sens et d'orthographe donne fortuitement des cornes – ce qui a peut-être attiré les Izards, installés tout près. L'urbanisation complète de la zone a conduit les bâtisseurs à migrer immédiatement au nord pour investir le quartier de Borderouge, où la cigogne de la modernisation a récemment livré à l'administration municipale de nouveaux locaux dont il va être question plus bas dans ce numéro. Et dire qu'il y a 26 ans déjà, une colombe annonçait aux Toulousains le chantier de leur première ligne de métro !
Quartier Saint-Étienne, 1er novembre 1995. Vue des ponts Neuf et Saint-Pierre depuis le rond-point de retour de l'avenue de la Garonnette, avant l'arche du pont du quai de Tounis, qui s'ouvre sur la berge en contrebas du quai de Tounis. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi7172.

Trente-six ponts ponts ponts


mai 2019
Voilà un titre digne d'Agatha Christie. L'intrigue pourrait se passer à Toulouse, il y a 12 000 ans, sur les bords de l'Hers. Un Magdalénien demande des comptes sur la disparition des mammouths à un Aurignacien passant par là. Ce dernier, écologiste accablé par la nostalgie, et plus encore par ses 17 000 ans d'âge, succombe aussitôt à cet ultime affront. Craignant pour sa défense (et pas de mammouth), le Magdalénien, l'Hers de rien, cache le corps du malheureux ancêtre dans le proche marécage, sous un saule. Ce dernier, ému jusqu'aux larmes, fait une tête de six pieds de long qui s'ajoute à un tronc déjà centenaire. Nul ne sut pourquoi ce saule devint tout d'un coup le plus allongé de tous les saules du pays tolosan.
Complice, la nature cache encore mieux le crime : tel Hercule détournant l'Alphée, elle décale peu à peu le cours l'Hers à plus de 2 km à l'est. Au milieu du marécage, le flux pérenne du pleureur forme un ruisseau que la postérité occitane appellera Sauzat. Nous sommes déjà loin des Madgaléniens, même si le saule, vous l'aviez deviné, a toujours quelque chose d'une Madeleine.
Puis, au XVIe siècle, le Sauzat est détourné par les Toulousains vers le fossé du Château narbonnais (château dont on peut encore voir les vestiges sous l'actuel palais de justice). Pour accéder aux propriétés riveraines, des ponceaux sont construits, qui enjambent ledit Sauzat. Sont-ils innombrables ? Quand on ne sait pas compter, il n'y a pas trente-six solutions : on invente. Alors, on a dit "les trente-six ponts". On en a même fait une rue, qui n'a pas échappé à l'érudition de Pierre Salies à qui je dois ce dernier paragraphe.
Et, pour faire le pont entre l'histoire et cette petite légende finalement plus ovidienne qu'autre chose, on ajoutera que l'emplacement du saule allongé a été traduit en occitan par Saouzelong, donnant son nom au quartier construit sur les antiques marécages de l'ancien lit de l'Hers. On ne s'étonnera donc pas d'apprendre que le Sauzat ne signifie rien d'autre que le ruisseau "bordé de saules". Et de trouver un jour, dans les jardins du couvent de la Présentation, un squelette d'Aurignacien ?
Le Mirail, quartier de la Reynerie urbanisé autour de son lac, et survol des Pradettes. 1986. Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi4876.

Toulouse, destin démen-ciel


avril 2019
Si, dans ce numéro, nous prenons encore de la hauteur, ce n'est pas pour disputer à la légèreté de ces plumes d'oies auxquelles nos fonds anciens doivent tant (non, non), mais pour regarder Toulouse face à son destin (si, si).
De 230 000 habitants en 1941, la ville est passée à plus du double aujourd'hui. Si le différen-ciel démographique donne le vertige, les images aériennes de nos fonds ne le donnent pas moins. Et c'est encore plus vrai si l'on considère le territoire de la cité élargi aux communes alentour, aujourd'hui et il y a 60 ans. (Pour remonter jusqu'au cadastre toulousain de 1680, rendez-vous sur UrbanHist+). Toulouse à la conquête de l'espace : rural, aérien, spatial...
Toulouse s'est donc élancée : inaccessible étoile, ou "porte du ciel" ? Si l'on se fie à des chiffres aussi offi-ciels qu'exponen-ciels, en terme d'aménagement, une belle équation se pose à la cité de... Pierre de Fermat, le ciel en soit loué !
P. Baudis présente son fils Dominique successeur. Place Saint-Georges. 12 octobre 1982. Vue de Pierre Baudis qui présente son fils Dominique Baudis à une passante. Ville de Toulouse, Archives municipales, 53Fi3607.

Un air de jouvence


mars 2019
Pour en finir avec le gras du dernier Arcanes, entrons dans le jeûne. Car oui, c'est la thématique de ce numéro. Soyons ascètes, ou plus encore si vous voulez. Des ascètes en début de travail spirituel, encore mal dégrossis de la bombance des semaines passées. Des ascètes garnis. Voilà de quoi contourner l'obstacle de ce mot qui ne m'est pas familier.
Jeûne… Ce n'est pas ce que vous attendiez ? Ou alors, jeûne ai pas compris la thématique ? Lisez donc les billets qui suivent, pleins de confiance juvénile, comme cette image. Comme je suis jeune et en pleine croissance, pendant que vous dégusterez ce qui suit, je reste dans la thématique et vais me resservir une assiette.
"Vous cherchez un beau foie, monsieur ? Non mademoiselle, je cherche un joli petit cœur". Enfants autour d'un étal avec des oies grasses et des foies gras. Au fond : le marché des Carmes. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi7121.

Le gras, c'est la vie


février 2019
Du côté des halles, un vendeur de camelote n'hésitera pas à vous le dire.
Dans ce numéro, les archivistes vous le confirmeront aisément car, essentiel à notre mémoire, le cerveau humain contient 10 % de lipides. Et les Archives municipales de Toulouse (dont les riches fonds, qui ne sont pourtant pas de sauce, comprennent aussi ceux de Toulouse Métropole depuis le 1er janvier), ne manquent pas de gras, à telle enseigne que l'on ne sera pas fâché de passer du coq d'Inde du mois dernier, au Coq d'Or des années 1920. Joli lieu où galants et galantes pouvaient bourgeoisement discuter le bout de (foie) gras, celui-là même où, haruspice des temps modernes, un joli cœur toulousain sut trouver l'amour. L'histoire ne dit pas s'il s'agissait déjà d'un homme alpha en quête d'une femme oméga(-3).
Rue du Coq-d'Inde. Vue perspective ascendante de la rue du Coq-d'Inde depuis la rue des Paradoux. Cliché réalisé avant les travaux de voirie. Marcel et Henriette Patez - Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi190.

