Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

CHAPEAU


mai 2022

DANS LES ARCANES DE


Le 19 novembre 1985. Gros plan de face de la styliste Anne-Marie Beretta. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi2874.

Rond, melon ou claque, à vous de choisir !


mai 2022

Dans cet Arcanes qui s'engage, je vais vous dire qui est le sujet, le véritable sujet.

Un sujet à prendre par le haut (fût-il « -de-forme »). Avec finesse, élégance.

À Toulouse, deux rues l'ont évoqué, même si une seule persiste et signe.

On le porte en grâce ; on le perd en disgrâce. Comme si, tombé dans la prison Saint-Michel, on l'avait troqué contre un matricule.

Quand il est bas, il fait pourtant honneur à celui (et, quelques lignes plus bas, à celle) qui n'en porte pas.

On travaille parfois de lui, fût-ce chez Brosson.

J'ai même connu un gars qui avait le front tellement ridé que pour mettre le sien avant un coup de vent d’autan, il le vissait !

 

Ce sujet, c'est le chapeau.

 

Ne m'en voulez pas s'il s'est laissé devancer, dans cet édito, par une autre forme d'élégance, teintée de féminisme pour l'occasion. Car une autre façon de « porter chapeau », socialement parlant, c'est parfois de porter une casquette : stylé ! Ou plutôt canon, comme on dit chez Beretta...

ZOOM SUR


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Portrait d’Alphonse Delpont, 1952, huile sur toile, 57 x 50 cm. Arthur Finemann - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 20Fi/nc ; casquette et médaille, 1Obj/nc.

La toile et le chapeau


mai 2022

En février 2021, les archives ont fait l’acquisition d’un ensemble d’objets ayant appartenu à un ancien gardien de la prison Saint-Michel : une casquette brodée d’une étoile, une médaille et un diplôme délivré par l’administration pénitentiaire. Sans oublier la pièce maîtresse du lot : un étonnant portrait en buste dudit homme. Sur cette peinture, décorée d’un cadre blanc et doré, le surveillant est vêtu de son uniforme et coiffé de son couvre-chef réglementaire en feutre.
Mais l’aspect le plus intriguant de cette œuvre s’avère être la signature peinte en noir en bas à gauche, indiquant le nom de l’artiste et la date : Arthur Finemann, 1952. La légende familiale raconte que le portrait aurait été réalisé dans l’enceinte de la prison et par un des prisonniers. Après moult recherches, le verdict est tombé (sorti du chapeau), Arthur Finemann, était bel et bien un ancien détenu de la maison d’arrêt de Saint-Michel.
En juin 1951, convoqué par le tribunal militaire de Toulouse, il est condamné pour des crimes de guerre perpétrés lors de la Seconde Guerre mondiale. Ancien membre de la Gestapo à Rodez, il est jugé responsable du massacre de Sainte-Radegonde d’août 1944. Appelé le « Grand Luc », il hérite aussi du sinistre surnom de « terreur de l’Aveyron ». Après trois années d’emprisonnement à Toulouse, il quitte la France et finit par rejoindre son pays natal, l’Allemagne, pour y poursuivre son activité de peintre et de marchand d’art.

Il est vrai que le portrait lui-même présentait certaines caractéristiques, pour ne pas dire un air de famille - notamment en termes de pilosité - qui auraient pu nous donner des indications sur la personnalité de son auteur.

DANS LES FONDS DE


[Meunier coiffé à Cahuzac-sur-Vère]. Négatif sur plaque de verre, Cliché Eugène Trutat (entre 1890 et 1907) – Dépôt de l'association "Les Toulousains de Toulouse et Amis du Vieux Toulouse". Mairie de Toulouse, Archives municipales, 51Fi 290.

