Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

VU / VUE


novembre 2022

DANS LES ARCANES DE


Portrait d’un homme devant la télévision, 2 mars 1979, négatif N&B, 3,6 x 2,4 cm. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Finc.

Vu à la TV


novembre 2022
Vous souvenez-vous de ce macaron qui fleurissait dans les journaux et les publicités, il y a quelques décennies, et qui donnait censément une crédibilité à la pierre du Kampuchea, qui vous apportait bonheur et prospérité, ou au hachoir Kut, qui coupait aussi bien vos légumes que votre pelouse ? La tendance s’est largement retournée et, à l’ère de la crédulité supposée, a succédé celle de la méfiance généralisée. Peut-être pourrait-on créer un nouveau label pour rétablir la confiance ? Ce serait « Vu sur le site des Archives de Toulouse » et Dieu sait qu’il y a beaucoup à voir. Pas besoin d’être geek, ou même archiviste, pour y accéder grâce à la nouvelle interface de consultation des documents iconographiques qui met à disposition plus de 120.000 images numérisées.
Submergé par ce flot de photographies, plans et autres estampes, vous pourriez être pris d’une ivresse qui n’aurait rien d’éthylique. A ce sujet, des études ont montré que la consommation d’alcool chez les femmes avait régulièrement augmenté ces derniers temps pour se mettre au niveau de celle des hommes. Mais cela ne date pas d’hier et l’ivrognerie est loin d’être un hobby strictement masculin, au regard des procédures criminelles des Capitouls. En revanche, si vous voyez flou à jeun, c’est que vous avez sûrement besoin de consulter un bon ophtalmologiste, profession millénaire, en témoigne un cachet d’oculiste de l’époque romaine. Quant à moi, je peux témoigner qu’un rendez-vous chez l’un de ces praticiens peut souvent vous renvoyer aux calendes grecques.
Notons au passage que le terme calende, qui a donné par la suite le mot calendrier, fait référence au premier jour du cycle lunaire. Car l’observation des étoiles fait partie, avec la soulographie, des occupations favorites des humains depuis la nuit des temps. Preuves en sont les différents observatoires bâtis à Toulouse et au Pic du Midi depuis le 18e siècle. L’important étant, pour que la vue soit la meilleure possible, de bien choisir le site. De même, si vous souhaitez construire un hôtel, autant le faire à proximité du chemin de fer ou de canaux, tel l’hôtel Victoria installé près de la gare Matabiau et de l’écluse Bayard sur le canal du Midi. En revanche, voyageurs, ayez la plus grande méfiance des motels un peu isolés, surtout si le gérant se promène la nuit attifé comme sa génitrice, un couteau à la main. Il y a des chances que ce ne soit pas pour émincer des oignons…

ZOOM SUR


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Observatoire du Pic du Midi de Bigorre, 1880-1908, négatif N&B, 12 x 17 cm. Émile Cartailhac – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 92fi76.

Vue des étoiles


novembre 2022

Pour aujourd’hui, vos lunettes et jumelles ne suffiront pas, je vous conseille de vous équiper d’une longue-vue, ou même d’un télescope, et vous invite à plonger la tête dans les étoiles, et dans une brève histoire de l’astronomie. De tout temps, et même à Toulouse, le ciel et ses mystères ont toujours fasciné les foules. Après des prémices au cours du 17e siècle, inspirées des mouvances et avancées scientifiques de l’époque, c’est au 18e siècle, où Toulouse, acquiert un début de renommée dans ce domaine. Le tout premier observatoire s’installe dans une tour des remparts de la ville, mais rapidement jugé peu adapté, plusieurs scientifiques de l’élite toulousaine décident d’aménager leur propre espace dédié à l’étude des astres. Parmi eux, la personnalité de François Garipuy se démarque tout particulièrement, il installe son observatoire, au rez-de-chaussée, puis au tout dernier étage de sa demeure, située au 16 rue des fleurs, en plein cœur du quartier Saint-Étienne et à deux pas du Palais de Justice.

Presque un siècle d’observations et de découvertes a passé, avant la conception de l'actuel Observatoire de Jolimont. A partir de 1839, il fallait gravir la longue rue du 10 avril, pour atteindre un des points culminants de la ville, la butte de Calvinet, depuis lequel on construisit ce tout nouveau site dédié à l’astronomie. En ces lieux, c’est toute une histoire des sciences, mais aussi d’hommes et de femmes, pour certains devenus célèbres, tel que Benjamin Baillaud, d’autres anonymes, mais œuvrant avec passion en tant que techniciens, calculatrices, ou auxiliaires, à l’étude des phénomènes célestes. C’est depuis ces coupoles, à l’époque isolées de toutes nuisances lumineuses, qu’ils usaient d’instruments pointus, ou bien mystérieux (tout dépend du point de vue), afin de scruter de plus en plus près, ce qui nous paraît encore et toujours si inatteignable.

