Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

PONT


mai 2019

DANS LES ARCANES DE


Quartier Saint-Étienne, 1er novembre 1995. Vue des ponts Neuf et Saint-Pierre depuis le rond-point de retour de l'avenue de la Garonnette, avant l'arche du pont du quai de Tounis, qui s'ouvre sur la berge en contrebas du quai de Tounis. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi7172.

Trente-six ponts ponts ponts


mai 2019
Voilà un titre digne d'Agatha Christie. L'intrigue pourrait se passer à Toulouse, il y a 12 000 ans, sur les bords de l'Hers. Un Magdalénien demande des comptes sur la disparition des mammouths à un Aurignacien passant par là. Ce dernier, écologiste accablé par la nostalgie, et plus encore par ses 17 000 ans d'âge, succombe aussitôt à cet ultime affront. Craignant pour sa défense (et pas de mammouth), le Magdalénien, l'Hers de rien, cache le corps du malheureux ancêtre dans le proche marécage, sous un saule. Ce dernier, ému jusqu'aux larmes, fait une tête de six pieds de long qui s'ajoute à un tronc déjà centenaire. Nul ne sut pourquoi ce saule devint tout d'un coup le plus allongé de tous les saules du pays tolosan.
Complice, la nature cache encore mieux le crime : tel Hercule détournant l'Alphée, elle décale peu à peu le cours l'Hers à plus de 2 km à l'est. Au milieu du marécage, le flux pérenne du pleureur forme un ruisseau que la postérité occitane appellera Sauzat. Nous sommes déjà loin des Madgaléniens, même si le saule, vous l'aviez deviné, a toujours quelque chose d'une Madeleine.
Puis, au XVIe siècle, le Sauzat est détourné par les Toulousains vers le fossé du Château narbonnais (château dont on peut encore voir les vestiges sous l'actuel palais de justice). Pour accéder aux propriétés riveraines, des ponceaux sont construits, qui enjambent ledit Sauzat. Sont-ils innombrables ? Quand on ne sait pas compter, il n'y a pas trente-six solutions : on invente. Alors, on a dit "les trente-six ponts". On en a même fait une rue, qui n'a pas échappé à l'érudition de Pierre Salies à qui je dois ce dernier paragraphe.
Et, pour faire le pont entre l'histoire et cette petite légende finalement plus ovidienne qu'autre chose, on ajoutera que l'emplacement du saule allongé a été traduit en occitan par Saouzelong, donnant son nom au quartier construit sur les antiques marécages de l'ancien lit de l'Hers. On ne s'étonnera donc pas d'apprendre que le Sauzat ne signifie rien d'autre que le ruisseau "bordé de saules". Et de trouver un jour, dans les jardins du couvent de la Présentation, un squelette d'Aurignacien ?

ZOOM SUR


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Reportage sur les canaux à Toulouse, pont-canal des Herbettes. Stéphanie Renard – Ville de Toulouse, Archives municipales, 4Num14/63.

Roulis


mai 2019

Si 2019 est l'année de la teuf, l'ivresse et ses tournis coulent à flot sur les ponts depuis bientôt 35 ans. Les bateaux ne passent plus dessous mais bien dessus*, leur tangage nous donne des hallucinations. Liquéfiés dans le flux des véhicules qui roulent, eux, non sous la table, mais sous le tablier, les automobilistes restent au sec et s'interrogent sur la couleur de l'ouvrage : vert ou rouge (nous serions tentés de dire « un verre de rouge », mais la bienséance nous l'interdit je crois) ? Pont ou canal ? Soyons fous, prenons les deux et allons faire un tour sur la fiche UrbanHist du pont-canal des Herbettes.

* En cliquant sur ce lien vous arrivez sur la première photo de l'album de reportage sur les canaux à Toulouse. Pour voir l'image dont il est question dans l'article, il faut chercher la 63e.

DANS LES FONDS DE


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Construction du pont de Pinsaguel, XIXe s. Ville de Toulouse, Archives municipales, cote 1Z191.