Bonnet d’âne


mai 2022

Que faire, lorsque vous prend l'envie de savourer un mois sabbatique et ne plus entendre parler d'Arcanes, que ce soit parce la thématique ne vous convient pas, ou encore parce que… zut !
Sauf que voilà, il paraît qu’il n'y a personne d’autre pour le faire à votre place, et que là, à la dernière minute il vous faut faire un billet incontinent (écrire « sur les chapeaux de roues » aurait-on pu dire, mais non, le jeu de mot ne prend pas, cette thématique n’est décidément pas pour moi).
Pourtant, me direz-vous, les couvre-chefs, on en trouve tout le temps dans les fonds d'archives anciennes, ça ne doit pas être bien difficile.
La perruque par exemple – oui, mais c'est du déjà vu, on l'a traitée à l'occasion d'un dossier des Bas-Fonds.
Pareil pour la coiffe des maquerelles lors de leur châtiment de la course ou de l'« asinade ». Coiffées les unes d’un chapeau de paille agrémenté en ridicule, d'un bonnet à grelot, ou encore dépeint comme un casque à plume – voire d’une mitre peinte, pour les Genevois.
Le bourreau de la ville et sa cagoule ? Ah non ! Oublions cette image romantico-débile de l'exécuteur de la haute justice ; relisez-donc les Bas-Fonds qui lui est consacré, et vous verrez qu'il n'est pas masqué – d’ailleurs, il a un chapeau comme tout le monde.
Les chapeaux des capitouls ? C'est bien joli tout ça, mais ces derniers n’ont pas de chapeau ou de couvre-chef dédié ; chacun a le sien : les nobles l'ont plutôt à tricorne avec plumet. Pour les marchands, il est plat et rond, et les robins (avocats, procureurs) portent le bonnet carré. Mais alors, leur chaperon ? Zut, lisez l’article jusqu’au bout, et vous verrez que ça n'a rien à voir avec un chapeau.

Non, rien à faire, en ce mois de mai, j'en ai ras la casquette, et la thématique du chapeau ne me dit vraiment rien, vous le voyez bien : j'en suis contraint à recycler au risque de me voir décerner un bonnet d'âne.


Ah, si ! A la limite – mais là c'est un peu tiré par les cheveux – on peut de faire du neuf en vous livrant le dernier numéro des Bas-Fonds, mais attention : dans « Pis que pendre », vous trouverez des insultes et menaces non équivoques, à vous faire hérisser les cheveux.

 

LES COULISSES


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Portrait de trois scouts suisses saluant, sur le quai d'une gare (années 1930). Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi1995 (détail).

Tirer sa révérence


mai 2022
Aux archives, nous conservons des kilomètres de papier et plusieurs milliers de giga octets. Ça, tout le monde le sait. Ce qui est moins connu, c’est que nous conservons également toute sorte d' objets insolites : des maquettes, des objets d'observation astronomique, une mallette de peinture, des instruments de mesure ou encore une couronne. Ces objets proviennent pour l'essentiel de personnes, de familles, d'associations ou d'entreprises et entrent dans la catégorie de ce que nous appelons les « archives privées ». Celles-ci se sont considérablement enrichies ces 18 dernières années, grâce au travail réalisé notamment par une collègue particulièrement douée pour construire et entretenir de belles relations humaines avec les détenteurs de ces témoignages de tout un pan de l'histoire toulousaine. Elle entame aujourd'hui un nouveau volet de sa vie, qui nous n'en doutons pas, lui offrira également l'opportunité de belles rencontres humaines. Pascale, à l'occasion de ton départ en retraite, nous souhaitons te dire « chapeau pour le travail accompli ! » Et merci pour avoir apporté ta pierre à l'édifice mémoriel de Toulouse !

DANS MA RUE


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Chapellerie Brosson. Intérieur du magasin, table. Phot. Poitou, Philippe (c) Inventaire général Région Occitanie, 2002, IVR73_20023100010NUCA.

Chapi chapo


mai 2022
« Et maintenant chers téléspectateurs, direction Toulouse. Toulouse, en Haute-Garonne, à la découverte d'un métier oublié, celui de chapelier, métier exercé pendant des années par la famille Brosson rue d'Alsace-Lorraine, dont la boutique fermera définitivement ses portes en janvier 2002, lorsque le dernier des Brosson prendra sa retraite.  Comme d’autres articles de confection, entièrement fabriqués à la main et nécessitant un savoir-faire exigeant, les chapeaux ont été victimes de la grande distribution et de la fin, il faut le dire, de la mode du couvre-chef ».
On s’y croirait presque et pourtant, la chapellerie Brosson n'a jamais fait la une du 13 h de TF1. Heureusement, Philippe Poitou, photographe de l'inventaire, et Annie Noé-
Chapellerie Brosson. Intérieur du magasin. Phot. Poitou, Philippe (c) Inventaire général Région Occitanie, 2002, IVR73_20023100021NUCA.
Dufour, conservatrice du patrimoine, étaient là à l’époque pour réaliser un reportage exclusif. Ils ont pu ainsi immortaliser le magasin, son décor et les instruments de confection avant la cessation d'activité de l’entreprise et le réaménagement total de la boutique.
De 1892 à 2002, l’immeuble a abrité une chapellerie, d’abord la maison Blagé, qui s’y installe peu après la construction de l’édifice lors de la percée de la rue d’Alsace-Lorraine. La vocation marchande de la rue d’Alsace-Lorraine débute dès sa création où elle attire les commerces les plus prestigieux qui y étalent leurs marchandises. C’est en 1924 que la chapellerie Brosson succède à la maison Blagé, en conservant les boiseries et l’ensemble du mobilier de style art nouveau installés par son prédécesseur. Au tournant des années 1940-1950, un rayon enfant est aménagé par l’architecte Robert Armandary dans un style résolument moderne.
En consultant les images de la notice architecture sur Urban-Hist du 43 rue d’Alsace-Lorraine, c’est tout un pan de l’art décoratif que vous découvrirez : des lustres et horloge 1900 au mobilier de style moderne en passant par les meubles de métier art déco. Le petit outillage nécessaire à la confection des chapeaux est quant à lui conservé aux Archives municipales, sous la cote 55Z.
Béret, panama, canotier ? A l’instar de la moustache qui refleurit sur le visage des hommes dans le vent, à quand le retour du chapeau sur les têtes bien faites ?
A vous les studios.