Indes


janvier 2019
Comme souvent, un simple mot réveille en moi le souvenir d'un autre mot, voire d'une chanson. Et ce mot « comptoir » fait donc résonner une chansonnette de Guy Béart sur les comptoirs de l'Inde. Alors, à la faveur de ce froid de canard, et après avoir évoqué Johnny et Patrick le mois dernier, allons nous réchauffer aux Indes, que Guy a rendues si galantes, n'en déplaise à saint François Xavier qui l'y a précédé, ou à George (non pas Brassens, mais V, qui en fut l'empereur).
De retour des Indes, et inspirés par le susdit canard, passons au coq : le coq d'Inde, bien sûr. Comme le narre si bien Pierre Salies dans son Dictionnaire des rues de Toulouse (tomes 1 et 2), cet animal, désormais nommé dindon, a illustré une enseigne dont le nom, apparu en 1736, ajoute une touche pittoresque à l'odonymie toulousaine. L'histoire ne dit pas si l'on y dégustait du coq au vin, fût-ce ce vin « retour des Indes » remis au goût du jour par des œnologues fanatiques d'archéologie expérimentale. Du vin de derrière les fagots... ou plutôt de derrière les comptoirs.
Gala de la Légion à Toulouse Théâtre du Capitole, place du Capitole. 2 juin 1965. Vue de Johnny Hallyday qui salue le général Koenig. Ville de Toulouse, Archives municipales, 53Fi5090.

Caser la voix


décembre 2018

Oui, il fallait bien caser ce mot et ses semblables. Aux Archives, on aime les défis. Et on archive des voix, ah que oui. (Car non, nous n'avons pas encore d'image de Patrick.)

Des voix médiatiques, voi(re) politiques. Par une curieuse synesthésie, à redécouvrir cette image, on entend déjà retentir, optimiste, un célèbre "bonsoiiiir" ouvrant la voie d'un ministère. Voix mythique et fugace. Oubliée des uns, archivée par d'autres, pour réapparaître en ce jour. Un vrai mythe errant.

De claires voix, qui émanent d'aubes blanches... bien loin d'une actualité à la couleur plus chaude, dont émane un son bien plus brûlant, au retentissement bien plus neuf : celui de la voix née.
Restons optimistes en espérant que, battant le pavé sans le lancer, foulant l'arène mais pas le roi, imitant les sirènes sans les déclencher, évitant l'estocade pour elle comme pour autrui, finalement la voix rie.

Stand des laboratoires du Pain Moderne, produits de régime, lors de l'Exposition Nationale de l'Enfance, Toulouse, juin-juillet 1932. Cliché J. Saludas. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi5555.

En peine de pain ?


octobre 2018
Comme les Archives sont notre pain quotidien, on ne pouvait pas déroger à ce mot, et même à cette thématique qui a fait la fortune de notre histoire : sous l'Ancien Régime, qui était visiblement amincissant, on a fini par manquer de pain, et c'est ainsi que le bon peuple versaillais alla chercher le boulanger, la boulangère et le petit mitron. Finalement, ce fut un consul qui, devenu empereur, proposa à son peuple un régime adéquat : en déclarant « Quand j'aurais appris qu'une nation peut vivre sans pain, alors je croirai que les Français peuvent vivre sans gloire », notre Napoléon, qui fut un sacré galopin, allait apporter la gloire au prix de milliers de vies. L'histoire ne le dit pas, mais son île d'origine était friande d'une spécialité nommée Panu di i Morti. Ses copains grognards apprécieront.
Mais revenons à Toulouse : qui se souvient que nous autres bons vivants avons osé pervertir ce qui fut la garantie de notre subsistance ? Eh bien, sachez que si une industrie a été oubliée par les Toulousains, c'est peut-être à juste titre celle-ci.
Nos pauvres enfants du nouveau régime n'avaient plus qu'à user leurs escarpins pour quérir une nourriture plus saine… Pauvres petits poupins !
Gloire à nos troupes victorieuses [guerre 1914-1918]. 9 août 1919. Célébrations du retour du XVIIe corps d'armée à Toulouse : le général Germain Passaga, suivi de son état-major, arrive à cheval boulevard de Bonrepos - après avoir remonté la rue de Bayard - pour aller saluer les drapeaux du XVIIe corps d'armée ayant pris place devant la gare Matabiau. Marius Bergé - Ville de Toulouse, Archives municipales, 85Fi1174.

Do le do il a bon do...


septembre 2018

Non, je ne vais pas vous chanter la chanson de La mélodie du bonheur et, non, je ne vais pas me coucher non plus. Mais c'est un fait : je quitte Toulouse et les Archives municipales après des « années de bons et loyaux services ».

Arcanes est entre les mains d'une bonne équipe, pleine d'idées et de fantaisie, qui met en musique chaque mois de petites histoires, teintées d'humour, parfois d'ailleurs à scruter au deuxième, voire au troisième degré !

Après avoir tenté de donner le La à une escouade de joyeux drilles, je tourne le dos au passé et vais voguer vers de nouvelles aventures archivistiques et personnelles.

Bonne chance à tous et je « vous souhaite tout le bonheur du monde, et que quelqu'un vous tende la main, que votre chemin évite les bombes, qu'il mène vers de calmes jardins »...

Au revoir

Vue aérienne oblique de la place du Capitole et des rues aux alentours en 1957. Roger Henrard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 32Fi14.

Dans la place


juillet - août 2018
 

Quand la chaleur vous assaille, il est essentiel de ne pas perdre la tête. Ce ne sont pas les rédacteurs d'Arcanes qui vous diront le contraire. Les couvre-chefs peuvent vous protéger des rayons du soleil mais ne garantiront pas l'intégrité de votre caboche. Il faut garder le cap.
Et si vous alliez au Capitole pour profiter des derniers jours du festival Science in the city, (re)découvrir UrbanHist, ainsi que les autres activités et jeux scientifiques proposés dans le village, qui se tient sur la place jusqu'au dimanche 15 juillet ?
Profitons-en pour se balader dans le passé de ce site et observer l'évolution d'une rue devenue la place la plus emblématique de la ville au cours du temps.

1. Toulouse. Ruines d'un vieux pont sur la Garonne. Pilier du vieux pont de la Daurade, au milieu de la Garonne. Août 1869. Au premier plan, le pilier démoli en février-juin 1950 ; au second, la Garonne et le quai de la Daurade ; au-dessus, la façade de l'église Notre-Dame de la Daurade avant sa réfection dans les années 1920. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi861. Domaine public.

Pile et face


juin 2018

Arcanes de juin ne tente pas le sort mais conte sa chance. Il n'est pas question de vous inciter à jouer aux jeux de hasard - même s'ils ont pu favoriser certaines personnes dans le passé et que le loto bénéficiera bientôt au patrimoine. Comme d'habitude nous allons vous offrir des petits billets, en espérant qu'ils vous distraient quelques instants.

