Titivillus


septembre 2021

DANS LES ARCANES DE


Photographie aérienne du quartier du Capitole, Saint-Georges, Saint-Aubin, les Carmes, Saint-Etienne et le Busca (1984) - SPHAIR. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 50Fi109.

Titivillus à tous les coins de rues


septembre 2021

Connaissez-vous Titivillus ? Il ne s'agit pas du gentil titi de la ville d'à côté, mais d'un démon ! Rien que ça ! Le démon des copistes, éprouvant un malin plaisir à susurrer à l'oreille de ses victimes… Il est le véritable responsable de toutes les « fautes d'étourderie » présentes dans les écrits. Bref, un démon qui ne chôme pas par les temps qui courent !

Des preuves ? Il en existe à tous les coins de rues. Par exemple, la rue du Canard pourrait tirer son nom de Michel Cognard, conseiller au sénéchal et potentiel propriétaire en ce lieu vers 15801. Titivillus a fait le reste ! La rue du Canard n'est pas la seule à avoir souffert de ses facéties. La rue du Chant-du-Merle s'appelait, au 18e siècle, la rue du Champ-de-Merle. Elle traversait, comme son nom l'indique, la propriété d'un certain M. Merle. Ce n'est que vers 1860 que le nom prend sa forme actuelle2. A moins que M. Merle siffle aussi bien que son homonyme ailé, ce n'est pas la même chanson !

Depuis plusieurs décennies, les dénominations des voies font l'objet d'une délibération du conseil municipal. Un bon moyen de fixer un nom une bonne fois pour toute ! Enfin, ceci sans compter sur Titivillus... Par exemple, si vous vous penchez sur la généalogie de la rue Jean-Pierre-Blanchard, vous constaterez qu'elle se nomme ainsi depuis 1995 et qu'auparavant – depuis 1936 – il s'agissait de la rue François-Blanchard. François aurait-il un frère, un cousin ou un fils dont la notoriété l'aurait détrôné de sa plaque ? Eh non ! Titivillus avait encore frappé ! Et près de 60 ans après l'attribution de la dénomination, l'erreur de prénom a été corrigée3.

Enfin, il faut reconnaître que Titivillus a parfois bon dos… De l'étourderie à l'escroquerie, il n'y a parfois qu'un pas ! Les escrocs et falsificateurs en tout genre se feront sonner les cloches (enfin, si elles sont accessibles…) et, une fois gravé dans le marbre, leur nom passera à la postérité, avec ou sans coquille.

1. Pierre Salies, Dictionnaire des rues de Toulouse, voies publiques, quartiers, lieux-dits, enseignes, organisation urbaine, Toulouse : Milan, 1989, 1174 p. (2 vol.).
2. Jean Coppolani, Fichier des noms de rues, alimenté jusqu’au début des années 2000.
3. Jean Coppolani, Fichier des noms de rues, alimenté jusqu’au début des années 2000.

ZOOM SUR


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Portrait d'un homme à la moustache et aux favoris dont le visage a été retouché. 1864-1865. Eugène Burgard – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi10484 (détail).

Retouche


septembre 2021
Transformer, lisser, rehausser, corriger des imperfections pour répondre à une attente non atteinte au premier chef : force est de constater que la retouche photographique, qui ne date pas de Photoshop, est bien visible dans nos fonds iconographiques. Sans surprise, les portraits sont les principales victimes des pinceaux rectifieurs. Il s'agit d'améliorer la représentation des personnes, voire de la ville, puisque nous avons une vue de Toulouse dans le lot. Sur ces deux tirages, on note la volonté de pallier les imperfections dues au matériel employé. Les contours du visage de l'homme sont soulignés, tout comme ceux des bâtiments. D'ailleurs, c'est revendiqué haut et fort, en cette seconde moitié du 19e siècle, le photographe est aussi peintre et « auteur de l'éclairage et de la retouche en photographie » (verso, vue n° 2). Pas étonnant, donc, de voir des miniatures franchement peinturlurées ! Sommes-nous ici en présence d'un essai, d'un pastiche, d'une démonstration, ou simplement du résultat de l'évolution de deux matériaux différents, l'émulsion photographique et les pigments de retouche ?
Autres supports, autres techniques, autres effets. On retouche le papier, certes, mais également le négatif. D'ailleurs, on retouche ce dernier d'abord. Cela permet de corriger une bonne fois pour toutes, notamment les visages. Regardez-moi ce grain de peau ! N'est-il pas digne d'une publicité pour crèmes rajeunissantes ou pour cosmétiques magiques ?
Terminons ce billet en revenant à nos préoccupations archivistiques. Tout élément ajouté à un document, quel qu'il soit mais particulièrement iconographique, est une altération et présente le risque d'évoluer différemment de son support. C'est une des raisons pour lesquelles les restaurations doivent être réversibles. Aujourd'hui, elles sont réalisées à l'aquarelle mais les photographies que nous conservons ont la plupart du temps été retouchées par leurs producteurs dans un souci de durabilité, avec des pigments, des encres, du gris film etc.