Édile et poète à la fois


mai 2019

Il fut un temps où l'inauguration d'un pont, ouvrage d'art par excellence, donnait des envies d'envolées lyriques à nos hommes politiques. « Il suffit de passer le pont, c'est tout de suite l'aventure », disait l'un de nos poètes contemporains. C'est ce que dut penser le président Cazes lors de l'inauguration du pont qui enjambe la Garonne, reliant Pinsaguel à Portet-sur-Garonne.

Par deux fois, la fureur du fleuve fut fatale à ce pont construit par l'ingénieur Berdoulat en 1826, tout d'abord lors des crues de 1835 qui détruisirent trois arches en brique de la rive gauche. Reconstruites en 1838, elles subirent à nouveau le débordement du fleuve en 1875 qui anéantit le village de Pinsaguel, à l'exception de l'église Saint-Pierre. Les arches manquantes furent remplacées par un tablier métallique continu, de type Eiffel, ce qui donna un air curieux à ce pont réalisé pour moitié en maçonnerie et en métal. 

LES COULISSES


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Archiviste sur le pont. Cliché de S. Renard, 2019. Ville de Toulouse, Archives municipales.

Être sur le pont


mai 2019

"Semper parati !"

Telle pourrait être la devise des archivistes, toujours sur le pont, ou plutôt sur le quai de versement, à guetter l'arrivage de nouveaux documents. Nés dans l'océan de l'administration communale, rares sont les dossiers qui réussissent à se frayer un chemin à travers les mailles des pêcheurs de données pour finir en boîtes dans la grande conserverie de l'histoire locale. Les meilleurs filets auront, de plus, l'illustre honneur d'être mis en ligne sur le site des Archives municipales de Toulouse, foi d'archiviste !

DANS MA RUE


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Lotissement des Castors des Ponts-et-Chaussées, vue des n° 13 et 15 rue de Saint-Gaudens. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, IVC31555_20143100690NUCA, 2014.

Le lotissement des Castors des Ponts-et-Chaussées à Bagatelle


mai 2019

Le castor, ce rongeur aux grandes dents, animal bâtisseur par excellence, a donné son nom à un mouvement d'autoconstruction apparu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le pays tout entier est alors touché par une pénurie exceptionnelle de logements. C'est dans ce contexte qu'apparaissent les Castors, d'abord à Pessac, près de Bordeaux en 1948, puis à Nantes, Montluçon, Bayonne…
Les Castors sont des travailleurs, souvent issus de la même entreprise, aux revenus modestes et ne connaissant rien au monde du bâtiment, qui se regroupent en association dans le but de construire eux-mêmes leur maison. Le capital nécessaire est ainsi remplacé par un « apport travail », c'est-à-dire le temps de travail pris sur les congés et les loisirs, que les Castors sont prêts à investir dans le projet. Si le principe est identique, les réalisations diffèrent selon les terrains et les contextes : avec l'aide des offices HLM, du Crédit foncier de France, de la Caisse d'allocations familiales, des entreprises elles-mêmes ou des collectivités, en faisant appel ou non à un architecte.
À Toulouse, ville n'ayant pas été particulièrement touchée par les destructions de la Seconde guerre mondiale, on compte tout de même une petite dizaine d'opérations de Castors. Dans le quartier de Bagatelle, deux lotissements se touchent : celui des salariés de la SNCASE (Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Est, ancêtre d'Airbus), un peu plus ancien, et celui des fonctionnaires des Ponts et Chaussées (1954-1957). Ces derniers font appel à Viatgé, Castaing, Labat et Debeaux, alors jeunes architectes chantres de la modernité. Ils conçoivent 26 maisons allant du F3 au F6, disposées en quinconce, tirant le meilleur parti de chaque parcelle : tous les logements bénéficient ainsi d'une façade orientée au sud-est. L'architecture est modeste mais très soignée, une grande attention a été portée aux détails. Chaque maison est pourvue d'une loggia et d'un banc en béton intégré à la façade, rappelant les bancs placés devant les fermes ou les maisons de village. N'y a t-il pas d'ailleurs un lointain écho des maisons de maraîchers de la région toulousaine, maisons en rez-de-chaussée et comble, placées perpendiculairement à la voie et orientée au sud ?