Cadeau : pour les journées nationales de l'archéologie qui débutent aujourd'hui, les Archives de Toulouse ont décidé de verser sur Wikimedia Commons environ 200 images élevées dans le domaine public. Elles seront utilisées pour enrichir des notices de l'encyclopédie en ligne Wikipédia, lors de l'atelier au musée Saint-Raymond du 16 juin, et par tous les amateurs de Toulouse et de son passé.

Un exemple de ces fameux documents : la photo montrant la pile de l'ancien pont de la Daurade, vestige démoli en février-juin 1950, et la façade de l'église Notre-Dame de la Daurade avant sa réfection dans les années 1920. Pile et face !
Pour découvrir les 206 documents sélectionnés, consulter les notices dans notre base de données en ligne, et elles seront bientôt dans Wikimedia Commons.

Pour en savoir plus sur les JNA à Toulouse : télécharger le programme.

PS : Saviez-vous qu'une nouvelle restauration de l'église de la Daurade est engagée et qu'un appel à mécénat est lancé pour redonner vie à ses cloches ?

Aucamville (Haute-Garonne), le ruche du Mariel. Décembre 1911. Henri Giscard et un apiculteur au milieu des ruches. Famille Giscard - Ville de Toulouse, Archives municipales, 46Fi1443 (détail).

Miel


mai 2016
Un peu de douceur printanière n'est pas de trop. Après l'amer, le sucré pour arrondir sans édulcorer. Avec les rédacteurs d'Arcanes, point de fadeur mais de la délicatesse… quoi que. Une des contributrices s'inspire d'une chanson de Prince pour vous parler de la fleur emblème de la ville, une autre vous donne la recette d'un poison pour les rats, une troisième préfère les biscottes, un quatrième évoque l'hypoglycémie archéologique, une cinquième vous raconte le pays de Candie et, pour le dernier, je vous laisse découvrir en quoi consiste le sucre de Mars !
Moi, j'aime le miel. Une substance élaborée avec habileté par les abeilles et qui nous offre toutes ses vertus gustatives et thérapeutiques reconnues dès l'Antiquité. Antibactérien, cicatrisant, source d'énergie mais apaisant également, le miel est pour certains un don du ciel. Il faut juste protéger les abeilles pour qu'elles ne soient pas victimes du syndrome d'effondrement.
Foire de Toulouse 1932 au cours Dillon : réception extérieure. Joseph Saludas. Ville de Toulouse, Archives de Toulouse, 1Fi5543 (détail).

Jusqu'à la lie


avril 2018

Arcanes d'avril tente de garder le cap en vous offrant de manière très détournée de prendre la vague, entre ciel et a(mer), avec un peu d'amertume, mais sans vous faire payer une amende trop amère. Qu'importe le flacon… il faut parfois boire la coupe jusqu'à la lie. En 1932, l'assemblée composée uniquement d'hommes – ce qui ne semble pas très paritaire à notre époque – s'apprête à lever son verre pour célébrer la foire de Toulouse. On ne peut pas lire une joie intense sur leurs visages, mais impressionnés par le photographe planté en face d'eux, ils intériorisent peut-être leur bonheur de partager ce moment de convivialité.
Installée au cours Dillon en 1928, la foire prit ensuite place sur les allées Jules-Guesde, les allées Frédéric-Mistral, puis au parc municipal des sports sur l'île du Ramier. Elle est aujourd'hui organisée au Parc des expositions. Vous avez d'ailleurs encore peu de temps cette année pour aller en profiter !

Livre X des Annales manuscrites, chronique 380, les capitouls de l'année 1708-1709, par Antoine Rivalz, huile sur parchemin. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB 282, p. 421i (détail).

(Re)garnir ce qui n'est plus


mars 2018

À 54 ans révolu, je me dis qu'il est temps de s'intéresser à l'état de mon propre capillaire et, par un subtil assemblage de miroirs, de vérifier l'avancée de cette calvitie qui guette (un selfie avec le smartphone fait aussi bien l'affaire).
Eussé-je vécu sous l'Ancien Régime, le problème aurait été résolu en deux tours de mains : j'aurais pu opter pour une habile tonsure à la manière d'un ecclésiastique, mais, n'étant point oint du Seigneur, il m'aurait plutôt fallu me garantir contre ces outrages du temps par le port de la perruque.
Hé oui, regardez-donc : bien malin qui saurait affirmer si nos capitouls avaient le sommet de leur crâne correctement garni, ou bien si ces postiches exubérantes cachent autant de crânes déplumés... (voir illustration ci-contre).

Le seul problème est qu'en cas de grand vent ou d'une sérieuse secousse (carriole qui roule sur les mauvais pavés, chaise à bras dont l'un des porteurs trébuche, rixe au cours de laquelle notre agresseur nous serre brusquement au collet), bref, tombe la perruque...

Là, le crâne apparaît dans toute sa nudité d'œuf, de caillou poli. Reste à ramasser à la hâte le postiche et de le remettre tant bien que mal sur la tête. Mais les voies de l'Ancien Régime sont décidément bien semées d'embûches... Figurez-vous que l'agresseur (voire ce vent malicieux) emporte la perruque comme un trophée, comme un scalp !!!!
Là, il n'y a d'autre alternative que de se couvrir la tête d'un mouchoir et de courir jusqu'à la boutique du perruquier la plus proche ; telle mésaventure arrivée à Joseph-Marie de Charlary est symptomatique du sentiment des malheureux dégarnis à l'improviste.

D'ailleurs, que vous partagiez mes affres capillaires ou pas, on vous conseille d'aller (re)lire les Bas-Fonds de juin 2016, exclusivement consacrés aux perruques masculines toulousaines.

Pour la France versez votre or. 1915. Guerre 1914-1918. Affiche de propagande en faveur de l'emprunt dit "de la défense nationale" reproduisant le dessin d'un coq gravé sur une pièce d'or terrassant un soldat allemand. Devambez Imp. ; Société des Amis des Artistes. Abel Faivre - Ville de Toulouse, Archives municipales, 11Fi17.

Or


février 2018

Pas de carton jaune pour les rédacteurs des articles d'Arcanes ! Même s'ils dévoilent des signes de vieillesse au cœur des archives ou qu'ils évoquent des tentations de simulacre ou de simili, et que, de temps à autre, ils nous en font voir de toutes les couleurs. Ils nous invitent à ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier et, parfois, à sucer des cachous, tout en nous méfiant des cures de « rajaunissement ».

Les Archives recèlent des richesses inestimables. Nul doute que vous en soyez tous convaincus de longue date, chers lecteurs d'Arcanes. Vous n'appartenez pas à la cohorte de ces béotiens qui ne voient que poussière, vieux papiers et documents inutiles, là où vos yeux admirent les traces de notre histoire, lointaine et récente à la fois, où votre esprit s'émerveille des lumières qu'elles offrent pour mieux comprendre notre monde actuel.