DANS LES FONDS DE


"Le mari heureux", gravure de Noach van der Meer le jeune, d'après un dessin de Jacobus Buys, entre 1778 et 1785. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° RP-P-1907-4665.

Les enfants déchus de Titivillus


septembre 2021

Certes, on ne connaît pas leur(s) mère(s), mais leur paternité ne fait point débat : ils sont autant de rejetons de Titivillus. Mais, tels des anges déchus, ces enfants de notre démon facétieux ont suivi une voie légèrement différente. Au lieu de susurrer des paroles qui induisent le copiste, le scribe ou le greffier en erreur, ils ont choisi de tenir eux-mêmes la plume et de créer sciemment ces erreurs – afin d'en tirer un substantiel profit, c'est entendu.
Qu'ils s'appellent Allaux, Bors, Cabos Chamillard, Crébassa, Danjoy ou encore l'envoûtante Charlou (et pour la bonne mesure, il nous faut agréger à la bande l'éclectique et talentueux cartographe-graveur Marqué, bien que sa palette dépasse ce simple registre et s'étende à de multiples autres arts dans le fait de voler, escroquer, duper), ces enfants ont hérité de leur père d'un goût prononcé pour l'espièglerie et se sont donc naturellement orientés vers l'escroquerie, plus précisément les faux en écriture.
Leur inclination naturelle les pousse à imiter à la perfection les lettres de change ou les billets à ordre prétendument cautionnés par de gros établissement parisiens, lyonnais, rouennais, genevois, pour ensuite les présenter tantôt à Toulouse, tantôt à Bordeaux, afin d'encaisser des sommes colossales ou d'engranger des marchandises. Bien entendu, ils ne répugnent pas à aller duper les négociants de Bayonne, Agen, Gaillac, Albi, Villefranche de Rouergue ; certains poussent jusqu'au Puy, ou encore à Sète.
En ces décennies 1770 et 1780, on les appelle chevaliers d'industrie, quelquefois escrocs (le mot commence à peine à se faire une place), le plus souvent affronteurs publics ou filous. Les nôtres opèrent sur une ligne allant de Bordeaux à Montpellier.
En 1780, le procureur du roi Charles Lagane, explique que ce type de crimes est « des plus graves comm'il est devenu très commun dans le royaume et, par conséquent, mérite d'être poursuivi à la dernière rigueur »1. Il n'a pas tort, car ces bandes connaissent parfaitement les rouages des circuits commerciaux et des échanges monétaires dématérialisés entre gros négociants, et leur passion dévorante pour l'or aurait tôt fait de mettre à genou les plus solides maisons.

