Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

POT


janvier 2020

DANS LES ARCANES DE


Vue générale montrant un étameur ambulant à l'ouvrage devant sa charrette, sous l'œil de quelques curieux et passants. [1918-1924]. Fonds Marius Bergé - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi1312.

Faire pot neuf


janvier 2020

Après les excès des fêtes de fin d'année, nous aspirons tous – enfin, presque tous – à revenir à des plats plus légers. Hum ! De bonnes soupes de légumes destinées à laver le gras ingurgité ces dernières semaines… Outre le choix des ingrédients, le secret d'une bonne soupe résiderait dans le pot utilisé. Ne dit-on pas « c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe » ? Les pots de nos arrière-grands-mères n'étaient pas en inox ou revêtus de téflon, mais en fer ou en cuivre. Pour empêcher l'oxydation du métal, l'étameur recouvrait les pots en cuivre d'un alliage d'étain et de plomb. Lorsque cette fine couche venait à s'user, le pot était rétamé, pour mettre le métal à nu. Il était alors prêt à être de nouveau étamé. Et oui, gare à vos vieilles casseroles ! Elles pourraient contenir du plomb ! Alors pourquoi dit-on que « c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe » ? L'expression ne vient pas de l'âge du pot utilisé, mais de la saveur apportée par le reste de soupe qui culottait le pot… Décidément, l'hygiène alimentaire a bien évolué !


Pour en revenir à notre étameur, il s'affaire en pleine rue. Mais pas n'importe quelle rue... Il s'est installé à l'angle des rues Pargaminières et Deville. Et quand on sait que la rue Pargaminières tire son nom des parcheminiers, on ne peut croire à une simple coïncidence… La photo de cet étameur ne pouvait échapper à ce numéro d'Arcanes ! Vous n'avez pas compris l'association d'idées ? Il est urgent que vous dévoriez ce numéro plein de pots et de peaux, mais sans poils.

ZOOM SUR


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Th. Raynaud, représentant de fabriques. "34, route de Castres, 34. Toulouse". Vers 1910. Personnage en pied tenant un pot de chambre qui porte l'inscription: "En désirez-vous?". Carte postale publicitaire. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi6171.

Curieux


janvier 2020

Si vous avez été éduqués par ma mère ou ma grand-mère, vous connaissez sûrement l'expression « curieux comme un pot de chambre ». Si, comme je le soupçonne, vous avez grandi dans d'autres maisons, peut-être que la sonorité de cette phrase est nouvelle. Dans tous les cas, nous nous accorderons pour qualifier cette image de truculente. Inutile de poursuivre un master en histoire de l'art pour analyser l'iconographie : on comprend bien le propos.


Maintenant, imaginer qu'un homme, sûrement un soir de réveillon, s'est échauffé : « Moi, Môssieur, je peux tout vendre, et je le prouverai ! », puis le lendemain est allé trouver un photographe, lui a exposé son projet, et est revenu tirer les rois, brandissant fièrement sa nouvelle carte postale publicitaire, pourquoi pas ? C'est d'ailleurs forcément ce qui s'est passé. Mais je suis sceptique sur l'efficacité du résultat. Je serais même curieuse de savoir si les clients du sieur Raynaud ont apprécié.

 

DANS LES FONDS DE


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"Samson s'approcha de Mme de la Motte et lui imprima un fer rouge sur la peau". gravure sur bois (détail), s.d., Bibliothèque Inter-Universitaire Santé, Paris-Descartes, réf : CISB0591.

À fleur de peau


janvier 2020
Si les tatouages les plus divers ont le vent en poupe depuis quelques années, il fut un temps où les marques sur la peau se portaient aussi – mais elles étaient toutefois réservées à une sorte d'élite : les criminels condamnés.
Généralement placées sur l'épaule droite, ces marques apposées au fer rouge par le bourreau (ce qui est autrement plus douloureux que l'aiguille d'un tatoueur) n'étaient guère variées : seule la fleur de lys venait orner les épaules des voleurs et autres malfrats.
Puis, la palette de cette marque d'infamie s'est élargie et, en 1738, fleurissaient désormais des V, des GAL et des W, quelquefois encore des M (pour cette dernière lettre, nous ne savons toujours pas si la marque était vraiment au fer rouge).
Marque indélébile ? Pas nécessairement, puisque l'on s'ingéniait à masquer, brouiller, voire enlever complètement ces marques, au prix de douleurs inconcevables et au péril d'infections aussi diverses que fatales.
Le fonds d'archives de la justice criminelle des capitouls offre un large éventail de cas, tant de coupables condamnés à la marque, que de rapports d'expertises d'épaules de suspects, jusques là même aux ratées du bourreau, et deux dossiers spéciaux des Bas-Fonds publiés en 2016 (« La marque de l'infamie » – n° 02) et 2017 (« Couvrez cette marque que je ne saurais voir » – n° 17) invitent les chercheurs à explorer plus avant les thématiques et problématiques liées à la marque de l'infamie.