Oui les archives sont essentielles pour tous. Après une sélection soigneuse et raisonnée, les données et documents sont transmis au plus grand nombre pour, à tout moment, offrir la preuve dont l'administration et les usagers peuvent avoir besoin, pour être l'outil traditionnel des historiens et de tous ceux qui s'intéressent à leur histoire, qui ont besoin de reconstituer le passé pour donner des clés de compréhension du présent.

Versez votre or ! Versez vos archives !

Vue d'intérieur de l'agence de Blagnac de la Banque Régionale d'Escompte et de Crédit, les employés expliquant aux gendarmes le déroulement du braquage, 8 octobre 1971. Photographie André Cros - Ville de Toulouse, Archives municipales, 53Fi1107.

Des valises


janvier 2018
A parler de valises entre archivistes on comprend vite qu'en fait on ne se comprend pas du tout !
Pour les uns, les valises évoquent le voyage, le camping, le train, l'évasion ; d'autres y voient une mallette du parfait cuisinier (si, si !), et dans les fonds d'archives anciennes on imagine plutôt…
Non, on n'imagine pas, on voit !
On voit des poches de distraits délestées, des brigands de grand chemin l'arme au poing, des vols domestiques, des effractions dans les maisons vides que l'on s'empresse de vider encore plus, des églises que l'on pille audacieusement et des boutiques que l'on dévalise à la nuit tombée.
Il faut bien admettre qu'à classer le fonds des procédures criminelles des capitouls, on finit inévitablement par voir le mal partout et que, peu à peu, le crime vous habite.
Tenez, rien qu'en 1702 (FF746) : le dépouillement d'un touriste dans une auberge, le braquage raté chez un directeur des impositions, quatre vols domestiques. Attendez, le meilleur reste à venir : il y a encore un vol de chien (« un très beau chien canard à poil blanc »), un vol de cochons, un vol d'oignons dans un jardin, un vol de portes et de fenêtres et enfin un autre de tapisseries !
Personnellement, on a un petit faible pour cette affaire remontant à 1704 où le marchand Jean Glanouze se fait dévaliser et subtiliser sa « valise forte » qui, à ses dires, contenait tout de même la somme de 1 000 livres (FF748/1, procédure #012).
4. Théâtre du Capitole. Vue prise durant l'incendie. 4e galerie et combles. 10 août 1917. Clovis Lassale - Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi3763. Domaine public.

Faire feu de tout bois


décembre 2017

Encore une fois, quelle imagination débordante ! Quand les contributeurs d'Arcanes s'emparent d'un sujet, cela donne lieu à un véritable feu d'artifices de révélations sur nos sources archivistiques et de découverte du patrimoine toulousain.

 

Nous vous invitons à déguster cette décoction jusqu'à la lie. Bois et qu'importe le flacon… car Toulouse dévoile son histoire à travers ces petits libelles. Du pont de bois à l'orée du bois, croix de bois, croix de fer, on vous raconte une histoire de tabouret, quelques pans d'histoire et les déboires de Jeanneton. Que cette dernière flambée de l'année vous apporte un peu de chaleur.

Et parce que « le feu ça brule » dixit les Top Boys, quelques photographies d'incendies au Capitole, ou à proximité, à visionner en hommage aux soldats du feu que sont les pompiers toulousains !

Scène de bagarre lors de la corrida du 2 juillet 1961 aux Arènes du Soleil d'Or sises au quartier des Arènes, photographie noir et blanc. André Cros - Ville de Toulouse, Archives municipales, 53Fi359.

Des quilles et des cannes


novembre 2017

Quand on joue aux quilles, on tend à dire qu'on décanille et non qu'on déquille (ce dernier verbe étant pourtant tout à fait juste). Serait-ce parce qu'il est plus amusant de viser les gambettes, les « cannes » d'un adversaire ou d'un passant que les quilles du jeu ?

Mais qu'advient-il lorsque l'adversaire, celui que vous avez si bien décanillé, se saisit de sa canne pour vous corriger. Dira-t-on qu'il vous décanille ? Ou tout simplement qu'il vous rosse ? Bref, comme Nougaro l'a bien chanté, cela se termine souvent en castagne.
C'est en tout cas ce que de nombreuses plaintes portées devant la justice criminelle des capitouls laissent imaginer.

Mais nos aînés n'avaient certainement pas le monopole de la castagne, témoin cette belle empoignade entre un torero et un spontaneo. Le premier n'avait visiblement pas de canne pour se défendre, mais il aurait pu faire quelques passes avec sa muleta, planter une ou deux banderilles dans l'arrière-train de son agresseur, ou mieux encore : s'attribuer les oreilles du furieux au moyen de son estoque !
Gageons que le taureau aura profité de cet instant de répit pour aller se dégourdir les cannes.

[Usine hydroélectrique du Ramier]. Île du Ramier. 1931-1938. Vue des tableaux haute tension de l'usine hydroélectrique sur l'île du Ramier. Louis Albinet – Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi10231. Domaine public.

La tension ou l'attention ?


octobre 2017

Faut-il s'alarmer ? Un vent de discorde souffle-t-il sur les Archives ? Ou alors l'équipe est-elle victime d'une chute de tension ? Un danger imminent met-il en péril les archives ?

L'équipe a décidé de faire des étincelles en partageant avec les lecteurs d'Arcanes une thématique soulevant la curiosité, parfois morbide, incitant à la vigilance, mais en veillant, avec soin, à apporter une note de délicatesse et même de sensibilité...

Alors tension ou attention(s), à vous de choisir la déclinaison qui vous siéra le plus !

 

Comme a dit l'abbé Pierre, "Un sourire coûte moins cher que l'électricité, mais donne autant de lumière." Que cela ne nous empêche pas de nous pencher avec attention sur les miracles technologiques grâce à une petite visite guidée des installations techniques de la centrale hydroélectrique du Ramier mises en lumière dans les années 1930...

Vue aérienne de la Garonne vers l'hôpital de la Grave, le pont Saint-Pierre, le Bazacle, prise par un drone. 21 juillet 2017. VIP Studio 360° ; Drone Sud Toulouse - Ville de Toulouse, Archives municipales. Licence CC 4.0 BY SA.

Le bon plan ? UrbanHist !


septembre 2017

Visa sur le patrimoine toulousain à l'aide d'UrbanHist, tout neuf et concocté avec enthousiasme par l'équipe.

Cliquez sans attendre sur www.urban-hist.toulouse.fr pour découvrir à la fois ce nouvel outil et le patrimoine de la ville rose. Sur votre ordinateur, tablette ou smartphone, partez à l'aventure à travers les rubriques à découvrir, les circuits, les thémas, la ville invisible, les parcours pour les scolaires…

Découvrez le patrimoine toulousain à la carte avec www.urban-hist.toulouse.frTout ce que vous aimiez dans l'ancienne version est encore disponible mais nous l'avons rendu plus accessible qu'avant. Et pour parfaire l'ouvrage, des nouveautés ont été ajoutées, dont Toulouse vue du ciel grâce à neuf panoramas 360°.