De nos jours, les études astrales ne sont plus réalisées au sein de cet établissement. Il nous faut maintenant côtoyer des sommets, certes pas au point d’atteindre les étoiles, mais c’est bien depuis le Pic du Midi, à 2 877 m d’altitude, qu’une partie des travaux de l’observatoire astronomique de Midi-Pyrénées est menée. Sur cette photographie, issue du fonds du préhistorien Émile Cartailhac, il nous donne à voir le site à l’aube de ses premières années. On distingue à l’image, les bâtiments nouvellement conçus, depuis 1880, portant tous deux le nom des fondateurs : Charles du Bois de Nansouty et Célestin-Xavier Vaussenat. On remarque aussi l’absence de la coupole Baillaud, construite quelques années après, au tout début du XXe siècle, en 1908. Apparaît aussi sur ce cliché, un photographe, sur le point d’immortaliser ce moment historique, ou bien de capter l’admirable point de vue dont il est aussi spectateur.

DANS LES FONDS DE


« Na het feest » [après la fête], dessin à la craie noire avec rehauts de blanc. Jac van Looij, vers 1890. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° RP-T-2009-6. (détail).

Tu t’es vue quand t’as bu


novembre 2022

En détournant imperceptiblement la graphie de ce slogan datant du milieu des années 90, nous allons traiter de l’ivresse, et vous l’aurez compris, au féminin uniquement. Pourquoi au féminin ? Tout simplement parce que les études de genre qui fleurissent depuis quelques années portent les femmes au devant de la scène, au risque de basculer parfois dans une idéalisation. Or il apparait que l’alcoolisme et les femmes est un thème qui peine à être abordé par les historiens, peut-être parce qu’il irait à contre-courant de cette tendance.

Levons-donc un tabou (nous ne sommes certainement pas les premiers), celui des femmes et du vin, et allons à la rencontre des ivrognesses toulousaines du 18e siècle. Les débusquer n’est pas toujours aisé car on ne les trouve que rarement dans les cabarets, bouchons, tavernes et autres lieux de perdition, certainement parce qu’elles boivent plus volontiers chez elles. Mais c’est dans la rue, à l’occasion de crêpages de chignons, que les mots des unes et des autres se font l’écho et le révélateur des effets de la boisson. Au port Garaud, si les femmes attendent les bateaux et radeaux, c’est avant tout pour décharger, soulever, porter et charrier tout ce qui est convoyé sur le fleuve. Ces fortes femmes ne crachent pas sur le vin et, lorsque les vapeurs les gagnent, elles se traitent allègrement « d’ivrognes » entre elles1

En 1755, Françoise et Marianne ont maille à partie contre la nommée Carcy, elles en profitent pour glisser là que si celle-là marche toujours en s’appuyant sur un bâton c’est précisément parce qu’elle est toujours ivre2
En 1766, l’épouse Lasserre intervient dans une querelle entre son mari et Barthélemie Martin. Elle tente d’abord d’apaiser son tendre, par « Lesse cette g[u]euze et cette ivroggne », avant de se tourner elle-même vers l’adversaire et de lui assener « Va-t-an au caffé, tu manges les bécasses au chevet de ton lit ! »3 
En 1771, rien ne va plus entre Françoise et Perrette4, et on ne mâche pas ses mots : « Bonsoir f… yvrogne, f… gueuse, f… gueuzarde ! » « Ouy, c'est à toy que je parle, […] coquine qu'on lève chaque jour yvrogne dans ta boutique. Je veux f… gueuze te mettre la broche dans le ventre ou te tirer un coup de pistolet ».
En 1778, des gens du quartier affirment que le cuisinier Pierre Olivier est « un homme très doux, très poly et très honête, complaisant pour sa femme, au point que lorsqu'elle étoit hyvre – ce qui lui arrive journellement, il la promenoit sous le bras jusques ce que les vapeurs fussent passées »5 . D’ailleurs, lorsqu’on lui demande s’il maltraite sa femme, cet homme répond ingénument « qu'il l'a batue trois ou quatre fois depuis trente-deux ans qu'il est marié, et cela parce que que sa femme est un[e] yvrogne ; fait dont il offre la preuve par tout le voisinage ».

