L'image du moi(s)
Chaque mois, petit billet d'humeur et d'humour à partir d'images conservées aux Archives. Forcément décalé !
Loin de moi l’idée d’être le rabat-joie de service à vous culpabiliser des cadeaux que vous allez faire et recevoir lors des fêtes de fin d’année. Mais il faut reconnaître que le mouvement de « déconsommation » n’est pas dénué de fondement au vu des perspectives écologiques qui nous sont annoncées. Faut-il pour autant s’interdire d’offrir des présents à cette période de l’année ? Et comment expliquer cela à des enfants ? Certes, on peut évoquer les noëls frugaux de Grand-papa où une orange ravissait un bambin. C’est possible, car j’ai le souvenir d’un copain allemand qui recevait systématiquement des chaussettes à cette occasion, sans pour autant être déçu.
En revanche, je connais un autre Germain qui dû être sacrément désappointé : François Ier d’Autriche, et son compère le tsar Alexandre Ier, qui furent défaits par notre Napoléon national à Austerlitz le 2 décembre 1805. Malgré toutes les controverses qui entourent encore l’empereur français, jamais son génie militaire n’a été remis en cause. Ses adversaires le savaient, il ne faisait pas de cadeau sur les champs de bataille, et ils sont d’ailleurs devenus, avec le temps, ses plus grands zélateurs.
A tel point que vient de sortir sur nos écrans un nouveau biopic consacré à l’ascension du caporal Bonaparte, réalisé par… un Anglais. On y célèbre le destin hors-norme du natif d’Ajaccio et son infatigable énergie. La petite histoire raconte que sa propension à débiter son prénom « Napoleone » à toute vitesse mêlée à son accent corse l’avait fait surnommer « La paille au nez » par les autres élèves de l’Ecole Militaire. Des mauvais esprits ont pu y voir une référence à l’absorption nasale de substance stimulante expliquant l’inépuisable dynamisme du futur empereur. Comme quoi, ce n’est pas toujours un cadeau d’être une légende.
Il fut un temps où l’histoire des personnages édifiants - que nous célébrons à la Toussaint - était à son sommet de popularité à l’instar, par exemple, des superhéros actuels. Ainsi n’importe quel bambin pouvait vous instruire sur le passage au grill, littéral, de saint Laurent par fidélité à son ami et pape Sixte II martyrisé par les Romains, au même titre qu’aujourd’hui il peut vous expliquer comment Peter Parker, piqué par une araignée radioactive, a développé des capacités extraordinaires qui ont fait de lui Spiderman.
A bien y réfléchir, on trouve pas mal de points communs entre ces deux catégories héroïques. Les saints et les superhéros sont des hommes ou des femmes qui ont des superpouvoirs, qui sont quasiment immortels, qui parfois se disputent et qui surtout ont fait couler beaucoup d’encre et de peinture, sans oublier la profusion de sculptures à leur effigie. D’ailleurs, en visitant certains appartements de vieux adolescents, remplis de figurines, posters, et autres magazines aux couleurs chatoyantes, on a souvent l’impression de pénétrer dans la chapelle d’un nouveau culte.
Néanmoins, tous ne seraient pas d’accord pour mettre sur un même plan le Superman de Siegel et Shuster et la Légende dorée de Voragine, d’autant plus que certaines facultés propres aux bienheureux pourraient difficilement être utilisées par des justiciers voulant sauver le monde. Prenez par exemple le myroblitisme, plus simplement dit la capacité de mourir en odeur de sainteté, où le corps terrestre des intéressés se décompose en exhalant une fragrance de myrrhe. Imaginez la scène : « Thanos, si tu n’arrêtes pas cette machine infernale qui va détruire l’univers, je décède sur le champ et ça va sentir bon pendant des années ». A défaut d’être efficace, ça aura au moins le mérite de plonger le super-vilain dans une grande perplexité.
Mesdames et M
essieurs !
J’ai le grand honneur de vous annoncer l’arrivée dans votre belle ville de Toulouse de la plus incroyable des attractions ! À compter du 5 septembre, vous pourrez aller admirer à la médiathèque José-Cabanis l’exposition :
« André Cros, photographe de terrains. Clichés de rugby 1945-1988 ».
Vous y découvrirez les phénomènes les plus étonnants :
• Henri Pistre, le « pape du rugby » : 50 % curé, 50 % athlète, qui dissimule sous sa soutane le maillot de son équipe favorite ;
• Roger Bourgarel, ¼ banquier ¾ rugbyman : avec lui, les moindres erreurs se paient cash ;
• les frères Spanghero, les Hercules du Lauragais : ils sont comme l’Aude en crue, infranchissables, inarrêtables ;
• à moins qu’ils ne trouvent sur leur route le « cube » Georges Aillères : un monument du rugby que l’on croirait fait de brique tellement il est solide.