D'autant plus qu'ils sont diablement bien organisés : dans leurs poches, portefeuilles ou portemanteaux, on y trouve des collections de signatures, sagement alignées, prêtes à servir ; des papiers aux format des lettres de change, prêts à être noircis. Cabos a même un attirail composé de « pleuzieurs compas et autres petits outils »2 qui lui permettent de mieux contrefaire les signatures. Cette passion de l'écriture et du faux leur est tellement chevillée au corps qu'Allaux ne trouve rien de mieux en prison que d'améliorer son ordinaire en se procurant un petit travail ; naturellement, on lui fait rédiger des actes de... justice pour le corps de la Bourse des marchands, rien que ça !
Comment identifier de tels escrocs ? Cela relève presque de l'impossible, tant ils savent changer d'apparence et de nom. À Toulouse, un marchand se laisse subjuguer par le côté angélique de l'un d'eux, qu'il trouve « d'une politesse et d'une honêteté sans égale », ce qui lui laisse à penser « que c'étoit un homme de distinction »3 ; alors qu'à Gaillac, un de ses confrères est plus frappé par le côté démon de « deux messieurs, l'un d'assès mauvaise mine, et l'autre moins désagréable »4.
Mais, à trop tirer sur la corde (ou le diable par la queue), on peut finir par s'y balancer sans grâce. Mais, ne nous faisons pas d'illusion, les Allaux, Bors et autres seront vite remplacés par de nouveaux venus, et le chroniqueur toulousain Pierre Barthès, tel l'archange de l'Apocalypse, écrivait en 1768 que « la ville [...] n'en sera purgée qu'au dernier jour de sa destruction, tant cette vermine pullule, trouvant toujours de dupes qui se laissent prendre au filet »5.

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1 FF 824/9, procédure # 170 – supplément, du 18 octobre 1780.
2 FF 819/1, procédure # 009, du 16 janvier 1775. Ajoutons à cela que l'on trouvera encore dans ses tiroirs du papier transparent...
3 FF 824/1, procédure # 001, du 4 janvier 1780;
4 FF 820 (en cours de classement) procédure du 17 février 1776.
5 Bibliothèque municipale de Toulouse, fonds patrimonial, Ms. 704, p. 95.

 

LES COULISSES


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De Re diplomatica libri VI, in quibus quidquid ad veterum instrumentorum antiquitatem, materiam, scripturam et stilum ; quidquid ad sigilla, monogrammata, subscriptiones ac notas chronoligicas ; (...). Accedunt commentarius de antiquis regum Francorum palatiis ; veterum scripturarum varia specimina, tabulis LX comprehensa ; nova ducentorum, et amplius, monumentorum collectio, opera et studio domni Johannis Mabillon,... sumtibus L. Billaine (Lutetiae Parisiorum), In-fol., XIX-664 p. - Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, V-5291.

De re diplomatica


septembre 2021

Depuis le Moyen Âge, des faux documents circulent au sein des lieux de pouvoirs. Ce sont soit des documents falsifiés, soit des documents créés de toute pièce. Ces derniers sont appelés forgeries, car leur vocation est de délibérément tromper le lecteur en modifiant, voire en créant un événement. L'historien Laurent Morelle estime que les deux tiers des actes des rois mérovingiens sont faux ou falsifiés. Au cours de l'histoire, de nombreux faux documents sont devenus célèbres : les fausses lettres de Marie-Antoinette dans l'affaire du collier de la Reine ; les photographies falsifiées en URSS ; les faux carnets d'Hitler par exemple. Si ces faux documents sont conservés, c'est parce qu'ils témoignent d'intentions de la part de leurs auteurs, et sont donc une source inestimable pour les historiens.
Au 17e siècle, la préoccupation de reconnaître les faux a donné naissance à une discipline permettant de critiquer les documents et de déterminer leur statut de vrai ou de faux.
Daniel van Papenbroeck, un jésuite hollandais, compare des sources littéraires avec les actes des rois mérovingiens et carolingiens pour vérifier des faits. Il déclare alors que des diplômes mérovingiens sont des faux et déclenche une polémique. Jean Mabillon, un moine bénédictin, est chargé par Colbert (ministre de Louis XIV et contrôleur des Finances) d'éclaircir cette affaire. Pour ce faire, il met sur pied une méthode d'analyse critique des documents. Il réunit le document déclaré comme faux ainsi qu'une collection de plus de 200 actes dont il va se servir comme outil de comparaison, s'intéressant aussi bien à la forme des documents qu'à leur contenu. Il définit ensuite un vocabulaire pour la description et la critique de son corpus. Le résultat de son étude est publié dans un traité : De re diplomatica (1681). La diplomatique est née.
La méthode de Mabillon consiste à analyser les caractères externes des actes : (matière du support, encre, forme de l'écriture, mise en page, ornementation des documents), ainsi que leurs caractères internes : les éléments d'identification (par exemple la suscription, soit l'identification de l'auteur ; la date du document), le corps de l'acte et ses clauses. Son analyse s'étend également aux mentions hors teneur : ce sont tous les éléments reportés sur l'acte qui vont donner des informations sur sa production, sa transmission et sa réception.