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1- voir par exemple le FF 766/2, procédure # 083, du 26 novembre 1722 – on notera l’utilisation du mot au masculin, mais peut-être est-ce là une intervention intempestive du greffier
2- FF 799/6, procédure # 163 et # 164, toutes deux du 16 août 1755
3- FF 810/1, procédure # 009, du 16 janvier 1766
4- FF 815/3, procédure # 037, du 28 février 1771
5- FF 822/3, procédure # 055, du 7 avril 1778

LES COULISSES


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Inauguration de la Foire exposition, stand de la mairie, avril 1989. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 15Fi4742.

Entrevue avec un geek...


novembre 2022

…Commence le cérémonial des présentations jusqu’à ce qu’il me demande la nature de mon métier, question à laquelle je réponds un timide « archiviste », rentrant un peu la tête dans les épaules par réflexe, attendant une réaction peu obligeante malheureusement trop habituelle, à cause d’une ignorance indéfectible et presque volontaire de ce métier.
« Woah ! », qu’il fait.
Étonnée, je répète un peu plus fort : « archi-viste… ».
Il poursuit : « Archiviste ! Le gardien de la mémoire ! ».
Je rougis, mais parviens à rester digne. « Euh oui voilà ».
Enfin un autre point de vue sur le métier d’archiviste, qui fait beaucoup de bien à entendre.

En creusant un peu, je me rends compte effectivement que l’archiviste est plutôt bien représenté dans le milieu des geeks. Alors qu’on trouve rarement le terme « archiviste » dans les listes des métiers les plus communs sur internet, il constitue une classe à part entière dans les jeux célèbres d’heroic fantasy, à commencer par Donjons et Dragons qui place les Archivistes dans la catégorie des Magiciens. Et en effet, ils peuvent jeter des sorts puissants qu’ils ont collectés dans des parchemins magiques et leur discipline mentale les rend également eux-mêmes résistant à la plupart des sorts. Grâce à leur savoir encyclopédique, ils connaissent les faiblesses de leurs adversaires qu’ils n’ont aucune crainte à combattre.

Ma découverte préférée reste la BD d’Ugo Bienvenu, Préférence Système, dont l’histoire se passe dans un futur très proche, au moment où la seule solution pour faire face au débordement des archives est de détruire ; de manière drastique et systématique. Les deux héros sont un archiviste (sans pouvoir magique cette fois) qui sauve en cachette des documents qu’il considère essentiels pour l’humanité, et un robot qui mémorise les documents sauvés et les enseigne plus tard à une petite fille (l’enfant de l’archiviste) qu’il a portée lui-même dans son ventre. Nous avons donc affaire ici à un archiviste héros d’une BD de science-fiction, dont le véritable sujet est la mission de transmission…

Pour préserver cette image si fraîche de notre métier, voire héroïque pour les meilleurs d’entre nous, voici une lettre depuis nos Arcanes à nous pour vous dire : geeks, merci.

Voir aussi le blog « Archives et culture pop » (https://archivespop.wordpress.com/).

DANS MA RUE


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Ensemble depuis le pont enjambant le canal du Midi. Phot. Friquart Louise-Emmanuelle (c) Toulouse Métropole (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire,  général Région Occitanie, 2022, 20223101301NUCA.

Chambres avec vue


novembre 2022

Contrairement à ce que pourrait laisser supposer le titre, nous ne sommes pas à Florence dans une chambre avec vue sur l’Arno, mais à Toulouse à l’hôtel, anciennement appelé Victoria, dont les chambres ouvraient sur les frondaisons des platanes longeant le canal du Midi. Cet édifice a été bâti à l’angle de la rue Bayard et du boulevard Bonrepos face à la gare. En effet, l’arrivée du chemin de fer a entraîné le réaménagement du quartier selon le plan dressé par l’ingénieur de la ville Guibal ainsi que la création du pont Bayard sur le canal du Midi permettant une liaison directe vers le centre-ville.

 
Elévation sur le boulevard Bonrepos, détail du bow-window. Phot. Friquart Louise-Emmanuelle (c) Toulouse Métropole (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire,  général Région Occitanie, 2022, 20223101304NUCA.