Et la maison ne reculant devant aucun sacrifice, elle vous propose non pas 1, non pas 2, mais bien 3 expositions pour le prix d’une – par ailleurs gratuites. Vous retrouverez donc d’autres photographies de rugby d’André Cros dans les trois marchés couverts toulousains : Victor-Hugo, les Carmes et Saint-Cyprien ; ainsi que « Rugby à la une ! Photographies de presse », une exposition à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine.
Un film français de Robert Benayoun affirmait en 1969 : « Paris n’existe pas ». Slogan surréaliste pour une intrigue qui ne l’est pas moins. Jugez-en : après avoir consommé une substance psychotrope un artiste parisien acquiert le pouvoir de voyager dans le temps. Si l’on en croit Aldous Huxley, ce sésame lui aura ouvert les portes de la perception, mais comme le rappelle le préposé à la trésorerie de Trie-sur-Baïse, les portes de la Perception ferment à 16 h.
Pour paraphraser Robert, j’ai parfois l’impression que mai n’existe pas, ou pour être plus juste, n’existe plus. Oublié le mois de l’insouciance, des chapardages de fraises et cerises, des virées nocturnes en bandes, des premières baignades dans l’eau encore frisquette. Aujourd’hui, mai se résume à de savants calculs pour obtenir le maximum de vacances en posant le minimum de congés ; à synchroniser les agendas des uns et des autres pour arriver à passer quelques heures en famille ou avec des amis.
Mai où es-tu passé ?
Probablement dans les recoins de mon cerveau, juste à côté des décembres neigeux. À ce sujet, avez-vous déjà remarqué combien les étés de notre enfance étaient chauds et ensoleillés, les hivers froids et enneigés ? N’y voyez pas forcément de lien avec le réchauffement climatique, mais plutôt avec le fonctionnement de la mémoire qui généralise les évènements météorologiques exceptionnels de nos jeunes années. Pour des générations, l’hiver rigoureux de 1985 a créé un récit qui a progressivement contaminé les autres périodes hivernales. D’où l’expression : « C’est neigeux avant ».
Il paraît que Pascal est aujourd’hui un prénom devenu rare. Non pas qu’il ait totalement disparu de la circulation, mais il semble que plus personne ne veuille le donner à ses enfants. Il faut dire qu’en la matière, nos contemporains rivalisent d’originalité. Loin de moi l’idée de fustiger les parents des Térébenthine, Tugdual, et autres Foulque, leur progéniture s’en chargera, mais il y avait peut-être de bonnes raisons à ce que certains prénoms soient oubliés ou même jamais donnés. Néanmoins, je profite de cette chronique pour rendre hommage à tous les Pascal que j’ai croisés au cours de ma vie en soutien à ce patronyme en voie d’extinction.
Je suis donc Pascal C., copain de primaire aux dents de lapin, qui habitait à quelques pas de l’école, et qui se tenait toujours prêt à faire les pires idioties. Je suis aussi Pascal P., comme moi, banlieusard bondissant dans un lycée citadin. Arborant la panoplie du « hardos » - baskets americana, jeans élastiques, perfecto et bien sûr une coupe mulet à rendre jaloux Tony Vairelles – agrémentée des patchs et t-shirts de ses groupes favoris : Carcass, Deicide, Cannibal Corpse ou encore Necrophagia. De quoi faire dresser les cheveux sur la tête de sa môman.
Je suis encore Pascal tout court, coiffeur génial qui présida à mes destinées capillaires pendant deux décennies. Sa retraite sonna le glas de ma chevelure et me vit errer de salons en salons des mois durant. Et pour finir cette odyssée pascalienne, je suis Pascal O., goal charismatique, notamment de Marseille, et chanteur occasionnel qui nous donna le mémorable « Tape dans un ballon » qui pourrait en remontrer à nos actuels rappeurs phocéens :
"Fleurs de tags sur béton pour décor chimérique
L'horizon graffiti a cassé tes musiques
Y'a une bille de flipper qui cogne dans ta tête
Tu sais plus où aller, t’es mal dans tes baskets
Moi je suis passé par là
Envie de tout casser, quelquefois
Et me frapper la tête contre les murs
Comme toi j'étais en mal d'aventures
Mais j'ai trouvé, ma vérité
Fais comme moi, et tout changera".