SOUS LES PAVÉS


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Médaillon de l’ancien hôtel de Pins, photographie Eugène Trutat, 1899, Mairie de Toulouse, Archives municipales, 6Fi68 (détail).

Recyclage chapeau Renaissance


mai 2022
Vous cherchez des chapeaux ? Allez chez un chapelier. Et, ça tombe bien, il y a une rue des Chapeliers à Toulouse… ou plutôt il y avait, car celle-ci a disparu, effacée par la rue du Languedoc tracée en 1899-1904. C’est dommage, car il y avait un beau bâtiment Renaissance dans cette rue : l’hôtel de Pins construit au XVIe siècle qui possédait des galeries ornées de médaillons montrant des têtes dont certaines portaient… des chapeaux, comme le montre la photographie ancienne que nous publions. Alors, perdus ces galures ? Heureusement non. Car les galeries et leurs sculptures ont été récupérées lors de la démolition de l’hôtel de Pins puis remontées pour une partie dans le nouvel hôtel, dit Antonin, construit à sa place et pour l’autre dans l’hôtel Thomas bâti à la même époque, non loin de là, dans la rue Croix-Baragnon.
La cellule archéologique de Toulouse Métropole a aussi été récemment sur la piste d’un chapeau. Un sondage a été réalisé sous la direction de Christophe Calmés à l’emplacement de l’ancien n° 14 de la rue des Arts, immeuble détruit par le percement de la rue de Metz en 1895-1897. Or c’est à cet endroit que s’était autrefois élevée l’hostalaria del capel rouge, l’auberge du Chapeau Rouge, détruite par un incendie au XVe siècle. Mais aucun vestige de couvre-chef n’a été découvert lors de cette fouille.

EN LIGNE


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Banquet des bouchers-charcutiers, Grand Hôtel, mars 1954. Couple en train de danser, coiffé de chapeaux de cotillon. Photographie N&B, 11 × 17 cm. Émile Godefroy – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 19Fi1178 (détail).

Travailler du chapeau


mai 2022

Parfois, quand on a la chance d’exercer un métier qui nous plaît, il arrive qu’on laisse déborder un peu la vie professionnelle sur la vie personnelle : on trouve l’idée de notre article d’Arcanes sous la douche, avant de partir au bureau ; quand on visite en famille des lieux culturels incontournables, on se demande si on ne pourrait pas s’en inspirer pour notre propre service ; et quand on joue à des jeux de société entre amis, on ne peut s’empêcher de penser en créer une adaptation pédagogique pour les Journées du patrimoine. Bref, cela peut vite devenir une obsession… à l’instar du Chapelier fou.

Sachez toutefois que, pour ce qui est de « techniquement » travailler du chapeau, il existe des archives (ou plus exactement des objets) qui en témoignent sans le moindre doute : voyez le fonds 55Z, celui de la Chapellerie Brosson. Donné aux Archives de Toulouse en 2007, il comporte une dizaine de fers à repasser les chapeaux, d’outils en métal ou en bois destinés à en aplatir les bords, et d’autres encore servant à en modeler la forme. Ronds, melons ou claques, à vous de choisir !

Car porter un chapeau nous place au-dessus du lot. C’est un symbole de pouvoir. Le roi Louis XI est ainsi souvent représenté comme « l’homme au chapeau constellé de médailles pieuses », et le chapeau cardinalice de l’ancien archevêque de Toulouse, Mgr Saliège, est l’un des trésors du musée du Vieux-Toulouse. C’est aussi un signe de reconnaissance fort, au point de devenir véritable toponyme : bienvenue rue du Chapeau-Rouge ! C’est enfin un synonyme d’élégance, parfois galvaudé mais jamais égalé.
Alors, portons fièrement nos couvre-chefs car, c’est bien connu, tout est plus beau avec un chapeau !