UrbanHist propose aux internautes de découvrir et visiter le patrimoine remarquable de Toulouse (UrbanHist) et, s'ils le souhaitent, d'effectuer des recherches approfondies sur le patrimoine et l'histoire de Toulouse (UrbanHist+).

Et comme le patrimoine c'est l'affaire de tous, n'hésitez pas à partager vos cartes avec l'icône prévue à cet effet. Déroulez votre parcours dans Toulouse au gré de vos envies et surtout n'oubliez pas de nous donner des nouvelles !

Pour en savoir plus...

Pont Saint-Pierre sur la Garonne. 24 mai 1929. Mise en place d'une poutre ; ouvriers au travail, éclairage public. Vue prise depuis le tablier du pont en direction de l'église Saint-Joseph-de-La-Grave. Louis Albinet. Négatif NB, verre, 13 x 18 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 6Fi18. Domaine public.

Archives ouvertes ?


juillet-août 2017

La ville de Toulouse vient de réaffirmer sa démarche d'ouverture des données publiques et des œuvres gérées par les établissements patrimoniaux. Le 23 juin dernier, le conseil municipal a, en effet, voté à l'unanimité les règles de réutilisation des informations publiques, œuvres produites et reçues par les Archives, la Bibliothèque, les Musées Saint-Raymond, des Augustins, Paul-Dupuy et Georges-Labit et le MATOU, musée de l'affiche de Toulouse.

Grâce aux licences libres choisies (ODbL et Creative commons 4.0 BY SA), la plupart des données et des œuvres peuvent être partagées librement sous réserve de partage à l'identique et donc de les garder ouvertes.
Toute personne souhaitant les publier, les modifier et les partager est libre de le faire sous réserve de respecter les règles indiquées et d'apposer la mention de l'auteur et de l'origine (Auteur – Ville de Toulouse, Nom de l'établissement patrimonial, cote ou référence).

Attention, la réutilisation d'informations publiques comportant des données à caractère personnel est subordonnée au respect des dispositions de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés.
En outre, les œuvres sous droits n'entrent pas dans le champ du libre partage.

Les œuvres entrées dans le domaine public sont totalement ouvertes, sous réserve d'indiquer la mention déjà citée.

Profitez de la fermeture annuelle de la salle de lecture, jusqu'au 31 juillet, pour consulter la base de données en ligne et découvrir la richesse de nos fonds !

Vue aérienne du cours de la Garonne en aval du pont Saint-Pierre, 22 octobre 1973. Direction de la communication - Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi2292/1.

Dans le rétroviseur


juin 2017

Je me souviens… Il est doux, parfois, de contempler les fragments du passé dont la mémoire garde la trace. Bribes d'une histoire auxquelles les archives et les découvertes archéologiques donnent un certain relief.
Pierre s'interroge sur la mode du selfie en faisant un bond dans l'histoire de la photographie jusqu'à son invention par Daguerre au milieu du 19e siècle. Audrey s'intéresse au journal Le Miroir, hebdomadaire photographique du début du 20e siècle et Soazig se penche sur une question d'esthétique essentielle : le "ravalement de façade", urbain bien sûr. Marc se pose d'antiques réflexions en franchissant allègrement le gué. Emmanuelle rit de se voir si belle en ce miroir alors que Géraud se demande qui est la plus belle !
Grâce à ces petits miroirs de courtoisie, Toulouse se dévoile un peu pour nous.

 

Les images suivantes se font, quant à elles, l'écho d'un passé plus tumultueux, témoignant de la puissance redoutable de la Garonne. Elles présentent un mois de juin catastrophique qui, aujourd'hui encore, est la référence en matière de politique de prévention du risque inondation. En effet, le 23 juin 1875 s'est produite la grande crue qui a marqué les esprits à Toulouse.
Grâce à Joseph Provost et son fils, photographes officiels des inondations, de nombreux clichés mettent en images le récit de cet événément mémorable.

Commissariat général à la famille. Journées des mères. Dimanche 30 mai 1943. Edité par l'office de propagande générale, 37 rue de Lille, Paris (4-1943). Pierre Grach dit PHILI - Ville de Toulouse, Archives municipales, 82Fi n.c. (détail).

Bonne fête maman !


mai 2017
 

Je ne vous raconterai pas l'histoire de la fête des mères. Je vous éviterai également les citations qui célèbrent nos chères mamans. Je ne vous offrirai pas non plus de poèmes de mon cru.
Je vous invite à une lecture de billets éclectiques émis par les rédacteurs d'Arcanes, qui comme d'habitude, s'en sont donné à cœur joie pour vous régaler de leurs chroniques toulousaines. On y parle du gavage des oies (si si !), d'enfant abandonné et de filles-mères, de proposition d'offrande, de médaille d'honneur, d'associations féministes...
Et en prime, je vous offre, en avant première, une petite sélection d'affiches qui viennent tout juste d'être récupérées chez un particulier, collectionneur acharné. Elles ne sont pas encore saisies dans notre base de données et vous pouvez savourer ces dessins de 1943 à 1951 avant tout le monde. C'est cadeau !

Muséum d'histoire naturelle. Grande salle de zoologie. Avril 1933. Zèbre attaqué par des Léopards. Groupe de M. Lacomme nouvellement installé. Augustin Pujol – Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi280.

Sur le fil


avril 2017

Pourquoi une lettre d'information sur le fil ? Et pourquoi pas ! Peut-être parce qu'en avril… ou alors parce que nous sommes tous un peu sur le fil du rasoir... Tentons de ne pas vous raser et de vous apporter une petite bouffée d'air frais en partageant avec vous nos pépites !

Mais y a-t-il quelqu'un au bout du fil ?

Je vais essayer de le renouer sans m'enterrer dans les arcanes des idées farfelues des contributeurs. Je me déplace sur un fil et dans tous les cas cette lettre me donne du fil à retordre. Ah… quand les hommes filaient la quenouille. Quel rapport ? Faites une pause et lisez nos petites chroniques ou billets d'histoire toulousaine avant de reprendre le cours de votre vie.

 

 

 

Commencez par parcourir une petite sélection d'images d'avril à Toulouse remontant le temps.

Un florilège sans queue ni tête issu de notre base de données en ligne mêlant images récentes et anciennes, célébration et catastrophe, et qui permet de découvrir des images de Toulouse méconnues.

 

Original du mémoire remis par Malvaisin aux capitouls le 17 octobre 1703. La justice ordonnera ensuite qu'il soit biffé, bâtonné et lacéré. Ville de Toulouse, Archives municipales, FF747 (en cours de classement), procédure # 088, du 19 octobre 1703.