LES COULISSES


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Cuir et parchemin, Archives municipales, ville de Toulouse, non coté.

Cuir ou parchemin ?


janvier 2020

A partir du haut Moyen Âge, la peau animale a été utilisée pour recouvrir la reliure des livres ou comme support de l'écriture.
Elle peut être travaillée de deux façons :
- soit elle est tannée. Dans ce cas, à la suite de ce travail, elle prendra le nom de cuir. Ce dernier peut ensuite être teinté ou non ;
- soit, après épilation, elle est mise en tension sur un cadre afin d'être poncée et de sécher. Dans ce dernier cas, après ce traitement, elle prendra le nom de parchemin.
Les peaux animales les plus utilisées, et donc que l'on retrouve aux Archives, sont la chèvre et le mouton. On peut rencontrer aussi, mais beaucoup plus rarement, du veau ou du porc.
De nos jours, les restaurateurs de documents d'archives et les relieurs utilisent toujours le cuir et le parchemin pour restaurer les registres ou pour réaliser une reliure.

DANS MA RUE


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Élévation antérieure, étages. Phot. Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Toulouse Métropole ; (c) Inventaire général Occitanie, IVC31555_20203100004NUCA, 2020.

« Eh bien ! Oui, je veux vivre avec excès, dit l’inconnu en se saisissant de la peau de chagrin »


janvier 2020

Le héros de Balzac voulait éprouver les « intempérances », les « joies qui tuent », « les douleurs qui font trop vivre ». Quand il s'aperçoit que la peau de chagrin exauce effectivement tous ses désirs, mais en contrepartie le conduit toujours plus vite vers la mort, il regrette d'avoir accepté un tel pouvoir.
Ce pacte avec le diable, le maître-tanneur Buc l'a t-il signé pour que sa maison en pan de bois soit toujours debout plus de 200 ans après avoir été construite ? Et ce, malgré les interdictions répétées des capitouls ? En effet, Toulouse connut de nombreux incendies.  L'Élévation antérieure. Phot. Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Toulouse Métropole ; (c) Inventaire général Occitanie, IVC31555_20203100002NUCA, 2020. un des plus violents, en 1463, a brûlé plus des deux tiers de la cité, les nombreuses maisons en bois et en torchis faisant un combustible de choix. Les capitouls essayent alors de contrôler les nouvelles constructions et en 1555, les Toulousains se voient obligés de reconstruire en bonne maçonnerie de brique ; prescriptions reprises au 17e siècle, mais en réalité peu appliquées à l'exception des murs mitoyens. En 1744, un arrêt du conseil insiste une nouvelle fois sur l'utilisation de la brique. Puis en 1769, l'ordonnance générale de voirie interdit toute construction en pan de bois. Pourtant l'ingénieur de la ville, Philippe Hardy, en passant rue des Blanchers le 9 mai 1774, s'aperçoit qu'on a construit tout récemment la façade d'une maison en corondage et massecanat (c'est-à-dire en colombage avec un remplissage de brique). Hardy dresse aussitôt un procès-verbal qui aboutit à la condamnation des contrevenants : le maître-tanneur Buc, propriétaire, et les sieurs Taillefer, charpentier, et Mouynet, maçon, sont condamnés, le premier à détruire le mur de façade et à le reconstruire en bonne brique, les seconds à 100 livres d'amende.
Cependant, la rue des Blanchers fait partie du projet d'aménagement des quais alors conduit par la province du Languedoc. Les capitouls décident donc de renvoyer l'affaire devant cette administration. Il s'agit là d'une entreprise d'urbanisme d'envergure, comprenant des quais bordés de façades uniformes, deux ports et un canal de liaison. L'ingénieur de la province, Joseph-Marie de Saget, prévoit dans ce cadre l'alignement de la rue des Blanchers et, partant, le recul des maisons permettant d'agrandir et d'aérer la rue. Le manque de fonds et les problèmes d'acquisition des maisons à démolir et à reconstruire, se heurtant souvent à l'opposition des habitants, font traîner le chantier. Après les troubles de la Révolution, les travaux ne reprennent qu'a minima. De cette grande opération d'« embellissement » nous restent tout de même les quais de la rive droite de la Garonne, une partie des façades uniformes qui les longent, le canal de Brienne, le port Saint-Pierre et le port de la Daurade, qui viennent de faire l'objet d'une grande rénovation sous la direction  de l'urbaniste catalan Joan Busquets.  
On ne sait comment le maître-tanneur a fini sa vie, peut-être très heureux, entouré de ses enfants et petits-enfants, ayant bénéficié des lenteurs administratives et des désordres de la Révolution, et ainsi n'ayant eu ni à détruire ni à reculer la façade de sa maison. Ce qui est sûr en revanche, c'est que le héros de La peau de chagrin, après avoir tenté d'anesthésier ses sens, d'abord en se cachant au sein de la plus perdue des contrées d'Auvergne, puis au moyen des vapeurs d'opium, ne peut résister à la vue de sa bien-aimée et finit par mourir de désir.