Arme contre le démon Titivillus, la diplomatique est une démarche qui permet d'analyser méthodiquement un document pour en déterminer la véracité. Elle est encore utilisée aujourd'hui, d'autant plus que le monde numérique est enclin à produire des faux.

DANS MA RUE


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"Plan d'une partie de l'église de Croix-Daurade et d'un escalier projetté pour monter au clocher, & élévation du banc de MM. les capitouls", plan aquarellé joint au "Devis d'un escalier à construire ; d'une cloche à refondre ; & d'un banc pour MM. Les capitouls à faire, à l'église de Croix-Daurade". 14 mars 1783, dressé et signé par J.-P. Virebent, ingénieur de la Ville. Ville de Toulouse, Archives municipales, DD325/1.

« Architectes : Tous imbéciles. Oublient toujours l'escalier des maisons »


septembre 2021

C'est ainsi que Flaubert en donne la définition dans son Dictionnaire des idées reçues (paru à titre posthume en 1913). Aussi incongru que cela paraisse, elle pourrait trouver son illustration lors de la construction de l'église de Croix-Daurade à la fin du 18e siècle. L'œil avisé et espiègle de l'archiviste a mis entre nos mains les plans et devis pour « la construction d'un escalier qu'on avois omis de faire pour monter au clocher de l'église de Croix-Daurade » dressés en 1780 par l'ingénieur et architecte de la ville Étienne Carcenac1. L'église de Croix-Daurade vient pourtant tout juste d'être édifiée, en même temps que celles de Saint-Simon et de Lalande, pour desservir des paroisses nouvellement créées dans des territoires en pleine expansion. L'église de Croix-Daurade, années 1900. Phot. Pierre Laffont, fonds Chamayou. Ville de Toulouse, Archives municipales, 18Fi110.C'est l'architecte de la ville précédent, Philippe Hardy, qui avait établi un premier devis en 1774 d'un montant de 26 000 livres, comprenant la construction de l'église, du presbytère et du cimetière2. Le devis est ensuite revu à la baisse, ne devant pas dépasser 17 116 livres : la chapelle des fonts baptismaux est remplacée par une simple absidiole, la seconde chapelle est quant à elle supprimée, de même que l'escalier d'accès au clocher3. Aussi, lorsque la corde des cloches rompt, le carillonneur est obligé de monter sur une échelle placée sur le toit du presbytère (à ce moment là contigu à l'église) pour sonner les cloches, ce qui, à force, abîme le toit4, sans compter le risque de se tordre le cou. Carcenac meurt peu après avoir dressé son devis, et c'est Jacques-Pascal Virebent, nommé au poste de directeur des travaux publics de la ville, qui prend la suite de l'affaire, et fait construire un escalier accolé au flanc gauche de l'église. Où l'on voit où mènent les restrictions budgétaires... 

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1 AMT, DD325, devis et plan daté du 12 septembre 1780, dressés par l'architecte et ingénieur de la ville Carcenac.
2 AMT, DD325, devis du 16 janvier 1774 dressé par Philippe Hardy, ingénieur et directeur des travaux publics de la ville de Toulouse. 
3 AMT, DD325, devis daté du 6 mai 1775 dressé par Philippe Hardy, ingénieur et directeur des travaux publics de la ville de Toulouse. 
4 AMT, BB59, f°2 : délibération du 11 février 1782.

SOUS LES PAVÉS


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Inscription latine de la place du Pont-Neuf commémorant l'entrée de Louis XIV à Toulouse en 1659, photographie Marc Comelongue, Service de l'Inventaire Patrimonial et de l'Archéologie de Toulouse Métropole.