Biffé, bâtonné, lacéré : bref, censuré


mars 2017

En 1703, Jean-Jacques Malvaisin n'est encore qu'un petit greffier de l'hôtel de ville.
Fougue de la jeunesse ? Idéalisme exalté ? Mauvais calcul ? Il va s'attaquer à François Dandrieu, un ancien capitoul ayant toujours un pied à l'hôtel de ville ; et quel pied, puisqu'il est assesseur des capitouls, c'est à dire qu'il les assiste dans l'exercice de la justice. Inutile de vous dire qu'il a le bras long.
Le 19 octobre 1703, Jean-Jacques Malvaisin transmet aux capitouls un mémoire dans lequel il détaille les malversations de François Dandrieu.
Las, Jean-Jacques est encore un peu tendre, son mémoire lui revient en pleine face : il se retrouve lui-même attaqué en justice pour diffamation et fausse accusation. Pot de terre contre le pot de fer, son adversaire est autrement plus puissant qu'il n'imaginait.
En conséquence, le 9 novembre une sentence est rendue par les capitouls et Jean-Jacques se voit condamné à faire des excuses publiques, suspendu de son office de greffier (pour 8 jours seulement) : en outre, son mémoire sera rayé, biffé et lacéré. Bref, il est censuré.
Le petit greffier a probablement appris de ses erreurs, car plusieurs années plus tard, il est à son tour nommé capitoul.

Les capitouls de 1709, ici le capitoul Guillaume-Hyacinthe Pradines de Ciron (fils de Jean-Joseph de Pradines – chez les Pradines, on est capitoul de père en fils), peinture sur parchemin, par Antoine Rivalz. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB282, p. 421-i (détail). Notons à droite partie du portrait de Lanoy de Méricourt, autre capitoul blanchy (noirci en fait).

Blanchy !


février 2017

Pourquoi pas blanchi ? Tout simplement car nous vous emmenons sous l'Ancien Régime, là où l'orthographe telle que nous l'imaginons n'était pas vraiment de mise. D'ailleurs, le sens que l'on donne aux mots a aussi varié depuis...

Tenez, pour en revenir à notre blanchy.
Lorsqu'un capitoul était blanchy cela ne signifiait certainement pas qu'il avait prouvé victorieusement son innocence (affaire de mœurs, de détournement de fonds publics, ou autre encore), ni qu'il était maquillé à outrance, ni même qu'il s'était fait enfariner ou entarter par un contestataire facétieux. Non, c'était tout simplement que ce capitoul avait certainement accompli une action si vilaine que ses pairs avaient décidé que son portrait serait blanchy, c'est à dire effacé des tableaux de l'hôtel de ville ainsi que du registre des Annales manuscrites.
Vous imaginez l'arrivée au purgatoire d'un homme politique actuel, dûment blanchi par la justice dans une affaire quelconque (de blanchiment d'argent par exemple), rencontrant ses homologues de l'Ancien Régime et se gargarisant d'avoir été blanchi. Stupeur et incompréhension des premiers face à cet individu hilare qui, pour eux, se vante d'avoir été reconnu coupable.
Jusqu'aux commis du purgatoire (ont-ils un nom ceux-là ?) qui, ne maîtrisant certainement pas les subtilités de l'évolution de la langue française, pourraient bien rediriger le nouvel arrivant vers les enfers.

Revenons maintenant à nos capitouls.
En 1715, Jean-Joseph de Pradines, (capitoul en 1694, puis de 1705 à 1708), est condamné pour crime de concussion et malversation. L'arrêt du parlement (AA27, n° 156) déclare qu'il sera pendu (par effigie, car il a tout de même pris la précaution de filer) et la chronique des Annales manuscrites (BB283, p. 4) précise qu'il sera blanchy des tableaux et des livres de l'Histoire de l'hôtel de ville ; le peintre Escoubé, sera chargé de cette opération (CC2733, n° 42).
Ce qui est un peu cocasse, c'est que, d'un côté on paie un peintre pour blanchir son portrait, et de l'autre, on commissionne quelqu'un (peut-être encore Escoubé) pour faire le portrait du même personnage, afin de pouvoir le suspendre à la potence lors de sa pendaison par effigie !
(s'il y en a qui ne savent toujours pas en quoi consiste une exécution par effigie, ils auront la réponse en téléchargeant le dossier des Bas-Fonds d'avril 2016).

Pour tout vous dire, si Jean-Joseph de Pradines a effectivement été blanchy, il aura certainement aussi été blanchi par la suite puisqu'on le retrouve à Toulouse en 1733, alors qu'il rédige son testament (Archives départementales de la Haute-Garonne, 3E6095, f° 2423-2425, Payan, notaire), dans lequel, apparemment blanc comme neige, il se dit ancien capitoul. Revêtu d'une nouvelle virginité, il s'éteindra finalement le 9 février 1739, à l'âge de 80 ans (GG714, f° 30).
Alors, est-il monté au Purgatoire ou en Enfer ? Qui saurait dire...

Jean-Joseph Pradines, le capitoul aux 50 nuances de blanc ?

Modèle du chariot de la Justice réalisé par Jean Vidal, charron. Ville de Toulouse, Archives municipales, CC2625, n° 102.
Modèle du chariot de la Justice réalisé par Jean Vidal, charron, 7 septembre 1624. Ville de Toulouse, Archives municipales, CC2625, n° 102.

Un aller simple sur le chariot de la Justice


janvier 2017

Imaginez un omnibus qui vous promène nonchalamment dans les rues anciennes de Toulouse, faisant station devant les principales églises et monuments de la ville, le temps de se dégourdir les jambes et admirer l'architecture.
Si vous vous croyez déjà dans le petit train touristique qui sillonne la ville aux beaux jours, vous n'y êtes pas du tout, car nous allons vous parler ici du chariot de la Justice.

Celui-ci faisait partie intégrante du processus de la justice, souvent lié à une condamnation à mort ou afflictive, dans cet acte préalable à l'application de la peine connu sous le nom « d'amende honorable ».

Le condamné (s'applique aussi au féminin) était ainsi promené dans la ville, en chemise, la hart au col, s'arrêtant devant telle ou telle église, un flambeau à la main, faisant pénitence en demandant pardon à Dieu, au roi et à la Justice ; puis la marche reprenait vers d'autres stations. On pouvait aussi s'arrêter devant la maison de la victime (dans le cas d'un meurtre ou d'un vol). Une fois l'amende honorable accomplie, le condamné revêtu d'une toute nouvelle virginité pouvait alors subir la peine fixée par la Justice. Ainsi le chariot, tel la barque d'Achéron des antiques, l'avait transporté jusqu'au pied du gibet (ou bûcher ou roue, c'est selon) dressé pour son passage vers l'au-delà.

