Ou guère plus…
Le 10 janvier 1741, en l’église de la Dalbade, un prêtre va unir Bertrand Desclaux, garçon passementier, à Claire Portal, ancienne fille de service1. L’état respectif des époux n’est absolument pas disproportionné, Claire est la fille d’un chirurgien de Montesquieu, et ses années comme domestique sont une chose relativement commune chez les filles ; à certains égards, on peut comparer cela à l’apprentissage en métier des garçons, et il permet en outre de se constituer ou bien d’améliorer une dot.
Les nouveaux époux s’établissent dans une chambre prise en location par la jeune fille et, aux dires de Bertrand, le mariage est « consommé » le jour-même. Le couple vit ainsi pendant deux semaines, « couchant ensemble et vivant à même pot et feu ». Las, Bertrand tombe malade. Sa jeune épouse, de crainte d’attraper les fièvres « dont il étoit travaillé », s’absente et va rendre visite à sa mère, à Montesquieu.
Or, durant cette courte absence, une fille de service se présente au logis des époux pour remettre une lettre cachetée à l’hostie ; elle est adressée à « mademoiselle Claire »2.
Bertrand, toujours alité, s’il ne sait pas signer, doit savoir lire - ou bien il a trouvé quelqu’un pour ce faire - et donc, sans vergogne, ouvre la lettre destinée à sa femme. Patatras, il lit, ou on lui lit :
(cliquez ici pour faire de même)
« Je sui[s] charmé d'aprendre par le garson
que tu êtes un peu mieux. Il n'an e[s]t
pas de même de moy : le fièvre ne
m'a pas quitée depuis avant-
hier ; cependent je veux avo[i]r de
tes nouvelles, c'e[s]t le seul remède
qui p[e]ut me g[u]érir. Ne me refuse
pas ce plaisir mon aimable cœur
et souviens-toy de moy. Adieu je t'aime. »
L’union semble bien rompue entre les époux, le retour au nid de Claire et la confrontation avec son mari sont décrits de manière tellement houleuse. La plainte portée par Bertrand fera sans aucun doute les délices de ceux qui la liront.
L’amour entre ces deux a duré deux semaines à peine – et encore, car y a-t-il jamais eu amour de la part de Claire, puisque cet amant inconnu doit bien avoir été rencontré avant son mariage.
À l’instar de l’affaire ci-dessus, le fonds des archives criminelles des capitouls offre ainsi à découvrir des centaines de lettres conservées, comme autant de pièces à conviction. Lettres d’amour et billets doux, mais aussi lettres anonymes de dénonce, d’insultes et de menaces.
Venez les découvrir à l’occasion de nos ateliers immersifs À LA LETTRE, qui se tiendront chaque jour du lundi 8 juin au vendredi 12 juin, en début de soirée (18h30-20h00). Choisissez le jour qui vous plaît et inscrivez-vous vite, les places sont limitées.
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1 : GG 59, f° 17v-18.
2 : FF 785/1, procédure # 008, du 6 février 1741.