De même, c’est cet aménagement qui est à l’origine de la construction de nombreux hôtels de voyageurs à proximité, dont celui édifié en 1913 sur les plans de l’architecte toulousain Jules Calbairac. 

Cet édifice possède deux façades bicolores où la pierre très présente vient animer la brique rouge. L’angle arrondi, à trois travées, est mis en valeur par des colonnes et pilastres en rez-de-chaussée, un entresol en pierre et des éléments de décor (balcon sur consoles sculptées, agrafes en pierre, ferronnerie, table encadrée par des ailerons). Les élévations, de part et d’autre se distinguent par la présence d’un bow-window en pierre reliant les 1er et 2e étages.
Le style architectural de cet édifice est un style de transition où l’éclectisme est toujours présent avec ses colonnes, chapiteaux, consoles à guirlandes, ses garde-corps aux influences variées (néo-18e et art nouveau). Toutefois, il laisse poindre une certaine modernité dans les formes plus rectilignes des encadrements des baies ou la simplification de certains éléments du décor, ainsi que dans le jeu de la pierre et de la brique.

SOUS LES PAVÉS


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Cachet d’oculiste en stéatite à quatre inscriptions découvert dans le Tarn-et-Garonne, d’après sa publication par Emile Espérandieu en 1904.

Vue et cachet


novembre 2022
Les archéologues développent souvent un sixième sens qui leur permet de comprendre le monde en grattant avec une truelle. Mais la vue leur est aussi d’une aide précieuse sans qu’ils soient d’ailleurs tous égaux sur ce sujet. Quand deux chercheurs fouillent la même couche de la fin de l’Antiquité, on remarque souvent que l’un va retrouver plus facilement les minuscules monnaies en bronze de cette période. La vue peut être aussi sélective. En prospectant un champ labouré, l’un repérera plutôt les tessons de poteries tandis que l’autre ne verra que les outils préhistoriques en pierre taillée ou polie.
Les artefacts liés à la vue ne sont pas si communs. En attendant la découverte d’un œil de verre ou d’une paire de lunettes anciens, ce sont surtout les cachets d’oculistes antiques qui ont intéressé les archéologues. Petits objets en pierre, ils portent sur leurs tranches des inscriptions latines gravées permettant d’estampiller un remède, souvent un collyre, dont la consistance était assez plastique pour cela. On pouvait ainsi y lire le type d’affection qui était soignée, souvent le patronyme du médecin prescripteur et quelquefois le nom même de la substance. Il semble que l’on n’en ait découvert encore aucun à Toulouse et le seul répertorié dans notre région, dont nous présentons l’illustration, a été trouvé dans le Tarn-et-Garonne. Par contre un collectionneur toulousain, Théodore de Sévin, possédait au XIX e siècle un objet encore plus rare, mais malheureusement d’origine inconnue : une petite ampoule en plomb en forme d’amphore portant l’inscription « Ex officina Lucii Octavii ad caliginem », que l’on peut traduire « De l’officine de Lucius Octavius pour guérir les obscurcissements de la vue ».

EN LIGNE


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Copie d’écran de la base de données en ligne des Archives de Toulouse. Mairie de Toulouse, Archives municipales, non coté.

En avoir plein la vue


novembre 2022
Comme vous le savez sûrement, les Archives de Toulouse conservent un grand nombre d’images, de différents types, formats, techniques ou supports. Près de 127 500 sont décrites dans notre base de données, près de 123 000 sont numérisées et disponibles en ligne. Joli score, n’est-ce pas ? Mais les chiffres ne font pas tout ; et peu importe que vous ayez de belles images à proposer, si personne ne sait où les regarder.
C’est là que notre rubrique prend toute sa place, en vous invitant à découvrir notre nouvelle page consacrée aux images numérisées ! Suivez le guide…

Vous recherchez une image en particulier ?
   Utilisez la barre de recherche spécialement dédiée à cet effet.
Vous ne savez pas par où commencer et/ou vous préférez vous laisser guider ?
   Piochez dans les réservoirs d’images mis à votre disposition.
Vous vous intéressez à la photographie et réutilisez des images libres de droits ?
   Venez explorer les fonds de photographes appartenant au domaine public
   ou qui ont autorisé la réutilisation de leurs œuvres.
Vous vous intéressez à l’histoire de Toulouse et appréciez les plans anciens ?
   Découvrez-en quelques-uns grâce à notre frise chronologique.

Et si après tout ça, vous n’en avez toujours pas plein la vue, il ne me restera plus qu’à changer de métier…
Bonne consultation !