Ce chariot de la Justice n'est probablement qu'un vulgaire tombereau qui, en temps normal, doit servir au ramassage des boues (ordures) ; toutefois, en 1624, la ville fait une commande spécifique au charron Jean Vidal d'un « charriot à quatre roues, en forme de carosse, pour apourter les pouvres patiens condempnnés à mort… ainsi qu'est demonstré par le modelle qu'est icy attaché » (CC2625, n° 101-102).

À ceux qui voudraient découvrir des gravures du chariot de la Justice en mouvement, une visite de l'exposition virtuelle, le rituel de l'exécution, présentée sur le site Criminocorpus s'impose.
À ceux enfin qui s'étonnent que nul dossier sur le sujet n'ait encore été livré dans la rubrique Dans les Bas-Fonds des Archives municipales, patience... votre tour viendra !

Inauguration Club 3e âge - Pique-nique à la Ramée. 21 juin 1975. Base de sports et de loisirs de la Ramée, 95 chemin de Larramet, Tournefeuille, Haute-Garonne. Reportage en présence de Pierre Baudis, maire de Toulouse, et de ses adjoints André Brouat et Antoine Osète. Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi143/4.

Pierre Baudis, maire de Toulouse (1971-1983)


décembre 2016

A l'occasion du centenaire de la naissance de Pierre Baudis, la ville de Toulouse a souhaité rendre hommage à celui qui en fut le premier magistrat de 1971 à 1983. A travers de nombreux documents iconographiques et audiovisuels, cette évocation permet aux Toulousains de rencontrer un homme, dont l'action politique débutée en 1958 ne s'acheva qu'avec son décès en 1997. Elle donne aussi à voir une ville où les grandes mutations urbaines et démographiques côtoient les vestiges du passé et les nécessités de la vie quotidienne.

Réalisée par les Archives municipales de Toulouse, cette évocation témoigne de la richesse des fonds photographiques conservés par cette institution, notamment celui de la direction de la Communication de la ville. A voir au Capitole du 16 décembre au 15 janvier.
La plongée dans ces reportages photographiques procure de savoureuses sensations car ils regorgent de pépites sur les transformations toulousaines des années 1970. En outre, Pierre Baudis prenait part aux diverses manifestations officielles et festives, avec beaucoup de bonhomie. La preuve en images grâce à celle du moi(s) de décembre.

Quel rapport entre cet hommage et la thématique de la lettre ? Tout simplement ce cliché, extrait d'un reportage daté de 1975 sur un pique-nique à La Ramée à l'occasion de l'inauguration d'un club de 3e âge, qui pourrait s'intituler Grille-party à la Ramée !

Cartel destiné à la punition d'une maquerelle. Placard imprimé sur papier (34 × 44 cm), 14 juillet 1775. Ville de Toulouse, Archives municipales, AA306/65.

Sous les arches du pont, Digue don-don, Sous les arches du pont on y trempe la maquerelle, Digue don-daine...


novembre 2016

En fredonnant les paroles données dans le titre, sur l'air de ..., chacun pourrait se voir transporté en tribune sur le pont couvert de la Daurade, ou le Pont-Neuf (selon les époques), en train d'assister à la punition aquatique d'une vilaine maquerelle.
Oui, car celles qui étaient reconnues coupables étaient trempées par trois fois dans l'eau de la Garonne, avant de subir la suite de leur châtiment (bannissement ou enfermement).

Comment s'y prenait-on ? Le système était relativement simple : tout commence par un petit tour en barque en compagnie de l'exécuteur de la haute justice (le bourreau). Il vogue ainsi avec la dame vers une pile de l'ancien pont (celui de la reine Pédauque). Là, se dresse la cage de fer avec sa poulie. La maquerelle est enfermée dans la cage, et notre bourreau actionne la poulie. Après trois « ploufs » successifs, l'appareilleuse est ramenée sur la rive, et la suite de sa peine peut prendre place. Celles encore grelottantes après une telle baignade virent-elles comme un soulagement la séance de fustigation qui les attendait ? On peut en douter.

Bref, à ceux qui voudraient en savoir plus sur cette pratique, nous leur conseillons vivement d'aller découvrir le dossier Haro sur la maquerelle, disponible et téléchargeable sur notre page des Bas-Fonds.

Vue panoramique de la Garonne avec le dôme de l'hôpital de la Grave. Cliché noir et blanc, sur plaque de verre positive, 8,5 × 10 cm. Auteur inconnu, début du 20e siècle. Ville de Toulouse, Archives municipales, 5Fi29.

Poudre d'escampette à l'espagnole


octobre 2016

Un petit saut en arrière nous emmène en 1642. En mars, les troupes françaises, commandées par le comte de la Mothe-Houdancourt remportent une bataille contre l'armée espagnole qui marchait au secours de la ville de Collioure.
On transfère 194 prisonniers de guerre afin de les enfermer à l'hôpital de la Grave. La suite nous est contée dans la chronique des Annales manuscrites de la ville de cette année-là (BB 279, chronique n° 314, p. 329-330) :
« Cella donna de grandes peines ausd[its] sieurs capitouls parce que il falut les nourrir pendant toute l'année aux despans de la ville […] mais de plus il falut les faire garder jour et nuict pour empescher qu'ils n'évadassent, et pour ce fere lesd[its] sieurs capitouls ne treuvèrent point de meilleur moyen que de les fere garder par les habitans de la ville […]. De sorte que entroint en garde tous les soirs avec le tambour battant cent hommes arméz ou plus, qui dem[e]uroint en garde vin[g]t-quatre heures, qui ne fut pas une petite espargne po[ur] la ville parce que si on eust faict garder ces prisoniers par de[s] soldats gagés, la ville se fut consumée en frais ».
Sauf que voilà, la nuit du 24 mai 1642 « qui fut fort obscure et venteuse, lesdits soldats prisoniers qui estoint dans la grand sale aiants percé la muraille du costé de la rivière au-dessoubs des fenestres où elle estoit moings espoisse et plus foible, quelques uns dessendirent bas dans la rivière avec une corde qu'ils avoint faict en partie de la toille de leurs chemises, laquelle attachèrent à la grille de fer desd[ites] fenestres, et ainsin s'en sauvèrent à la nage, de quoy ceux de la garde ny les sentinelles ne s'aperceurent point jusques au landemain matin qu'on void lad[ite] corde pendue ausdictes fenestres et le trou qui avoit esté fait au-dessoubs d'icelles. A cela leur aida l'obscurité de la nuict et le bruit tant de la paissière du molin du Basacle qui est là proche, que du vent d'Autan qui souffloict lors avec grand violence. Lesdicts capitouls en aiant eu advis, se rendirent incontinant dans led[it] hostel, vériffièrent le lieu, firent sortir tous les soldats qui estoint dans lad[ite] sale et firent remettre dans la basse-cour, firent tout fouiller et trouvèrent quelques petites barres de fer q[ue] lesdits prisoniers avoint caché soubs la paille de leurs licts. Et aiants veriffié le tout en informés du faict, treuverent que ceux qui s'estoint sauvéz avoint percé la muraille avec lesdits barres de fer qu'ils avoint esmoulé d'un bout avec quelque pierre du bastiment, et q[u]'aiants fait une ouverture assès grande pour passer, se confiants en ce qu'ils auroint attaché sur leurs testes avec des ficelles qu'ils tenoint avec leurs dents, et ainsin seroint dessendus bas dans la rivière l'un après l'autre et se seroint sauvéz ».