 

SOUS LES PAVÉS


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Marmite grise « toulousaine » de la fin du Moyen Âge trouvée dans la vallée de la Sausse, photographie Marc Comelongue, Service de l'inventaire patrimonial et de l'archéologie de Toulouse Métropole, 2020.

Gris pots, derniers symptômes


janvier 2020
Les céramiques anciennes sont souvent caractérisées par la couleur de leur pâte. Cette dernière est rouge ou blanche dans le cas d'une cuisson oxydante, ou grise pour une cuisson réductrice, c'est-à-dire sans oxygène, contrairement à la première. Or, la fin du Moyen Âge, a vu un abandon de la cuisson réductrice pour favoriser les poteries de teinte claire qui domineront à l'époque moderne.
Dans notre région, quelques potiers ont néanmoins résisté un temps à cette évolution et l'on retrouve encore au 14e siècle des productions "grises". Comme la "commingeoise", céramique d'aspect rugueux produite, on s'en douterait, dans le Comminges au sud de la Haute-Garonne, ou d'étonnantes marmites à anses coudées imitant un chaudron métallique en haute Ariège. Toulouse a aussi eu sa poterie grise tardive, décorée de cordons ou de cannelures, mais surtout de bandes lissées donnant l'aspect d'un lustrage, certes incomplet, mais suffisamment décoratif. Son usage n'a pas été réservé aux contextes urbains et le service archéologique de Toulouse Métropole vient d'ailleurs de retrouver des marmites « toulousaines » de ce type, comme le montre le cliché ci-joint, sur un site rural de la vallée de la Sausse, à une quinzaine de kilomètres au nord-est de la ville rose.

EN LIGNE


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Les Amis du musée Saint-Raymond et de l'art ancien. Vue de détail d'une vitrine conservant une collection de pots de pharmacie provenant de l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques. Décembre 1938 - Janvier 1939. Négatif N&B sur plaque de verre. Marius Bergé - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi430.

Tourner autour du pot


janvier 2020
Et voilà. Après la trêve des confiseurs, c'est la reprise de nos projets en ce début d'année, mais rien de suffisamment concret encore, qui mérite en tout cas un billet dans votre lettre d'information préférée… Quel manque de pot ! Sachez toutefois que des opérations de numérisation sont en cours et que vous serez les premiers informés quand elles seront enfin accessibles au commun des internautes. Promis. Juré.

Pour la peine, et parce que cette petite chronique a été préparée à la fortune du pot, je vous propose donc au choix :
• un accès direct à La Dépêche du Midi numérisée dans Gallica, de 1875 à 1944 ;
• une nouvelle façon de faire des recherches dans nos listes électorales ;
• un point d'entrée unique pour consulter nos registres d'état civil numérisés.
Et si cela ne vous suffit pas, je vous invite dès le 17 janvier prochain à aller découvrir la nouvelle Rosalis, bibliothèque numérique de Toulouse qui aura, non seulement, revêtu de nouveaux atours, mais aussi concocté de nouveaux contenus à votre disposition : un véritable pot-pourri de ressources et de connaissances.