 
Avec la politique des grands ensembles initiés ensuite par l'État, les mouvements de Castors disparaissent. À Toulouse, une enquête menée par l'École d'architecture permettra d'en savoir plus sur l'organisation de ces chantiers dans le contexte local et sur la vie en communauté qui prend dans certains cas la suite des travaux.
Sous-tendus par des valeurs de solidarité et d'entraide, les Castors peuvent être vus comme les précurseurs de l'habitat participatif, caractérisé par une prise en main, depuis la conception du projet jusqu'à la gestion des espaces de vie communs, par les habitants d'une même résidence. Cette démarche, qui semble avoir un grand avenir devant elle, est illustrée à Toulouse par un programme de 90 logements construits en 2018 dans le quartier de la Cartoucherie, l'une des plus grandes expériences menées à ce jour en France.

 

SOUS LES PAVÉS


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Pont de Bois, dit pont de Pigasse. Plan de construction dressé par l'architecte Souffron, 1612, Ville de Toulouse, Archives municipales, DD213/1 (détail).

Un pont de bois taillé à la pigasse


mai 2019
Les Toulousains savent que le Pont de Tounis, reliant à la ville l'ex-île du même nom en enjambant la "Garonnette", ancien bras maintenant asséché de la Garonne, est le plus ancien encore conservé à Toulouse. Sa structure date des années 1510. Or, il a existé un autre pont traversant cette "petite Garonne" plus en aval, à l'endroit où celle-ci débouche dans la Garonne sous le quai de Tounis. Construit en 1612 (ou peut-être reconstruit, car il semble déjà représenté sur la vue de Toulouse qui orne la "Mécométrie de Leymant" de Guillaume de Nautonier publiée en 1603), il reprenait le tracé d'un ancien pont médiéval connu sous le nom de Pont-Vieux. Cette structure nouvelle fut dénommée Pont de la Halle (la Halle aux poissons était toute proche) ou plus simplement Pont de Bois. En effet, comme nous pouvons le voir sur le plan ci-joint, son armature était en charpente, à part un pilier maçonné du pont précédent qui, pendant un temps, fut aussi utilisé pour le soutenir. Plusieurs fois réparé, voire entièrement refait, il fut définitivement démoli en 1767. À cette époque, il s'appelait Pont de Pigasse. En occitan, une "pigasse" désigne une hache, outil tout indiqué pour construire une structure en bois, mais on s'explique mal ce changement de nom assez mystérieux. Il faut noter qu'on construisit encore au même endroit, en 1829-1830, un pont, cette fois-ci suspendu mais éphémère, car détruit vers 1854 pour faire place à un nouveau quai.

EN LIGNE


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Île du Ramier, 16 avril 1901, vue en perspective de la passerelle du Parc Toulousain en chantier. Photographie N&B, 12 ×16,8 cm. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi10326 (détail).

Faire le pont


mai 2019
Un défi plutôt simple à relever quand arrive le mois de mai… Encore faut-il se mettre d'accord sur le sens que l'on donne à cette expression :
• « petit », on s'égare sur le terrain footballistique, que je ne maîtrise guère, malgré ma récente visite du Chaudron, pour la cause des archives cela va sans dire… ;
• « d'Avignon », un clin d'œil à notre outil quotidien, puisque l'application métier que nous utilisons tire son nom de l'auguste cité des papes schismatiques ;
• « de Toulouse », un ouvrage de référence et une thématique que l'on trouve en bonnes places dans notre bibliothèque.
Mais finalement, tout comme les ouvrages d'art assurent la continuité des voies de communication, notre vocation première est d'établir une passerelle entre les documents et les ressources que nous conservons et les publics pour lesquels nous le faisons. C'est bien là le cœur de notre métier, et la plus belle définition à donner me semble-t-il...