¡ Adios para siempre !

QVID NOVI ?


septembre 2016

Rémy Verdo, directeur des Archives municipales de Toulouse, septembre 2016. Cliché Julie Bonenfant. Ville de Toulouse, Archives municipales.

Quid novi ? Eh bien la réponse est toute trouvée : au 1er septembre, un conservateur tout neuf est arrivé pour prendre la direction des Archives municipales de Toulouse.

Tout neuf… en fait, pas tout à fait. Il a déjà servi au ministère des Affaires étrangères. Et qu'y faisait-il ? Eh bien, il pilotait des projets numériques, jonglant avec le records management, la GED, les métadonnées, le knowledge management, etc. Oups, ces termes ne vous disent rien et vous pensez que je vous parle latin ?

Bon, alors, reprenons. Rémy Verdo (puisque c'est son nom), est conservateur d'État, il est diplômé de l'École des chartes et de l'Institut national du patrimoine.
Attendez, je ne vous ai pas encore donné le titre de sa thèse : La reconfiguration du latin mérovingien sous les Carolingiens. Étude sociolinguistique des diplômes royaux et des réécritures hagiographiques (VIIe-IXe siècle). Là, je suis désolé, mais on va indubitablement parler latin... et encore, peut-être pas celui du Gaffiot de notre enfance studieuse.

Bref, en deux mots, Rémy Verdo est désormais à la tête des Archives de Toulouse, et il est aussi à l'aise avec le parler mérovingien que celui des informaticiens. Les jaloux voudront peut-être tester ses connaissances en occitan, mais comme il est originaire de Carcassonne, ça risque d'être difficile de le prendre en défaut là aussi.

Usine d'incinération des ordures ménagères du Mirail, détail machinerie. Ville de Toulouse, Archives municipales, 15 Fi 2130/14.

Poussière, tu redeviendras poussière


juin 2016

Le centre de tri des déchets ménagers et assimilés de la ville de Toulouse, plus connu sous le doux nom d'« incinérateur du Mirail », participe à sa manière à inscrire les Archives dans le cercle vertueux du recyclage. Nous avions vu précédemment (Arcanes, mars 2016) que les documents produits par la collectivité n'ont pas tous vocation à être conservés pour l'éternité. Pour ceux qui n'auront pas l'illustre honneur d'intégrer les « greniers de l'histoire », après avoir constitué des années durant « l'arsenal de l'administration », un sort bien plus funeste les attend : la chaleur infernale des fours de l'usine. Par ce sacrifice vertueux, les archives honnies contribuent au chauffage de 10 000 logements toulousains et à l'autonomie électrique de l'usine, ça, c'est du développement durable ! Et c'est ainsi que d'année en année, des centaines de mètres linéaires d'archives produites par les services de la mairie de Toulouse sont détruites, sous le regard approbateur des Archives départementales, mais ceci est une autre histoire...

Eau d'arquebuse. Etiquette pour l'élixir curatif eau d'arquebuse des distilleries Benoît-Serres, sans date [début 20e siècle]. Ville de Toulouse, Archives municipales, 14 Fi 105 (détail).

J'ai huit secondes pour vous dire que...


avril 2016

A lire les verbaux dressés par les chirurgiens des 17 et 18e siècles au chevet de patients victimes d'accidents ou de coups et blessures, on s'attend à découvrir un véritable catalogue des potions prescrites pour soigner et soulager. Or il n'en n'est rien ! Si la formule « nous lui avons indiqué les remèdes indiqués en pareil cas » revient régulièrement, elle nous éclaire peu sur les drogues utilisées. Dans les cas de traumatologie crânienne, on note bien plusieurs mentions du « poumon de mouton » à appliquer sur la tête afin de calmer les douleurs et prévenir des accidents éventuels, le bouillon et le régime sont souvent prescrits, les saignées ne se comptent plus, mais de médication spécifique il n'en n'est qu'une qui soit clairement énoncée : l'eau de Suisse, ou vulnéraire de Suisse, ou encore l'eau d'arquebusade. Autant vous dire que le produit fait l'unanimité parmi les gens du métier, peut-être parce qu'il peut être utilisé à toutes les sauces : en infusion, « à la manière du thé », appliqué imbibé sur des compresses, ou encore en friction.

Bref, le vulnéraire de Suisse c'était de la Dynamite !

Et si l'on veut bien croire que ce sont les Suisses qui l'ont inventé, tous se mirent bientôt les imiter afin de produire une eau vulnéraire ; la distillerie toulousaine Benoît Serres, pourtant plus versée dans les apéritifs et autres boissons grisantes et euphorisantes, ne faisant pas exception à la règle.

Avatar de François Bordes, directeur des Archives municipales de Toulouse de 1998 à 2016. Dessin Inconito, 2013. Ville de Toulouse, Archives municipales.

Sonne l’heure de la promotion verticale


mars 2016

Après dix-huit années passées à la tête des Archives municipales de Toulouse, François Bordes est appelé à Paris où il va rejoindre le corps prestigieux des inspecteurs généraux des archives au sein du ministère de la Culture.

Des Landes natales à la prépa Chartes au lycée Fermat (Toulouse) ; de l'école des Chartes (rue de Richelieu, Paris IIe) à un premier poste de conservateur aux Archives d'Outre-Mer (Aix-en-Provence) ; une parenthèse sous les drapeaux de la nation (Aix-en-Provence toujours), portant l'élégant uniforme de l'aviation ; puis de la direction des Archives départementales de la Dordogne (Périgueux) à celles de Toulouse (rue des Archives), la carte des déplacements de François Bordes montre plus d'allées et venues du modèle horizontal ou latéral d'ouest en est et vice-versa, que de mouvements verticaux vers le versant nord des rives de la Loire.

Qu'en conclure ? Rien, si ce n'est que cette carte interactive va bientôt être complètement chamboulée, car on sait qu'un inspecteur général est appelé à arpenter le territoire, allant de bureaux de ministères en service d'archives, de halls de gares en tables d'hôtes d'auberges de campagne…
Quant à l'avatar qui ornait le compte Facebook des Archives de Toulouse, il est désormais mis en berne et remplacé par un logo.