Dans marbre gravure, coquille qui dure


septembre 2021
Les archéologues toulousains rencontrent quelquefois de vraies coquilles Saint-Jacques dans des sépultures médiévales, comme lors des fouilles de la place Saint-Etienne en 1988. Elles indiquent que l'inhumé avait effectué au moins une fois le pèlerinage à Compostelle lors de son existence.
Mais le thème de cette newsletter concerne plutôt les coquilles littéraires. La plus courante en archéologie est incontestablement le lapsus « mis à jour », utilisé pour l'expression « mis au jour », que nous avons tous vu au moins une fois. Un artefact ancien n'est pas, en effet, un programme informatique.
Et quand une coquille est inscrite dans le marbre, elle est difficile à corriger. A Toulouse, sur les façades méridionales de la place du Pont-Neuf, on trouve une inscription latine sur marbre noir commémorant l'entrée de Louis XIV dans la ville en 1659. En l'examinant attentivement, on perçoit un espacement des deux derniers chiffres de la date : « MDCL_IX ». En effet, le graveur avait tout d'abord sculpté par erreur la date de 1660 : « MDCLX ». Pour effacer sa bévue, il reboucha le « X » avec du mastic et corrigea par « IX » en se décalant légèrement pour retrouver une surface saine. Mais au cours du temps le mastic de rebouchage finit par tomber tandis que le chiffre « I » s'estompait. C'est ainsi qu'en 1922, d'après le témoignage de Jules Chalande, on pouvait lire « MDCLX_X », c'est-à-dire 1670 ! Heureusement, la bonne date a été depuis lors restaurée.
Au-dessus de ce texte latin, on voit une autre plaque de marbre portant sa traduction française. Posée en 1906, elle comportait aussi à l'origine, le croirez-vous, une erreur de date qui a été corrigée par la suite : 1660 au lieu de 1659 ! 

EN LIGNE


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La Belle Paule, peinte par Henri Rachou en 1892. Hôtel de ville dit Capitole : salle des illustres, 2016. Photographie couleur numérique, 4912 × 7360 px. Stéphanie Renard - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 4Num9/6 (détail).

La Belle Paule et la Belle Poule


septembre 2021

Ou comment trouver le lien entre une maternité toulousaine et une goélette brestoise...

Ce qui, au premier abord, ne semble pas évident, je vous l'accorde.
Ni mission commune : rien de plus éloigné en effet que la mise au monde des enfants et la pêche à la morue paimpolaise ; ni construction commune : l'architecte Pierre Riboulet (né en 1928) n'avait pas quatre ans au moment de la mise à l'eau par les Chantiers navals de Normandie à Fécamp du glorieux bâtiment-école de la Marine nationale ; il était donc encore très loin de songer au futur hôpital de la mère et de l'enfant du CHU de Purpan, qu'il achèverait en 2001.

Alors ? La « faute » en revient à la belle Paule de Viguier.

C'est François 1er, en visite à Toulouse en 1533, qui, après avoir reçu les clefs de la ville de ses mains et charmé par sa grâce, donna à la jeune fille le nom de « la Belle Paule » (en occitan Bella Paula, prononcé Bella Paoula). D'ailleurs, sa beauté impressionna tant les Toulousains qu'ils obtinrent des Capitouls qu'elle se montre à sa fenêtre deux fois par semaine. Une scène que le peintre Henri Rachou immortalisa en 1892 dans la Salle des Illustres du Capitole…

La goélette ''Belle-Poule'' de la Marine nationale française. 2006. Photographie couleur numérique, 480 × 324 px, de Ludovic Peron, CC BY-SA 2.5 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5>, via Wikimedia Commons.
Il faut dire que la dame faisait tant rêver qu'un corsaire bordelais désireux d'emporter son
image sur les flots, lui dédia son navire quelques dizaines d'années plus tard. Et il fit des émules : le nom de la Belle Paule, devenue la Belle Poule, fut ainsi repris et successivement donné à trois frégates (dont la dernière rapporta de Sainte-Hélène les cendres de Napoléon 1er), et à la goélette que l'on connaît aujourd'hui. Sacrée postérité !
 
Quand au lien que l'on évoquait précédemment, la vie nous offre parfois de drôles de surprises : mes enfants sont en effet nés dans cette maternité, près de cinquante ans après que leur grand-père ait navigué sur la fameuse goélette… Jolie coïncidence.